A la poursuite des planètes

Une aventure de Michèle l’astronome enthousiaste !

Par un beau matin de presque solstice d’hiver, de sa fenêtre qui donne vers l’est, MICHÈLE aperçoit, Ô joie, une étoile brillante, solitaire.

MICHÈLE : Gilles, Gilles! Je pense que c’est Vénus, là…

GILLES : (rien)

Pas de gnegnegne…

MICHÈLE se retourne et aperçoit le lit vide.

En effet, le mari se lève plus tôt qu’elle pour jouer à des MMORPG à son ordi, et que son tour de jouer avec des individus aux quatre coins* de la planète arrive invariablement à 6h15 AM.

Mais que cela ne tienne, la passion enflamme MICHÈLE qui descend les escaliers. Vite, vite, elle descend au premier pour y prendre le télescope, son logo La maisons de l’Astronomie bien visible sur son flanc immaculé. Elle le remonte par les escaliers et l’installe devant la grande fenêtre.

Il s’agit techniquement d’une lunette astronomique Maksutov LMDA 70 AZ2 et non d’un télescope, car pas de miroir au fond qui réfléchit la lumière. Le LDMA fonctionne par une lentille qui concentre les rayons vers l’objectif. Mais Michèle appelle tout ça des télescopes, donc.  

Découvre que la petite lunette de visée qui s’appelle un chercheur (un nom exact, car Michèle cherche beaucoup avec, sans rien trouver) est dysfonctionnelle et ne pointe pas sur le point lumineux. Car deux petites vis spéciales pour solidifier sa position manquent, perdues depuis des années. Il n’en reste qu’une bien démunie, snif !

MICHÈLE  Zigonne, zigonne avec la roulette d’ajustement fin du télescope.

Puis, la patience n’étant pas dans son azur (mille excuses à Hubert Reeves pur ce jeu de mots) surtout que le ciel commence à pâlir, elle recours à la solution nucléaire.

Empoigne le télescope et le déplace approximativement, un œil collé sur l’oculaire. Zoum! Un éclair blanc traverse le champ de vision. Notre astronome amateure s’apercoit qu’elle n’a pas ajusté la focale.

MICHÈLE zigonne à nouveau avec les roulettes, puis déchante : son étoile n’est plus visible! Parce que, à l’est, notre grosse étoile, d’une magnitude de — 22, a effacé du ciel toutes les autres.**

MICHÈLE : Grooogne!

Mais elle laisse le télescope et rebouche le tube se disant qu’elle se reprendrait le lendemain.

Michèle qui tape, tape, tape ses histoires qu'elle croit originales...
PETIT SAUT TEMPOREL :
Une longue journée d’écriture et de plein d’autres activités plus tard

Arrive le soir. MICHÈLE sort pour finir ses pas (car elle s’est fixé un objectif de pas par jour) et regarde, dans le ciel étoilé à l’ouest, juste au-dessus de la maison basse des voisins, non pas un, mais DEUX beaux points lumineux.

MICHÈLE : Chouette, ça doit être Jupiter!

Court vers la maison. Apercoit, dans la fenêtre éclairée de leur chambre (qui ouvre vers l’est, rappel) la silhouette du télescope.

MICHÈLE : Bof, je vais prendre mes Célestron 15×70.

Les jumelles sont rangées au premier étage près de la porte. Toutefois, Michèle se souvient que les jumelles 15×70 sont lourdes et les tenir à bout de bras est fatiguant. Alors, notre astronome enthousiaste monte les marche pour aller chercher le trépied des Célestron, dans la chambre.

Il est maintenant neuf heures. Elle passe plusieurs maisons pour voir le point très lumineux qui ne l’attend pas bien sûr, et descend toujours vers l’horizon. MICHÈLE déploie les pattes du trépied sur le trottoir devant un gazon illuminé de petits rennes, de cannes à sucre géantes et de cadeaux, toute en rouges et blancs.

Elle ajuste les Célestron qui commencent à montrer leur âge vénérable car en y collant les yeux, elle en voit deux planètes pour le prix d’une.

MICHÈLE : Grogne! Finalement, le point très lumineux qui descend vers l’horizon (en fait, le toit de la maison voisine) n’est PAS Jupiter. Elle monte la hauteur des jumelles pour voir l’autre planète sans se contorsionner, et découvre deux Jupiters avec six satellites (rappel, dédoublage de l’image).

Ce faisant elle aperçoit par la fenêtre de sa chambre la silhouette du télescope qui lui fait de l’œil.

