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Éloge de la gentillesse ringarde

Le confrère enthousiaste

Un confrère très très gentil (anthropologue!)

« Aujourd’hui, on dirait que la gentillesse, la bonté, c’est devenu ringuard.»

Ces paroles m’ont frappées alors que j’écoutais une entrevue à la radio de la romancière Anna Gavalda (l’auteure du roman Ensemble c’est tout que j’ai commenté sur Goodreads).

L’auteure déplorait le déclin de la gentillesse comme valeur culturelle. Anna Gavalda est une auteure à la fois cynique et pleine de compassion pour les solitaires écorchés par la vie. C’est une auteure qui console (La Consolante est d’ailleurs le titre d’un roman récent.)

C’était il y a une dizaine d’années, et son constat sur la « ringardise » de la gentillesse a résonné très fort en moi.

Pour beaucoup, gentillesse rime avec faiblesse!

Tout comme la politesse, cette marque visible de respect envers des inconnus, qu’on écrase si facilement sous le vocable « politiquely correct ». La politesse, parente pauvre de la gentillesse, considérée comme un vernis de civilisation sans importance, mériterait son propre article.

La gentillesse semble une invitation à se faire piler sur les pieds, à laisser le télémarketeur continuer à nous vendre sa salade.  On abuse aisément des gens gentils, d’autant plus qu’ils –et souvent elles– culpabilisent à mort ! On pille leurs rares temps libres (puisque ces gentil-les font souvent du bénévolat ou s’occupent d’un personne invalide dans leur famille), on les interrompt, on les tasse de côté pour les promotions…

Homme ou femme trop gentil  (« nice » en anglais) sont souvent laissés pour compte, considérés comme pas assez excitants.

Être gentil, quossa donne?

Il y a fort peu de profit ou de récompense sociale apposée à la simple gentillesse, celle de tous les jours, celle qui « ne dérange pas ». Je suis pourtant riche de tous les actes de gentillesse accomplis au cours de ma vie, de tous les sourires qui ont fleuri sur mon passage, mais il n’en reste pas de traces visibles de l’extérieur. (à part les fleurs des jardins.)

À moins de posséder assez de richesses pour briller dans les bals de charité ou assez de notoriété pour passer à la TV (ou sur YouTube), les actes de gentillesse s’oublient.

Les gens d’affaires qui fréquentent ce blogue sont particulièrement conscients que de grandes fortunes se construisent souvent avec des « coups de jarnac » (pour rester polie). La corruption est difficile à déraciner, et les fonceurs vont et viennent sans douceur! L’aggressivité et même l’arrogance sont devenues des qualités d’un dirigeant.

J’ai le défaut d’être parfois trop gentille, trop serviable (lire: du mal à dire non). Paradoxe: ma gentillesse ne m’a pas apporté  autant de respect dans ma vie professionnelle. En plus, quand vous avez du mal à prendre — et garder–  la parole en réunion, les fort-e-s en gueule en profitent!

Je n’ai pas travaillé assez longtemps en milieu corporatif, mais j’ai souvent observé la chose en milieu bénévole: les gentils se tapent les tâches ennuyeuses d’un projet (les appels téléphonique, organiser le buffet, etc) mais, lors de la présentation du projet fini,  les beaux parleurs font la roue en public et s’arrogent une grosse partie du mérite. Ce sont leurs noms qui paraissent dans les publications, et ça fait aussi très beau sur le CV.

Dans l’autre sens, les employeurs gentils se retrouvent pris dans ce dilemme, quand ils gardent, trop longtemps, un incompétent par pitié.

La gentillesse n’a plus la cote… ni le vote!

On apprécie davantage un-e politicien qui a l’air confiant, plutôt que pour la véracité de ses faits. Des sondages à faire des cauchemars montrent que beaucoup de gens préfèrent une tyran « éclairé » plutôt qu’une démocratie.

