Le Grand Bond en Arrière

Egos fragiles s’abstenir.

Désormais, c’est prouvé!

N’importe quel zozo assez riche peut accéder aux plus hautes charges d’un pays. Du moment qu’il est mâle et blanc. On ferme les yeux sur sa vulgarité, ses frasques, ses agressions verbales ou pas, son sexisme suintant… et son évasion fiscale!

À l’inverse, on démonise une femme déterminée qui a démontré la persévérance, l’expérience et une volonté de fer qui auraient été louables chez un homme.  Du caractère, ça lui en a pris pour survivre à trente ans de vie publique à se faire observer au microscope par les vipères qui comptent ses rides ou espionnent ses courriels. Ce n’est pas une violette timide comme moi qui aurait défriché ce chemin semé d’embûches.

Consécration ultime du double standard!

The Guardian, Illustration by Jasper Rietman.

Illustration by Jasper Rietman, The Guardian.

Barbara Kingsolver, une auteure que j’aime depuis longtemps fait un triste constat du double standard et de la misogynie qui a empoisonné le débat présidentiel. C’est pas un plafond de verre pour une femme, c’est un labyrinthe…  (illustration du Guardian).

Je réfère à ces articles qui expliquent pourquoi on n’aime pas les femmes qui réussissent, sauf… si elles se pètent la gueule, alors là, on les adore! 

Le sexisme a toujours de bons alibis: il suffit pour les médias et les spin doctors d’arroser les graines d’insatisfaction liées aux mesures de trickle down economics (instituée à l’ère Reagan et qui va revenir), de boursoufler le sens d' »entitlement » d’un grand groupe d’américains blancs à l’ego délicat, de cultiver en eux une haine féroce envers cette femme associée à un « establishment » pour faire jaillir une frénésie de changement.

Un grand bond en arrière des droits des femmes est-il à craindre? Les vertueux obscurantistes se frottent déjà les mains, avec les deux chambres à majorité conservatrice. Il reste des leviers judiciaires pour préserver des droits acquis.

Je pense à toutes ces luttes à recommencer, à poursuivre pour que naître fille ne soit plus une tare sociale. Le message de Mme Clinton aux filles est d’ailleurs lumineux.

« A toutes les petites filles, ne doutez jamais que vous êtes importantes et que vous méritez toutes les chances du monde d’accomplir vos rêves. »
Hillary Clinton, le 9 novembre 2016

Je passe sur les tristes manifestations de  haine ouverte de ces egos à la coquille si fragile qu’ils (et leurs blondes) se sentent carrément menacés par tout ce qui ne leur ressemble pas. Les autres, ceux et celles qui ne sont pas des vraies personnes à leurs yeux. Non seulement les femmes qui ne leur obéissent pas, mais les Afro-Américains,  les mexicains, les Premières Nations, les gais (LGBT), les trans, les personnes handicapées, alouette…

Alors ces egos délicats se jette sur le premier coq venu.

Le changement, à n’importe quel prix. Attendez de passer à la caisse, les petits egos… Les leçons de l’histoire restent ignorées.

De tout temps l’humanité avance et recule. Hier, ben, c’était un recul. Pour les pires raisons qui soient: ces alibis de changement pour cacher à quel point une femme forte comme présidente faisait peur.

Beaucoup de mes amis américains sont tentés de déménager au Canada.

*

La savante folle avait écrit il y a longtemps un poème sur le pays faible qui réclamait un homme fort pour sortir de la misère. C’était dans un tout autre contexte!

Le voila:

Oyez la complainte du pays pitoyable
qui désirait un homme formidable
pour ses destinées diriger

chômage, inflation, pauvreté
cuisines vides sous les épaves d’usines
le peuple assoiffé de changement
appelle un sauveur à plein poumons

Joie!

une main virile saisit le pouvoir
pour redorer le blason
du pays en pâmoison

sa force coule dans le béton
une autorité divine
alors qu’il pose au firmament
des amis obsédés de pureté

Soudan, soudain!

s’effondrent les rêves de gloire 
les lendemains déchantent
l’abus les tente

l’armée rase têtes et maisons
elle envahit les provinces agitées
et menace les contrées voisines

banques et prisons 
débordent d’argent
et d’innocents 

et le peuple exténué
ne sait plus comment
faire décoller le tyran
si ardemment réclamé

micheletroubadoure
Petite notice, les politiciens des autres pays ont l’esprit pas mal plus conciliant, car ils devront travailler avec le p’tit nouveau. Qui sait, à leur contact, il pourra gagner un peu de sagesse et d’ouverture d’esprit, ce qu’on lui souhaite.

Deuxième notice, aucune idée à quoi servait la fraise autour du cou des costumes de Renaissance, mais j’aime bien. Merci à Salgood Sam pour l’inspiration.

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