Archives de Catégorie: Société

Avril : averse de publications!

Prévisions météo: on annonce une averse de publications de la Savante folle!

1) Mon 18e roman de science fiction est en pré-vente, publication prévue pour cet automne. Curieux? Allez voir la couverture sur le site de l’éditeur.

2) Une autre nouvelle en anglais sera publiée ce mois-ci dans Fiction River « No Humans Allowed » publié par WMG publishing.

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3) Une traduction en cours pour un livre électronique qui sortira dans les deux langues chez Echofictions.com fin avril. PAS de la science-fiction, mais un récit poignant sur une réalité qu’on choisit souvent d’ignorer.

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4) Une nouvelle de SF est en préparation pour le prochain numéro de la revue Solaris. Motus pour le moment Et…

5) La cousine Entropie est finaliste aux Prix Boréal 2017, dans la catégorie nouvelles!

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Ouf, que d’émotions!

J’en profite pour souhaiter de joyeuses Pâques en famille, et un doux répit printanier, à tout le monde!

Un visiteur distingué déjeune

Un lapin dans notre cour

 

Défis d’estoc et de taille en littérature historique!

Quelle dure époque est la nôtre, pensez-vous, où le spectre de l’intolérance et du racisme ressurgit un peu partout. On croirait retourner dans une triste période de l’histoire récente.

Ce n’est pas parce que j’écris de la science-fiction futuriste que j’ignore mes racines historiques. Au contraire, je lis souvent des romans historiques pour m’imprégner de certaines périodes. J’en ai profité pour ressortir mes romans historiques des boules à mites et en lire des nouveaux.

Vous vous rappelez les bons vieux films de chevaliers, quand le héros, entre deux passes d’armes, arborait un brillant sourire Pepsodent?  Et de frapper d’estoc et de taille sans montrer la moindre tache de sueur sous sa blouse immaculée? Les films récents ont au moins le mérite de moins cacher la flagrant manque d’hygiène.

Certaines périodes hautes en couleurs seraient insupportables pour nous, tant au niveau hygiène (adieu toilettes et douches, bonjour les puces!) que social (sacrifices humains chez les Mayas, jeux de cirque pour distraire la foule romaine).

C’est même un des attraits de la littérature historique que d’étonner, de secouer la lectrice en montrant (show, don’t tell!) des scènes typiques pour les gens de l’époque, mais moralement répréhensibles pour nous. Quant à la sexualité, la littérature destinée au public adulte ne cache plus rien des dessous (ahem!) de l’histoire.

Comme auteure, je me pose la question: comment plonger un jeune – ou un adulte – moderne  dans une période où tous les repères moraux et sociaux étaient fort différents? Voici quelques pistes.   

1- Genevière Blouin  — HANAKEN

HanakenTrilogie

1-La lignée du sabre
2-L’ombre du Daimyo
3-Le sang des Samouraïs

Ceux qui se souviennent de la série télévisée Shogun (adaptée du célèbre roman éponyme de James Clavell, paru dans les années 1970), retrouveront avec plaisir cet univers de samouraïs dans la série de Genevière Blouin.

Au départ la prémisse ne me rassurait pas: on a l’univers du Japon médiéval où les questions de loyauté et d’honneur ne sont pas à prendre à la légère. Le sang peut couler pour la moindre insulte. (J’ai une scène de Shogun en tête, où pour la première fois j’ai vu à la TV un malheureux serviteur se faire trancher la tête pour ne pas s’être courbé assez vite devant son seigneur.)

Donc, qui dit récit jeunesse dit jeune protagoniste plongé dans cet univers très, très dur. Ici on est gâté car on a en deux: Sato, un garçon et sa sœur (par une autre mère) Yukié.
Quand la série commence, ils ont 14 ans et assistent, incrédules, au suicide rituel de leurs parents, car le père avait comploté contre leur seigneur Takayama. On a des jeunes dans le sang, euh… dans le vent!

Parlant de jeunes dans le vent, un défi qui se pose souvent à un auteur jeunesse mettant en scène une jeune fille vivant à une époque reculée, c’est… de ne pas mettre en elle une copie mentale d’une adolescente d’aujourd’hui, alors qu’elle vit dans une société où les droits des femmes étaient circonscrits à la reproduction et ni l’expression « droit des femmes » ou le mot « féminisme » n’existait).

Même suivre un jeune garçon à une époque donnée peut causer un souci. Car comment notre jeune héros réagit-il à des choses inacceptables aujourd’hui comme l’esclavage? (Allusion à Tom Sawyer et Huckleberry Finn ici.) Ou un jeune qui sort avec ses copains pour voir… les jeux de cirque dans la Rome ancienne? Les mentalités et les habitudes évoluent.