On en a vu la démonstration en politique américaine : l’éléphant dans le magasin de porcelaine imposera désormais ses vues à la propriétaire. La France semble s’aligner sur cet exemple.

On réclame à tort et à travers un homme fort qui apportera un « changement » mais l’argent ne fait que changer de mains. Nous venons d’y goûter en Ontario.

Pas plus que la sagesse d’ailleurs. Mais ça fera l’objet d’une prochaine chronique.

D’où vient la gentillesse?

Le mot gens, en latin, signifiait famille dans un sens élargi.

Selon le Wikipedia anglais (article détaillé). Le concept de gens date de très longtemps, même avant la fondation en Rome en -753.   Au sens premier, gens désignait un peuple, une race.

2000 ans plus tôt, quand Jésus parlait des « gentils » (qui ne l’étaient pas toujours), il parlait de son peuple.

Dans la Rome antique, la gens (genitif gentium) était un groupe familial patrilinéaire, qui partageaient le même nomen gentilicium. Gentilis, qui dérive de gens, désigne une famille, des gens qui portent le même nom, qui appartient à la maison d’un maître. Quand on affranchissait un esclave, il ou elle était adopté et prenait le nomen de la famille, ce qui agrandissait la gens.

Un exemple des nom romain bien connu :

Praenomen, nomen, cognomen (surnom-s) : Caius Julius Ceasar

Donc, dans notre monde indifférent, la gentillesse est la seule façon de montrer à un parfait inconnu, qu’il-le fait partie de la grande famille humaine.

Et on en a bien besoin aujourd’hui!

Vale!

Ces quelques fleurs bleues, toutes petites, pour vous!

Ces quelques fleurs bleues, toutes petites, pour vous!

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Un sac de gentillesse

Auteure sous la pluie se hatant vers l'arrêt d'autobus

Attendre l’autobus sous une pluie battante n’encourage pas des pensées très réjouissantes. Le matin du 16 septembre dernier, j’étais en route vers une conférence de presse des anciens de l’Ecole Polytechnique à Toronto (au sujet du registre des armes d’épaule).

J’ai pris le 89 à Mississauga. Je me suis assise, trempée et fatiguée sur le deuxième banc à partir de l’avant. Une dame afro-canadienne était assise dans la première rangée.

Une jeune fille asiatique est montée dans le bus, ses mains pleines: chargée de son lunch, une grande assiette, des bébelles et  d’autres sacs plus petits qui menaçaient de s’échapper des mains. Elle a fait un sourire d’excuse en entrant.

La dame en noir a fouillé dans son sac et a offert un sac réutilisable. Elle a aidé la jeune fille à mettre toutes ses choses à l’intérieur. Jusqu’à ce moment, je pensais que les deux femmes se connaissaient. La jeune fille a remercié la dame et s’est dirigée vers l’arrière pour s’assoir.

Comme c’est gentil! ai-je pensé, avec un sourire ensoleillé à l’intérieur. (Un sac d’épicerie réutilisable se vend un ou deux dollars pièce.) Mais ce n’était pas encore terminé.

Une minute plus tard, la jeune fille est revenue à l’avant, avec le sac vide. Elle a remercié la dame, disant qu’elle a réussi à réorganiser un de ses sacs pour tout faire tenir à l’intérieur.

C’est une image frappante de l’aide qu’on veut offrir aux autres, sans pour autant les rendre dépendants. Le sac donné par genitillesse a motivé la jeune passagère à se réorganiser. Et il est revenu à la bienfaitrice.

Il ya beaucoup de choses tristes qui  surviennent dans nos vies, mais cet acte de bonté au hasard a illuminé cette journée pluvieuse.

La femme plus âgée est sortis à l’arrêt quelques minutes plus tard. De ma position, je n’ai jamais vu son visage.

Visage avec les notes de musique - plage

C’était peut-être un ange gardien…

*

Pourquoi je n,ai pas posté cette histoire plus tôt: parce que je voulais en faire une petite BD, mais que j’ai manqué de temps.