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"C'était mieux avant…"

Que j’entends dire, généralement par des vieux monuments blanchis par l’âge, généralement qui bénéficient d’une grande popularité ou d’une réputation de génie. Première page du Devoir, par un écrivain célèbre qualifié de libre-penseur* : c’était mieux avant…

Les mêmes et leurs fans répètent aussi « On ne peut plus rien dire, bordel! » ou « politiquely correct, politiquely correct » en pointant du doigt, les femmes qui osent dénoncer les agressions verbales et physiques dont elles ont été victimes.

Non seulement assiste-t-on à un déni de responsabilité, mais on déplore une certaine époque « où c’était mieux avant »…

Surprise! Je partage l’opinion de ces messieurs.

OUI, c’était mieux avant… pour vous!

Une micro-agression somme toute banale… pour les autres, autour de 2010.
L’apparence et les noms ont été changés parce que les témoins croient encore que c’est moi qui exagère !

C’était mieux avant pour les agresseurs célèbres protégés par leurs murs d’argent, qui pouvaient tout faire ou presque, et qui le font encore ouvertement! En plus de poursuivre leurs victimes pour diffamation!

C’était mieux également pour les petits harceleurs au quotidien, comme:

Des collègues de travail qui trouvaient normal de commenter mon apparence ou ma tenue vestimentaire, ou d’avoir les mains baladeuses.

Un « mon oncle » qui m’embrasse direct sur la bouche à la première présentation, sans mon consentement, alors que les témoins trouvent ça très drôle. (Illustration)

Les gangs d’ados attardés qui te crient des noms dans la rue (mais seulement aux femmes seules)

La dizaine d’ados de 14 ans qui sourient quand l’un d’eux me bouscule d’un coup d’épaule, sur un trottoir en pente, dans le but de me voir rouler à terre. (J’étais plus solide que l’ado le croyait). Je lui ai souhaité bonne chance pour te faire des amis!) Les deux filles de la gang n’ont rien dit.

Un concierge qui rôdait autour de moi quand je travaillais seule au laboratoire les soirs, lors de ma première maîtrise.

Des confrères étudiants qui me regardaient de travers quand je commentais leur attitude sexiste, ou bien criaient haut et fort à l’offense: « tu exagères » « tout le monde le fait » ou un en particulier: « tu voudrais que je sorte avec une grosse avec un bouton sur le nez habillée en costume de motoneige! » (Il avait le mérite de la précision, et de la consistance puisqu’il répétait exactement la même phrase au cours des années).

Pour l’épais qui rentre sa main dans la fenêtre ouverte de l’autobus arrêté pour m’agresser. Il m’a pas touchée car je me suis reculée, mais il avait l’air tellement fier avec sa gang.

OUI, c’était mieux avant…

La bédéiste invisible

Quand Liberté était une marque de yogourt, ou un idéal lointain, et non un cri de ralliement pour les épais qui se liguent pour défendre une vedette contre une femme qui a osé dénoncer le harcèlement subi pendant des années.

Avant les tueries de masse qui visent des femmes, et qui visent aussi des groupes de personnes marginalisées: les races non-caucasienne, des gais, lesbiennes, jeunes activistes… Et qui refusent de se taire.

Avant que l’expression rectitude politique (political correctness) n’envahisse les ondes pour faire taire les femmes et les opposants à la discrimination profondément enracinée.

Avant, quand les femmes artistes étaient invisibles

NON, c’est mieux aujourd’hui

Procéder à un bon lavage de préjugés fait du bien!
lavage de préjugés!

Car on peut dire et nommer plus de choses qu’avant.

On peut nommer les formes d’abus de pouvoir engendrés par la corruption, le sense of entitlement, et les formes d’agressions qui en découlent;

On nomme maintenant le trouble de stress post-traumatique, on connaît les symptômes pour les vétérans qui sursautent au moindre bruit.

On nomme aussi le psychotrauma et la sidération psychologique qui explique que des victimes violentées restent sans réaction pendant une agression (ce qui, évidemment, est perçu comme un consentement.)

On peut appeler un chat un chat et une meurtre un meurtre, au lieu de les dissimuler sous des euphémismes benêts comme « drame familial » ou « crime passionnel ». Pour moi, un drame familial, c’est la famille décimée lors d’un écrasement d’avion à Kingston hier.

On peut expliquer comment naissent des préjugés, et comment ils affectent le cerveau. On se dispute encore sur le terme génocide, mais quand on voit un peuple disparaître un morceau à la fois, on ne peut rester les bras croisés.

On peut dire et parler de beaucoup plus de choses qu’avant, entre hommes et femmes, on peut nommer les habitudes mentales qui érodent le respect. Et en les nommant, on peut les nettoyer à grande eau!

On peut parler des attentes irréalistes, du « sense of entitlement » qui gâchent des relations, amoureuses ou professionnelles.

On peut parler de la course à la consommation et la richesse projetée sur grand écran devant des hordes de jeunes qui rêvent d’avenir.

OUI, ce sera meilleur demain!

Un exemple par l’absurde de harcèlement au bureau. C’est une agression!

Il ne vous viendrait jamais à l’idée d’empoigner et de tirer brusquement la barbe d’un homme que vous croisez en ville, juste parce qu’il porte une belle barbe! (Je n’y peux rien monsieur le juge, son collier de barbe était juste trop tentant…) Encore moins de tirer la barbe d’un collègue de bureau pour faire une farce, comme pour cette illustration.