Deux auteurs de ma connaissance ont résolu le dilemme en faisant voyager leur protagoniste moderne vers le début du XXe pour assister aux événements. Ça a donné _John et le règlement 17_ des coauteurs Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé. Inutile de vous dire que, comme auteure de science-fiction, j’ai dé-tes-té cette solution destinée à pour ne pas trop éloigner l’ado moderne de son nombril…

Bref, défi d’estoc et de taille (haha, en garde!) que de mettre en scène des adolescents vivant dans un Japon médiéval

  1. en leur faisant vivre une aventure (« Sato et Yukié grandissent comme des samouraïs et sont tiraillés entre deux loyautés » = TRUE)
  2. qui va tenir le lecteur en haleine (« Yukié arrivera-t-elle à finir la vaisselle à temps pour la cérémonie du thé? » = EPIC FAIL),
  3. en donnant à ces jeunes un certain contrôle sur leur vie, une mesure d’autonomie (« Yukié ne veut pas se marier au fils du seigneur voisin mais elle sera contrainte d’obéir et se résigne à son sort »= FALSE)
  4. mais sans sacrifier au réalisme du contexte historique (« Sato trouve sous le tatami un mystérieux masque qui lui donne des pouvoirs surnaturels » = FALSE).

(Dans le 3e cas on a Donalda dans Les pays d’en haut)
(Dans le 4e cas c’est du Amos Daragon et ce n’est plus de l’historique!)

Eh bien après avoir lu deux volumes, je dirais mission accomplie, en tirant quelques cheveux et volant quelques chevaux.

Geneviève Blouin y réussit en faisant de la famille Hanaken (-sabre) une lignée de maîtres d’armes, dont les filles s’entraînent autant que leurs frères (car il y a une frère et sœur aînés aussi). Yukié est pleine de talents et arrive ainsi à se faire accepter comme guerrière, ce qui aide une lectrice à s’y identifier. Sato doit assumer un rôle pour le quel il ne se sent pas prêt, avec les doutes de l’adolescence qui répondent à ceux d’un jeune lecteur.

Les adolescents sont placés dans une situation privilégiée qui leur permet d’exercer un certain contrôle sur leur destinée. Dans les cas où leur détermination ne suffirait pas, ils reçoivent l’appui des « aidants naturels » (Yamaki, Norushi, et parfois le seigneur Takayama) de cet univers. Ils peuvent donc être présents lors d’événements réels de l’histoire du Japon.

Sans dévoiler la fin de la série (car je n’ai pas lu le dernier livre encore) j’ai apprécié le respect de l’histoire.

J’apprécie le format trilogie car c’est une bonne continuité, sans étirer la sauce.

Pour en savoir plus: Geneviève m’a gentiment donné ses références pour les fans qui souhaitent approfondir leurs connaissances de la période historique des Shoguns.
« Pour les bouquins, ça c’est ma bible » : https://www.amazon.com/Japon-dictionnaire-civilisation-Bouquins-French/dp/2221067649   « et ça c’est un régal pour les yeux » : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Decouvertes-Gallimard/Decouvertes-Gallimard/Histoire/Le-Japon-eternel   

2- Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé – La trilogie d’Etienne Brûlé

   TrilogieEtienneBrule
Tant qu’à rester dans les trilogies… La, je vais parler moins longtemps, parce que la série ne m’a pas accrochée de la même façon. Toutefois c’est une série historique qui vaut le détour car il explore un héros découvreur de l’Ontario. Et un francophone d’origine!

On connaît peu de choses sur Étienne Brûlé, qui n’a pas laissé d’écrits derrière lui. Toutefois, ça n’a pas empêché plusieurs auteurs de pondre des briques à son sujet.

Comme:

Michel Michaud, Le Roman d’Étienne Brûlé, Montréal : Libre expression, 1998, 532 p (ISBN 2-89111-785-9);
Francois Dallaire, Le sauvage blanc, Paris : L’Harmattan, 208 p. (ISBN 2-7475-3339-5).
La page Wikipedia consacrée à Étienne Brûlé : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Br%C3%BBl%C3%A9

Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé ont repris l’exercice en raconter la vie qui commence en France et s’engage à 14 ans sur un navire commandé par Samuel de Champlain. C’est une lecture très jouissive et réaliste des conditions de vie, et de la belle aventure de Samuel de Champlain, bref le livre a le vent dans les voiles!

