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Conte de Solstice

(photo: Adobe Stock / Martin)

Le paria

ou : les joies du décompte d’hiver avec Lady Byrd

L’air sous zéro chatouillait l’intérieur de mon nez alors que je respirais à travers le foulard de laine d’acrylique enroulé autour de mon cou. À travers mes oreillettes, je percevais le bruit de nombreuses bottes tapant la neige tassée et les murmures de manteaux de nylon se frottant les uns aux autres alors que les membres de notre groupe d’amateurs d’oiseaux se resserrait.

Ce réflexe ancestral ma rappela les images de buffles se tenant en un cercle protecteur autour de leurs petits.

La pire chose qui pouvait arriver était de ne pas avoir assez de couches de vêtements; l’observation exigeait de rester immobile pour une longue période. La jeune guide du Birding Adventure Excursions donnait l’exemple, enveloppée dans un anorak Canada Goose bleu pâle, ses jumelles pendant comme un papillon de métal sur son ample poitrine.

Étant une observatrice d’expérience, j’étais habituée aux conditions difficiles. De la jungle brésilienne étouffante aux plateaux de Patagonie, en passant par des centres-villes enfumés, des rivages marins, des marais de Floride, j’avais épié des oiseaux de toutes tailles et couleurs.

 Mais, depuis la perte de mon cher Paul, je partais rarement seule en excursion. Surtout en hiver. Trop de risques de glisser sur une plaque de glace et de me casser les os, ou de perdre conscience et mourir de froid.

Le décompte de Noël de la société Audubon coïncidait cette année-là avec le solstice d’hiver, et le symbolisme du retour de la lumière m’apportait une grande consolation.

Certes, je n’étais pas seule ni abandonnée : mon neveu m’avait invitée pour le réveillon de Noël et la plus aventureuse de mes nièces planifiait me visiter au jour de l’An. Mais je sentais la noirceur gagner sur le monde, et j’avais grand besoin de lumière. Pas question pour moi de paresser au lit pendant le jour le plus court de l’année.  

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Le lieu choisi pour le décompte, une bosse rocheuse dominant un champ en pente douce, nous offrait une vue sans encombre sur des kilomètres. Dans mon dos, une forêt mixte d’arbres feuillus et de conifères; devant moi, le grand rectangle immaculé d’un pâturage fréquenté en été par les vaches.

La navette qui avait déposé notre groupe près du sentier était repartie vers un endroit plus accueillant pour le chauffeur, un casse-croûte à quelques kilomètres de là. Nos lunchs avaient été déposés sur les tables à pique-nique à la lisière de la forêt.

La guide avait eu fort à faire pour dénicher un site d’observation à la fois éloigné de la grande ville pour nous épargner le grondement des autoroutes, mais assez proche pour ne pas poser de problème en cas d’urgence. Cet endroit était en retrait de la banlieue, sans être perdu dans la nature sauvage.

Le sentier menant au site n’était pas trop long, pour ne pas décourager les plus âgés parmi nous. Toutefois, un couple traînait à l’arrière, avec deux jeunes enfants qui négociaient la montée à leur rythme.

Le grand sac à dos de la guide contenait une trousse de premiers soins et des bouteilles d’eau. Elle avait aussi le nécessaire pour une excursion, une chaise pliante et des couvertures, au cas où. En ce moment, elle dépliait un tripode, et y vissait une puissante lunette de visée 15×50 qui ressemblait à une baleine miniature nageant vers la surface.

J’approuvais cette précaution, car bien des débutants arrivaient sur le site avec des équipements défectueux ou de mauvaise qualité, leurs lentilles usées et brouillées.

Je fermai les yeux, me rappelant tant d’heureuses sorties. Avec mes parents, avec Paul. Les solstices d’été et d’hiver avaient été, dans l’Ancien Monde, des occasions de réjouissance. Puis l’Église avait inscrit ses propres cérémonies par-dessus les rites païens, et les solstices s’étaient effacés de nos consciences. 

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Un conte aussi court que le Solstice!

Une histoire de solstice d'hiver pleine d'oiseaux et de générosité!

Courez lire Winter Pariah sur mon site d’auteure sérieuse ici, pour 7 jours seulement! Une histoire de solstice d’hiver pleine d’oiseaux et de générosité! Pour obtenir les 35 nouvelles écrites spécialement pour cette occasion, allez voir sur le site du Winter Holiday Spectacular 2019.

Pour les curieux, voici ce que Kris a dit.

Winter Pariah

Genre/Mood: quiet

For the actual solstice, I decided to give you “Winter Pariah,” a story that takes place in the thin light of the shortest day of the year. Michèle Laframboise takes us birding, something I have never done, and creates marvelous characters along the way.

Michèle writes in both English and her native French. She also illustrates much of her fiction. Multi-talented doesn’t begin to describe her.

Her award-winning fiction includes nineteen different novels (in both languages), and over forty-five short stories, three of which have appeared in Fiction River (and two reprinted in Fiction River Presents) with more to come.

She writes about birding quite often, including a series about Amanda Byrd (whom you will meet here). A collection of Byrd stories will appear shortly. Find out when, and view some bird pics at michele-laframboise.com.

Michèle is a bird watcher herself. In fact, the last time she was here in Las Vegas, she and another writer/birder discovered a part of the city I had never heard of, where they saw some birds (maybe even life birds) that I hadn’t heard of either.

I simply don’t have the patience to stand outside and wait. (I can hear my husband laughing right now.) I would have to bring a book, which defeats the entire purpose of watching.

So I’ll experience birding vicariously. On the page. Which is where I prefer to experience many things.

Enjoy this delicate little story on this, the shortest day of the year.

—Kris

Un cardinal solitaire

Un cardinal solitaire dans la cours arrièreUn cardinal solitaire
se perche dans les vignes
de la cour arrière

Il me rappelle mon père
ornithologue amateur
qui me laisse tous ses guides

Image

Des voisins rapprochés par le froid

Des voisins rapprochés par le froid

Photographiés vendredi matin dans ma cour: un cardinal (Cardinalis cardinalis, on niaise pas avec le latin!) et un junco ardoisé (Junco hyemalis), voisins rapprochés par le froid, réfugiés au cœur des vignes.

Le cardinal, de face, dans toute sa splendeur: le froid, il s'en moque!

Ici: le cardinal dans toute sa splendeur… et son caractère têtu!

La savante folle aime souligner que tous ces oiseaux survivent en hiver grâce aux fruits séchés sur les vignes et arbustes de jardins, et de certains pommiers sauvages qui pré-dataient même le quartier. Il n’y a pas beaucoup de mangeoires dans le voisinage…