Eh bien c’est un réflexe de respect à cultiver aussi envers les femmes, et envers les gens qui ne vous ressemblent pas ou ne vénèrent pas le même dieu que vous ou…

L’humanité avance, et ça inclut tout le monde.

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* Curieux, comme seuls des écrivains/artistes blancs d’un certain âge sont qualifiés de libre-penseurs.

** Jamais je n’utilise le terme homme, sinon en bien. En parlant de sexisme, j’utilise les termes « épais » ou « mon-oncle »

Nettoyer le pare-brise mental

 

PrejugesCasqueSali800

Maintenant que les jugements à l’emporte-pièce l’emportent sur la raison, et que la bêtise hurlante et vociférante* s’étend partout, il devient plus essentiel que jamais de savoir laver notre pare-brise mental pour enlever les taches de boue!
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Combien de « flame wars » sur nos réseaux sociaux ne sont qu’un concours de « pitchage de bouette » qui obscurcit et déforme les perceptions. Au point que  des mots-valises circulent, des mots synonymes d’insultes qui clôturent toute pensée critique.
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Au point que dans votre zèle, vous parlez non pas à une personne, mais à la tache de boue (que vous avez vous-mêmes lancée!)
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Quelques mots surabusés, inspirés par les réactions au récent budget économique.
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Les « élites » : vouloir s’améliorer dans son domaine est-il une tare? Les élites financières et sportives surpayées ne subissent pas autant d’opprobre que les élites artistiques, scientifiques ou intellectuelles… surtout si elles s’opposent à la destruction de la planète!
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Les « groupes de pression« :  sont tous les citoyens qui s’impliquent concrètement dans leur milieu. Pour dénigrer ces activistes qu’on préférerait passifs et muets et scotchés devant la TV, on les amalgame à des extrémistes. Ce ne sont pas de vrais citoyens travailleurs.
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Le mythe des « travailleurs » et des « paresseux » (strivers and skivers, selon les Britanniques) fait croire qu’il n’existe dans la société que deux groupes: les courageux employés qui triment dur, et les sans-emplois paresseux qui vivent au crochet de l’État-providence. Rien d’autre? Et quand les délocalisations produisent des masses de chômeurs qui peinent à trouver un autre travail?
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L’État-providence, ce mot créé dans les années 1960, est devenu une insulte. Les pauvres alimenteraient une spirale de dépenses, les injustices forcent à créer commissions sur commission qui endetteront les générations futures.  Il manque quelque chose?
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Or, il existe des éléphants dans cette pièce, qui ont intérêt à rester aussi discrets que possible.
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Nommons les banques qui enfournent des profits records et sous-paient leurs employés. Les multinationales qui, non contentes d’obtenir de montants juteux d’argent public, mettent des gens à la porte et se paient des parachutes dorés. La grappe de firmes de services financiers qui font évaporer par magie les capitaux (même un faible taux d’imposition de 10%, c’est trop pour eux.)
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Le tout afin de poursuivre une élusive…
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Croissance économique! L’Économie est comme une fontaine, où l’eau coule des hauts bassins vers le bas. Or, même en période croissance, le trickle down effect ne se concrétise pas. Les bassins du haut se remplissent, ne laissant que quelques gouttes descendre.  La « croissance » devient une affaire de spéculations sur des monnaies et des titres à court terme (souvent toxiques), sans rapport avec des productions concrètes. Les profits se concentrent davantage entre moins en moins de mains, offrant un incroyable pouvoir d’influence à ces magnats qui peuvent se hisser aux plus haut rangs du pouvoir et y régner en tsar.
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Les fonds vautours : Quand on est rendu à spéculer sur les dettes des pays fragilisés par des changements structurels, et qui font gonfler ces dettes. **
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Les « méchantes » compagnies : personne n’est mal intentionné au départ, mais le réflexe de se battre pour rester gros amène leurs administrateurs à maximiser sans cesse les profits, sinon un compétiteur les gobera! Être bon dans son domaine, sans tricher, ne suffit pas toujours.
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Démocratie ou oligarchie ?

Grâce  à des médias qui dévalorisent la connaissance et la culture, et à une réduction du langage digne de 1984 avec Big Brother, l’oligarchie dévore de l’intérieur la démocratie, grugeant le contrôle des gens sur leur vie et attisant colère et cynisme. Cette oligarchie se mettait lentement en place depuis les années 1930.

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Une note positive
Un mince espoir, c’est que la nouvelle génération d’oligarques, qui ont plus ou moins mon âge, se montrent plus sensibles à l’environnement.
Les mener à protéger la planète et ses ressources limitées sera un gros défi!
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En conclusion, ne vous laissez pas enfermer dans une cage mentale  par les préjugés des autres!

* Cette expression colorée est empruntée à Jean-Jacques Pelletier
** Pour en savoir plus sur ces vautours de la finance, voir Alain Denault, une escroquerie légalisée
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Grandeurs et misères de la table de dédicaces – 70

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Les cages mentales sont des scaphandres dont l'air n'a qu'une  seule origine.

Cette BD est en retard à cause du Tyrannosaure-Rex! Les cages mentales sont comme des scaphandres, dont l’air arrive d’une seule source. Gare aux préjugés!

Couper 10% d’un arbre…

Silence, on coupe!

Coupez 10% d’un arbre. Puis un autre 10% l’an suivant, avant qu’il ait le temps de se régénérer. Une grosse branche par ici, par là… Voilà ce qui attend Radio-Canada, un diffuseur bien enraciné dans notre société! Lire la suite