Ce qui m’a touchée, c’est que toujours Étienne négocie et apprends plusieurs langues au cours de ses voyages pour se rapprocher des tribus amérindiennes. Même qu’il s’en rapproche un peu trop bien, vu qu’il aura deux familles distinctes. Et tout cela sans avoir jamais appris à lire ou écrire! (Mais il savait compter par exemple.)

Seule ombre au tableau, un des braves de la tribu (que les auteurs se plaisent à montrer à répétition qu’il ne l’était pas trop, brave, d’ailleurs Étienne lui sauvera la vie deux fois), bref, ce brave en prendra ombrage et deviendra un rival qui ha-GUIT,* le Étienne. Ça, c’est un point qui m’a agacée parce qu’on le voit venir de loin, celui-là, avec son gros tomahawk.

Dans au troisième tome, le bel enthousiasme de lecture retombe un peu face aux politicailleries qui poursuivent ce sympathique jeune homme de 35 ans qui veut juste vivre en paix auprès de sa famille indienne et sa tribu. Il va les retrouver, mais… chut!

En bref, un récit qui a une grande qualité par rapport à d’autres, c’est qu’il est linéaire: on suit tout le temps Étienne. Unité de point de vue qui rend ce livre fort accessible.

Le défi est que les auteurs ne ferment pas les yeux sur des scènes typiques de guerres entre tribus, et sur l’épreuve finale du héros. Ce n’est pas évident pour une série jeunesse.

* le hait, pour mes lecteurs non québécois  

3- Jean Mohsen Fahmy — Ibn Khaldoun, L’Honneur et la Disgrâce

KhaldounFahmy
On s’éloigne du froid Canada pour partir vers les chaudes contrées de l’Ifriqiya. (L’Ifriqiya représente une partie du territoire d’Afrique du Nord de la période du Moyen Âge occidental, à peu près sur la Tunisie). On devine d’où vient le nom Afrique.

Des sables du désert aux jardins de l’Alhambra au palais du sultan du Caire, la vie propulse Ibn Khaldoun, cet homme d’action et de pouvoir du XIVe siècle, au cœur d’un tourbillon d’aventures et d’intrigues. Cet ouvrage de 370 pages est un récit complet.

Jean Mohsen Fahmy nous dévoile la carrière du brillant intellectuel au travers les yeux de son serviteur, un européen acheté comme esclave au jeune age de 10 ans. Le garçon est attaché au service du fils de la maison, Ibn Khaldoun, son aîné de quelques années. Leur amitié durera toute la vie.

La ligne temporelle est particulière. Chaque chapitre commence à un point précis, soit le siège de Damas par Tamerlan, l’empereur des Mongols, puis on retourne en arrière visiter le passé et les hauts lieux de savoir d’un royaume aujourd’hui oublié.

Ibn Khaldoun – L’honneur et la disgrâce n’est pas un roman destinée à la jeunesse; certaines scènes du siège de Damas en 1400 sont difficiles. Tamerlan était un conquérant fort peu recommandable qui faisait massacrer les populations qui lui résistaient. Son trademark était de faire d’empiler les crânes des vaincus en pyramides de 1500 crânes, ce qui facilitait le comptage des morts. (On appréciera le sens pratique.)

D’autres scènes portent sur des conversations détaillées entre Ibn Khaldoun et son serviteur, ou ses amis tout aussi intellectuels que lui.

Parlant d’intellect, le défi à relever était de présenter un personnage tellement hors-norme, d’un intellect si puissant qu’on a du mal à l’imaginer aujourd’hui en termes de QI. Dans un chapitre, l’empereur Mongol charge Ibn Khaldoun (son prisonnier, euh… invité) de rédiger TOUTE la géographie physique et humaine du Maghreb, en une semaine. Étant géographe de formation, le défi m’a touchée.

  • « Tu rédigeras donc une description détaillée du Maghreb dans son ensemble, de ses montagne et de ses vallées, de ses rivières et de ses mers, de ses villes et de ses ports, de ses habitants, de leurs richesses et de leur commerce. Tu n’oublieras pas de mentionner les principaux souverains, les peuples qu’ils dirigent, les tributs qu’ils lèvent. Je désire tout savoir sur le Maghreb. Va maintenant. » (p.104)

Puisant dans la mémoire de ses voyages, le gars a rédigé à la main dix cahiers bourrés de détails et de cartes, totalisant 240 pages, et ce d’une façon bien ordonnée. Chapeau! Je n’ose imaginer un élève universitaire en produire autant!

