Up! (Une étude de mobilité sociale)

Non je ne parle pas du sympathique film de Pixar, mais d’un documentaire original sur la mobilité sociale réalisé au cours de 56 ans par monsieur Michael Apted. Celui-ci suivra, entre 1964 et 2019, 14 jeunes Anglais, de 7 à 63 ans, et les interviewant à chaque 7 ans.

Les cloches de Londres (Photo de Tommy Milanese sur Pexels.com )

Le mythe

Vous connaissez cette belle légende du petit Dick Whittington, pauvre orphelin qui partait de Londres après avoir confié son chat à un capitaine marchand? Alors qu’il gravissait une colline, il croit entendre les cloches de Londres le rappeler:

Dick Whittington, Dick Whittington
Trois fois Lord-maire de Londres
tu deviendras

Et il appert que son chat s’était rendu fort utile pendant le voyage, en chassant les souris d’une royaume. Le capitaine rapporta une fortune au petit Dick.

Dans la vraie vie, Richard Whittington n’était pas d’une famille pauvre, mais n’étant pas l’ainé, s’en vint à Londres pour travailler dans une mercerie. Peu à peu, il fit des bonnes affaires et deviendrait Lord-Amire de Londre non pas pour trois, mais quatre termes. Il reste un personnage intéressant, qui contribua à des oeuvres charitables, construisit un hopital qui existe encore aujourd’hui, un abri pour les pauvres, des fontaines et des toilettes publiques (en 1400 ce n’était pas du tout évident!)

Ca reste quand même un exemple légendaire de mobilité sociale ascendante. Ce à quoi on rêve tous: améliorer nos conditions de vie. Et, si on devient relativement riche, améliorer celles des gens autour de nous comme le fit Whittington.

Donc, en travaillant fort, on devrait se hisser au-dessus de nos conditions de départ. Vrai?

La mobilité sociale étudiée sur 56 ans

Revenons au documentaire de Michael Apted.

Ca donne une série d’épisodes ou tu vois les gens (assez variés pour l’époque!) vieillir devant toi, depuis les enfants qui ont des rêves, les adolescents qui espèrent, les adultes qui vivent les mutations sociales et les crises économiques (la privatisation sous Thatcher dans les années 1980, l’effondrement de la bulle de 2008 (= ouch!) Il va sans dire qu’on perd deux ou trois jeunes en cours de route.

“By following these Britons for 56 years, Apted’s Up series shone a unique and sometimes devastating light on how people’s fates are decided as much by social attitudes and class as by their character or grit.” Alissa Quart, auteure de l’article.

Ceux nés dans un quartier à l’aise cheminent aussi, et se placent bien. Par contre, ceux qui viennent d’un milieu plus pauvre en arrachent, et ne parviennent pas toujours à réaliser leur rêve. On en suit un jeune homme qui travaille dur, de chauffeur de taxi à commerçant, puis, crac! La crise économique, et le revoila chauffeur de taxi !

14 personnes, c,est un très faible échantillon, mais sur le temps c’est un panorama extraordinaire. Ces vicissitudes démontrent à quel point les destins des gens dépendent moins de leurs qualités intérieures et leur talent/volonté/persévérance (ce que la société capitaliste soutient avec la « méritocratie ») que des attitudes et leur classes sociale.

La série commence à Up, puis suivent 7-Up, 14-Up… jusqu’à 63-Up. Malheureusement, il n’y aura pas de 70-up car Michael Apted est décédé à 79 ans en janvier dernier. Il a eu le mérite non pas de faire des interrogations abstraites, mais de montrer en direct l’impact des conditions de départ, des classes sociales sur la mobilité sociale de ces jeunes.

Vous n’aurez sans doute pas le temps de visionner la série complète, mais ces deux articles devraient couvrir le sujet (environ 10 minutes de lecture chacun:

L’article sur le site de new Republic et un survol détaillé sur le site de Revised Sociology .

https://newrepublic.com/article/160879/michael-apted-up-series-documentary-long-view

et sur le site du New York Times (https://www.nytimes.com/2019/11/27/magazine/63-up-michael-apted.html)

Poor at 20, Poor for Life. Une étude montre que entre les années 1980s et 2000s, grimper l’échelle des salaires devient plus difficile.

Longs serpents, courtes échelles…

Si vous lisez le blog, il y a de forte chances que vous travailliez dur… pour trouver du travail ! De plus en plus ça ressemble à un jeu de serpents et d’échelles, avec de loooongs serpents et de courtes échelles.

Le documentaire confirme l’impact de notre milieu de vie en enfance et des politiques de privatisation sur nos choix de vie, pour trouver des conditions de vie et de travail sur la personne exerce un contrôle réel.

Pendant que les industriels se servent joyeusement dans la cagnotte publique, les médias aux service de l’argent entretretiennent le mythe des makers (qui travaillent dur) vs des takers (qui se font vivre par les autres). Or, qui vit au bas de l’échelle et se prend… la misère en pleine face, sait à quel point ce mythe s’éloigne de la réalité. On ne peut la nommer et les gens dans le reportage peinaient à mettre des mots sur leur malaise, mais les politiques de l’Angleterre ont été influencées par une coalition de d’intérêts fortunés et de spéculateurs pour lesquels les échelles sont très longues, et bien consolidées.

La Savante folle va faire son rapport d’impôt, en pensant à quel point elle en paie plus que la plupart de nos grandes fortunes canadiennes!

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