Calcule si elle a le temps d’aller le chercher, de le descendre par les escaliers, de le sortir avec ses grandes pattes par la porte d’en avant… avant que l’étoile mystérieuse disparaisse.

MICHÈLE pense à son bon papa qui l’a initié aux joies télescopiques.

Et se lance dans un élan d’héroisme, empoignant les pattes du trépied du Célestron. Par chance, aucun voisin n’est dehors par 3 degrés C pour la voir s’énerver avec la porte d’en avant.

Couche les Célestron sur le divan, court au deuxième, attrape le Maison de l’Astronomie à focale de 700mm. S’arrête pour considérer un problème: le support du télescope a trois pattes rigides en pleine extension, traçant donc dans l’air une encombrante pyramide. Surtout que le plateau triangulaire tient ces pattes bien écartées!

Mais MICHÈLE n’a pas envie de les raccourcir une par une, puis de les rallonger une fois en position. Ben trop long. Donc, elle prend son courage et son télescope à deux mains et s’aventure dans les escaliers, accrochant toutes les petits barreaux de métal cheap sous la rampe. Puis la bibliothèque en face de l’escalier, installée dans le lieu le plus passant de la maison (don’t ask me why. Don’t.)

Manœuvre délicate : négocier la porte d’en avant en tournant et détournant les trois grandes pattes du télescope, sans laisser sortir notre chatte trois couleurs qui ne demande que de s’échapper de cette maison de fous. Ça passe, enfin!

Puis MICHÈLE, riant comme une savante folle fière de son coup, galope vers le point d’observation idéal près des rennes et des cannes à sucre géantes devant un voisin (non elles ne sont pas dans le dessin!). Établit les pa-pattes, tap-tap-tap sur le trottoir miraculeusement libre de toute neige ou glace (vu que la veille il faisait 16 degrés Celsius et que tout a fondu.)

Elle lâche un gros mot quand un petit couvercle s’échappe et roule dans le gazon festonné de petites bêtes lumineuses. Se penche, et finit par le trouver. Revient. Regarde par la lunette de visée qui ne s’est toujours pas améliorée.

Note la lumière de la demi-lune. Pointe dessus au jugé. Ajuste à nouveau la focale. Enfin, note la position de la cible, à 5h par rapport au centre du réticule.

Zoom, soulève les pattes pour les placer vers la mystérieuse étoile brillante. Et enfin, joie! Découvre un croissant… Or, il n’y a qu’un croissant dans le ciel à part la lune (qui était à son premier quartier), et c’est donc Vénus!

Petit moment d’émotion en regardant le sourire nimbé d’arc-en-ciel à cause de la limite de résolution. Snif.

MICHÈLE tourne le télescope vers la seconde planète, Jupiter, dont les bandes sont visibles, deux satellites à gauche un à droite. Elle pourrait les nommer à cause des distances relatives (Io la plus proche, Europe, Ganymède, Callisto la plus éloignée). Puis les bandes se brouillent à cause de l’émotion, ses yeux se mouillent à la pensée de cette activité qui l’unit à son bon papa.

*Fin*

Histoire de me pardonner d’avoir raté les quandrantides d’avant-hier, voici un petit tableau des satellites galiléens (découverts en janvier 1610 par Galilée avec une lunette minable par rapport à mes jumelles Célestron). Les distances sont grossièrement arrondies, si vous cherchez les chiffres au micron près, allez voir Wikipedia!

SatelliteOrbiteCommentaires
Io422 000 kmLe plus difficile à voir, presque collé sur Jupiter, à une distance similaire à celle entre la Lune et la Terre (384 000 km).
Europe670 000 kmSe voit bien, mais  passe souvent devant et derrière Jupiter. 
Ganymède1 million  kmLe plus gros satellite, 5000 km de diamètre, très facile à voir. J’ai d’ailleurs écrit une histoire qui s’y déroulait
Callisto1,8 million kmAussi facile à voir avec des jumelles
  • * Quatre coins de la planète: c’est à cause de cette expression que tant de gens pensent que la Terre est plate… Si on avait dit les huit coins de la planète, au moins elle serait cubique!
  • ** Oui, la magnitude du Soleil est bien de — 22 (moins vingt-deux)

Une réponse à “A la poursuite des planètes

  1. Salut Michèle,
    Ton aventure me rappelle mes propres mésaventures avec mes télescopes et mes pesantes jumelles lors de mes observations. C’est le vécu habituel des astronomes amateurs !

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