Le Livre des exemples (le titre complet étant: Livre des enseignements et traité d’histoire ancienne et moderne sur la geste des Arabes, des Persans, des Berbères et des souverains de leur temps) est l’œuvre principale d’Ibn Khaldoun. Il compte 1 475 pages dans l’édition publiée au Caire en 1967.

Revenons au roman: si, au début, la narration par une tierce personne agace (Mon maître a fait ceci, mon maître a dit que…), il arrive quand même des événements qui affectent la vie du narrateur auquel on s’attache. Le narrateur-compagnon, nécessairement obscur, redonne la dimension humaine de son modèle.

À lire pour les florissant portraits d’un grand royaume du Maghreb.

Pour les curieux, la page Wikipedia d’Ibn_Khaldoun vaut le détour: https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Khaldoun.   

4- Diana Gabaldon – La rose et le tartan – L’humour à la rescousse!

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1- Outlander 850 p. 2- Dragonfly in Amber 947 p. 3- Voyager  (couverture difficile à retrouver)  4- Drums of autumn    + 4 autres!

J’ai découvert la série dans une vente de garage. J’ai l’édition « mass-market paperback » des premiers livres, avant que l’éditeur décide que ce serait cool d’imiter la sobriété de la série Game of Thrones avec ce genre de couvertures:

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J’ai donc complété ma série avec d’autres ventes de garage ce qui fait que mes éditions sont disparates. Pour me faire pardonner d’avoir acheté tous les tomes à 25-50 cents chacun – car je m’efforce toujours d’encourager les auteurs que je lis- j’ai décidé de partager mon plaisir de lecture.

La série n’est résolument PAS jeunesse, tant par les description des blessures (arrg!), des soins de l’époque (re-arrg!), de la situation politique, de la situation des femmes à l’époque, que les scènes de sexualité plus explicites et… la simple longueur (850 pages pour le premier tome, 950 le 2e, 1000+ pages pour les autres formats « paperbacks »).
J’ai lu Outlander, Dragonfly in Amber et j’arrive dans Voyager (le 3e).

Les 1000 pages (pas lu de livres aussi épais depuis The Stand), sont la principale raison de mon retard, car l’auteure est rendue au 8e tome…

Outlander: Ce qui rend l’écriture de madame Gabaldon originale, c’est l’humour sous-jacent, omniprésent. Toutes les descriptions de Claire ont un charme qui retient la lectrice.

  • « The other men also disarmed, as was suitable in the house of God, leaving an impressively bristling pile of lethality in the back pew.” (Outlander)
  • “Does it bother you that I’m not a virgin?” He hesitated a moment before answering. “Well, no,” he said slowly, “so long as it doesna bother you that I am.”

Et voici la situation contre-tendance: Claire, à 28 ans, infirmière déjà mariée transportée par magie de 1945 à 1743 en Écosse, va initier Jamie Fraser, 23 ans qui est… vierge. Et il y aura un tas de situations mêlant histoire et péripéties, où les talents d’infirmière de Claire sauvent des vies, y compris celle de Jamie.

Je dois admettre qu’avant de lire Outlander, je faisais partie des gens qui levaient le nez devant un statut de best-seller (c’est poche, c’est la publicité, c’est l’algorithme d’Amazon, etc.) Eh bien ce best-seller-ci est fort bien mérité.

Dans le 2e roman, l’histoire se déroule à deux voix, au passé et au présent de… 1967. Claire a une fille de 20 ans, l’enfant de Jamie. Celui-ci avait pressé Claire de retourner au XXe pour qu’elle poursuive sa grossesse. Il sait qu’autrement elle risque la mort. Et lui-même se prépare pour la bataille de Culloden dont il ne sortira pas vivant (qu’il pense!!!)

Dans Voyager, Claire retourne dans le passé à la recherche de son amoureux qui aurait survécu (je le voyais vraiment pas venir! :^p  )

Vingt ans on passé. Claire est veuve (donc OK pour re-galoper dans le passé), a fait des études de médecine (qui s’avéreront encore fort utiles).

Le passage qui m’a touchée au début du livre, c’est que Claire (48 ans) rencontre une femme de 29 ans au corps et au visage maganés par la vie. Claire constate que la jeune femme a perdu la moitié de ses dents, alors qu’elle, grâce aux soins de dentiste, a encore toutes les siennes…

C’est cette lucidité pratico-pratique qui frappe chez Diana Gabaldon, avec l’humour dont j’ai parlé plus tôt.  Un regard ironique toujours en finesse, qui s’efface poliment devant les scènes dramatiques hautes en couleurs.

Une lecture pour les longues soirées d’hiver, au coin du feu, avec une reconnaissance des avantages de notre époque.   

5- Mentions honorables

J’en parlerai sans doute dans un prochain article car ils valent une bonne préparation. Les fans abonnés à ma lettre vont recevoir avant tout le monde.

Jean Auel, Les enfants de la Terre (toute la série, j’en ai lu trois) suit Ayla, une femme préhistorique cro-magnon élevée par des Néandertaliens. J’ai accroché avec La Vallée des chevaux, à cause des détails de survie d’une jeune fille seule dans une nature hostile.

Gil Adamson, The Outlander (2007) un western canadien qui vaut le détour. Autour de 1900, une jeune femme fuit, des chiens à ses trousses…

Robert J. Sawyer, La trilogie The Quintaglio Ascension: Far-Seer, Fossil Hunter, Foreigner. Attachez vos tuques, on a des dinosaures médiévaux transplantés sur une planète! Sawyer reconstitue en parallèle les grandes  étapes des découvertes scientifiques qui ont fait avancer l’humanité, avec un découvreur qui bouscule les traditions. À lire pour la gestion des instincts territoriaux de ces mini-tyrannosaures qui compliquent les relations sociales!

Plus d’info sur le site de Rob: sfwriter.com (ça prend un auteur astucieux et ratoureux pour acheter ce nom de domaine!)

 

Nettoyer le pare-brise mental

 

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Maintenant que les jugements à l’emporte-pièce l’emportent sur la raison, et que la bêtise hurlante et vociférante* s’étend partout, il devient plus essentiel que jamais de savoir laver notre pare-brise mental pour enlever les taches de boue!
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Combien de « flame wars » sur nos réseaux sociaux ne sont qu’un concours de « pitchage de bouette » qui obscurcit et déforme les perceptions. Au point que  des mots-valises circulent, des mots synonymes d’insultes qui clôturent toute pensée critique.
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Au point que dans votre zèle, vous parlez non pas à une personne, mais à la tache de boue (que vous avez vous-mêmes lancée!)
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Quelques mots surabusés, inspirés par les réactions au récent budget économique.
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Les « élites » : vouloir s’améliorer dans son domaine est-il une tare? Les élites financières et sportives surpayées ne subissent pas autant d’opprobre que les élites artistiques, scientifiques ou intellectuelles… surtout si elles s’opposent à la destruction de la planète!
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Les « groupes de pression« :  sont tous les citoyens qui s’impliquent concrètement dans leur milieu. Pour dénigrer ces activistes qu’on préférerait passifs et muets et scotchés devant la TV, on les amalgame à des extrémistes. Ce ne sont pas de vrais citoyens travailleurs.
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Le mythe des « travailleurs » et des « paresseux » (strivers and skivers, selon les Britanniques) fait croire qu’il n’existe dans la société que deux groupes: les courageux employés qui triment dur, et les sans-emplois paresseux qui vivent au crochet de l’État-providence. Rien d’autre? Et quand les délocalisations produisent des masses de chômeurs qui peinent à trouver un autre travail?
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L’État-providence, ce mot créé dans les années 1960, est devenu une insulte. Les pauvres alimenteraient une spirale de dépenses, les injustices forcent à créer commissions sur commission qui endetteront les générations futures.  Il manque quelque chose?
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Or, il existe des éléphants dans cette pièce, qui ont intérêt à rester aussi discrets que possible.
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Nommons les banques qui enfournent des profits records et sous-paient leurs employés. Les multinationales qui, non contentes d’obtenir de montants juteux d’argent public, mettent des gens à la porte et se paient des parachutes dorés. La grappe de firmes de services financiers qui font évaporer par magie les capitaux (même un faible taux d’imposition de 10%, c’est trop pour eux.)
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Le tout afin de poursuivre une élusive…
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Croissance économique! L’Économie est comme une fontaine, où l’eau coule des hauts bassins vers le bas. Or, même en période croissance, le trickle down effect ne se concrétise pas. Les bassins du haut se remplissent, ne laissant que quelques gouttes descendre.  La « croissance » devient une affaire de spéculations sur des monnaies et des titres à court terme (souvent toxiques), sans rapport avec des productions concrètes. Les profits se concentrent davantage entre moins en moins de mains, offrant un incroyable pouvoir d’influence à ces magnats qui peuvent se hisser aux plus haut rangs du pouvoir et y régner en tsar.
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Les fonds vautours : Quand on est rendu à spéculer sur les dettes des pays fragilisés par des changements structurels, et qui font gonfler ces dettes. **
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Les « méchantes » compagnies : personne n’est mal intentionné au départ, mais le réflexe de se battre pour rester gros amène leurs administrateurs à maximiser sans cesse les profits, sinon un compétiteur les gobera! Être bon dans son domaine, sans tricher, ne suffit pas toujours.
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Démocratie ou oligarchie ?

Grâce  à des médias qui dévalorisent la connaissance et la culture, et à une réduction du langage digne de 1984 avec Big Brother, l’oligarchie dévore de l’intérieur la démocratie, grugeant le contrôle des gens sur leur vie et attisant colère et cynisme. Cette oligarchie se mettait lentement en place depuis les années 1930.

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Une note positive
Un mince espoir, c’est que la nouvelle génération d’oligarques, qui ont plus ou moins mon âge, se montrent plus sensibles à l’environnement.
Les mener à protéger la planète et ses ressources limitées sera un gros défi!
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En conclusion, ne vous laissez pas enfermer dans une cage mentale  par les préjugés des autres!

* Cette expression colorée est empruntée à Jean-Jacques Pelletier
** Pour en savoir plus sur ces vautours de la finance, voir Alain Denault, une escroquerie légalisée
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Exposer au Salon de Toronto

Pour la première fois, la savante folle avait son propre kiosque au Salon du livre de Toronto. Parce que mes distributeurs habituels, dont Prologue, avaient fait faux bond cette année, ne laissant que le RECF pour distribuer deux de mes livres. Plutôt que de me stresser pour une petite heure ou deux par jour, pour un seul livre, j’ai fait le saut et loué un espace.

J’ai donc convaincu l’excellent mari de me larguer un matin près de la bibliothèque de référence de Toronto qui accueille le Salon du livre. Et j’ai fait face pour la première fois aux joies des exposants qui ont une tonne de matériel à monter…

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Néanmoins, grâce au personnel de sécurité et aux organisateurs (entre autres, Jacques Charrette et Valéry Vlad) j’ai pu me rendre au deuxième étage sans encombre. Puis, ont suivi les joies du montage du stand, qui donne ceci: photo prise par une fan, le surlendemain.

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Mon roman de science fiction dystopique chez Porte-Bonheur, L’écologie d’Odi, finaliste au prix Christine Dumitriu Van Saanen, y figure en évidence! La savante folle y porte les lunettes steampunk achetées au festival des Utopiales de Nantes*. Lire la suite

Le Grand Bond en Arrière

Egos fragiles s’abstenir.

Désormais, c’est prouvé!

N’importe quel zozo assez riche peut accéder aux plus hautes charges d’un pays. Du moment qu’il est mâle et blanc. On ferme les yeux sur sa vulgarité, ses frasques, ses agressions verbales ou pas, son sexisme suintant… et son évasion fiscale!

À l’inverse, on démonise une femme déterminée qui a démontré la persévérance, l’expérience et une volonté de fer qui auraient été louables chez un homme.  Du caractère, ça lui en a pris pour survivre à trente ans de vie publique à se faire observer au microscope par les vipères qui comptent ses rides ou espionnent ses courriels. Ce n’est pas une violette timide comme moi qui aurait défriché ce chemin semé d’embûches.

Consécration ultime du double standard!

The Guardian, Illustration by Jasper Rietman.

Illustration by Jasper Rietman, The Guardian.

Barbara Kingsolver, une auteure que j’aime depuis longtemps fait un triste constat du double standard et de la misogynie qui a empoisonné le débat présidentiel. C’est pas un plafond de verre pour une femme, c’est un labyrinthe…  (illustration du Guardian).

Je réfère à ces articles qui expliquent pourquoi on n’aime pas les femmes qui réussissent, sauf… si elles se pètent la gueule, alors là, on les adore!  Lire la suite

Dans la patrie de Jules-Verne

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Le Festival des Utopiales de Nantes m’a invitée à célébrer les visions de la science-fiction. C’est une heureuse coïncidence car mon premier space opéra se déroulait à bord d’un vaisseau baptisé le Jules-Verne, en hommage au célèbre visionnaire originaire de cette ville.

Tout en préparant la sortie de deux courts livres cet automne (surprise!), j’apporterai mon humour et ma créativité pour célébrer la diversité de la science-fiction en français. Je participerai à trois tables rondes et d’autres rencontres, et mes livres seront en montre dans la librairie du festival.

Le Festival International de Science-fiction de Nantes réunit le monde de la prospective, des technologies nouvelles et de l’imaginaire,  du 29 octobre au 3 novembre prochain à la Cité Universitaire de Nantes.

Les Utopiales se comparent à un formidable chaudron où bouillonnent de nombreuses idées. Tables rondes, expositions, conférences fourniront autant d’occasions aux scientifiques, auteurs et artistes de partager leurs visions de la SF.

Et comme les Utopiales comportent aussi un volet BD,  je vais être gâtée!

L'auteure courant faire signer ses albums de BD par d'autres auteur-e-s!

 

Je ne peux qu’apprécier cette convergence, possédant une formation académique en géographie et génie de l’environnement. Je me livre parfois à la vulgarisation scientifique illustrée dans ce blogue de la Savante folle. (Je dis « parfois » car je prends du temps pour vérifier mes sources, écarter les puits empoisonnés et verser à mes lecteurs une eau aussi fraîche que possible.)

Le festival me permettra de nouer et renouer des contacts fructueux avec des auteur-e-s qui savent écrire pour les jeunes avec talent et doigté comme Danielle Martinigol et Paolo Bacigalupi.

Ci joint une photo de 2009, lors de la remise des prix Auroras à Montréal, avec Danielle Martinigol, son mari à gauche et la savante folle en rouge à droite.

 

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Christian, Danielle Martinigol et Michèle avec son trophée Aurora

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Un été qui court!

Les projets et contrats d’écriture, et les multiples démarches pour démarrer ma petite entreprise ont conspiré pour ralentir la production en cours des gags 98 et 99 des Grandeurs et misères de la table de dédicaces… dont voici un extrait de brouillon.

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Extrait du travail en cours de production.

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Dernière heure! Ma nouvelle « La cousine Entropie » publiée dans la revue Galaxies 40  fait désormais partie de la sélection 2016 pour les prix Bob Morane.

***

Pour vous consoler de l’absence de la BD, voici ces quelques photos de Mississauga prises avec ma tablette, pendant une de ces démarches d’affaires.

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Hémérocalles, espace public.

Architecture intérieure. Et des buildings, vu d’un petit pont piétonnier en plein centre-ville.

Je prends beaucoup de photos comme celle-ci, ça peut servir pour des décors de BD. Sauf que… je ne m’en sers pas beaucoup!

*

Couru 19 km dimanche dernier, en préparation pour un autre marathon cet automne, pour éviter la mésaventure ci-dessous!

94 ExtraitMarathon

Extrait de « 42,2 »

*

Et une belle photo de ce petit passage piétonnier, pour vous encourager à bâtir des ponts plutôt que des murs entre les gens!

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Ce pont de métal aux couleurs

du bois évoque la solitude du coureur

ou du lointain promeneur!

 

 

Du débat vu comme un ballon

Du débat sur l'accès aux armes vu comme un ballon, qu'on relance, et relance... et qui retombe toujours

Vraiment tannée d’entendre cette phrase « Ça relance le débat sur… » au lendemain d’un énième massacre facilité par des armes de plus en plus puissantes, utilisées par des cerveaux de plus en plus faibles.

Quand la poussière retombe et que les morts sont enterrés, le ballon est retombé lui aussi, dans un buisson quelque part.

Et on continue de vendre des « bâtons de tonnerre » de plus en plus redoutables à des gens de plus en plus effrayés.

 

Pause jardinage

Si j’ai pu jardiner en décembre dernier, le mois d’avril et mai, ont été particulièrement éprouvants, pluie, froid, orages… et marathon!

Pourquoi la BD a tardé! Sans blagues, j’ai commencé mardi et mercredi deux nouvelles BD sur les tables de dédicaces et… pffuit!  L’appel du printemps a été trop fort!

Voici les vedettes de mon jardin de juin…

 

Cette semaine a été la première qui me permet de m’adonner à mon loisir favori, le jardinage, juste après ce plaisir coupable!

 

L'auteure s'adonnant au coupable plaisir des ventes de garage! "Oh wow! Le dernier Grisham à 50 cents!"

J’y trouve souvent des trésors, comme aujourd’hui, une mini-table d’écriture en bois solide!

Grandeurs et misères de la table de décicace – 94

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Ça m’a pris de l’obstination pour finir ce marathon, car je pensais abandonner dès le km 26. Finalement j’ai alterné marche et course douloureuse, ça changeait le mal de place! La colère faisait monter l’adrénaline et pendant une minute j’oubliais mes douleurs.

Les bénévoles ont été fantastiques mais le mauvais temps jouait contre les organisateurs. C’est dur d’arriver dans une place vide, avec tous les kiosques démontés.

Néanmoins, c’était mon premier marathon.

Le salon du livre de Sudbury suivait trois jours plus tard, ce qui me permet ce titre. Mes jambes se sont remises plus vite que sur la BD, mais les deux premiers jours on marche avec difficulté.

Le Salon de Sudbury a été un très bel événement qui m,a permis de revoir des confrères et consoeurs de talent!

 

 

 

Le sentier de Wolfe

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Pis quand je pense que les Anglais avaient monté les canons en pièces détachées!

J’ai couru (et parcouru) le sentier de Wolfe en montant pour m’entraîner, à la suite de mon cousin, marathonien d’expérience. Nous sommes montés depuis l’Anse aux-Foulons, et passé par plein de petits écriteaux qui expliquent par le détail la manœuvre du général Wolfe pour attaquer Québec défendu par Montcalm. Évidemment ce n’était pas asphalté…

(Les deux dirigeants ont perdu la vie lors de cette bataille qui fut selon les chroniqueurs plutôt courte.)  Néanmoins, j’ai pensé aux soldats qui portaient ces lourdes charges et leurs équipements, et aux défenseurs de Québec qui risquaient leurs vies.

C’est toujours facile de dire, longtemps après: « Montcalm aurait dû faire ceci ou cela, il aurait dû attendre les renforts de Bougainville et de Lévis au lieu de faire une sortie… »

Or, sans téléphonie cellulaire, alors que les assiégés de Québec manquaient de tout (Wolfe avait fait brûler les champs et rasé les villages jusqu’à 100 km en aval de la ville), le marquis de Montcalm ne pouvait *savoir* réellement si Lévis et ses volontaires n’avait pas été eux-mêmes décimés,  ni si les guerriers Iroquois alliés des britanniques ne viendraient pas plus tard rejoindre ceux-ci pour former une masse inattaquable.  Alors, il a ordonné une sortie contre une ennemi supérieur en nombre… (1)

Mes amitiés à ma horde de fans féroces, le retour du salon du livre de Québec a été aventureux et mon entrainement pour le marathon du premier mai épuisant, d’où cette BD en retard!

 

 

(1) pp 139-141, Canada-Québec, de Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois.

 

Grandeurs et misères de la table de dédicaces – 92

92CeQuiNousDemolit

 

Des réactions aux attentats de Bruxelles sur  les médias sociaux qui de blâme en blâme s’enveniment et ne résolvent rien. Et quelle joie féroce quand certaines hypothèses renforcent nos préjugés!

Hélas, Facebook est un exutoire trop facile, et contrairement à ce qu’on peut « ventiler » dans notre salon avec des copains, l’auditoire est la planète entière. Ce qui nous démolit à petit feu.

Lors de ma rencontre en Orégon avec des écrivains pros, une directive importante (avec celles en cas de tremblement de terre et de tsunami) était « Don’t discuss politics! » Plusieurs de mes consœurs et confrères professionnels ont choisi de ne plus intervenir sur Internet dans les débats trop « à fleur de peau » (et en plus, aux USA, ils sont en élections!) car ils et elles y ont perdu trop d’amis.

J’aurais moi aussi beaucoup de réflexions à partager sur les origines du fléau du terrorisme, et sur le conditionnement mental qu’on appelle aujourd’hui « radicalisation ». Les prisons mentales poussent partout, même chez les jeunes éduqués ou riches (Patty Hearst, quelqu’un?)

Au début, ça ne prend qu’une petite graine de frustration, nourrie par l’engrais du préjugé. Avec le temps, la prison mentale produit ses fleurs du mal, des fruits de haine sucrée  qui procurent un hit de jouissance mentale, un gonflage d’ego aux stéroïdes de la « bonne » cause.

Je pourrais aussi parler des empoisonneurs de sources médiatiques qui sèment à tout vent des graines de colère. Qui appellent à mots couverts au lynchage d’une communauté ou d’une ethnie simplement parce que des assassins obscurantistes y auraient été recrutés.

Je pourrais vous parler des fabricants d’armes lourdes qui font des affaires d’or, tant avec les États qui veulent se protéger qu’avec les groupes terroristes.

Je suis passée proche de ne pas mettre de nombre devant cette BD hebdomadaire sur les tables de dédicaces. Mais les enjeux concernent tous les auteurs. J’ai entendu les pires insultes cette semaine, et plusieurs de mes amis sur Facebook ont laissé leur réserve au vestiaire.

Nous, les créateurs et créatrices de BD, magiciens d’images, quelle que soit la taille de notre public, avons la responsabilité de ne pas enflammer le débat avec des appels à la haine simplistes.

Écrire, c’est donner à rêver, à entrevoir un avenir différent du capitalisme axé sur la peur qu’essaient de nous imposer les puissants. C‘est nourrir l’imagination pour aider à construire, par  l’éducation et le respect, un monde plus convivial.