Lectures en parallèle

Un écrivain écrit, mais il lui faut aussi se « nourrir ».  Alors je lis. Beaucoup.
Comme je lis vite, pour rester plus longtemps avec les fragments d’univers qui naissent de ces pages, je lis en parallèle une douzaine de livres.

J’en commence un, puis au milieu j’en ouvre un autre, il y a celui que j’emporte en déplacemement, la brique que je laisse près du lit…

Donc voici mes livres du moment :

(1)

Tout le monde vous aime, monsieur Salim! Jean-Louis Grosmaire, 112 sur 150 p.

Le jeune Hassan, qui a trempé dans un trafic de drogue, doit pour se racheter tenir compagnie à un vieillard amer, monsieur Salim, qui, se remémore son pays natal, le Maroc. Salim fut un enfant trouvé, adopté par un couple d’Européens, ramené à Paris, où il a vécu et ravaillé, avant d’être, comme tant d’autres, parqué dans ces résidences de personnes âgées. Peu à peu, les deux s’apprivoisent.  Monsieur Salim découvre que même à son âge, il peut apporter aux autres. Hassan prend conscience de l’importance des liens familiaux et renoue avec ses parents, eux aussi originaires du Maroc.

« J’ai été adopté bébé, et pépé, voilà que je suis à nouveau adopté! »

J’ai interrompu la lecture non parce que le livre était ennuyeux, mais parce que les descriptions des villes et des habitants au rythme de vie lent y sont magnifiques. Ce n’est pas un livre pour écrit pour en tourner les pages à toute vitesse, mais pour goûter et savourer longuement. Il faut prendre le temps de lire ce parcours de la mémoire, ce livre vivant.

JLG a longtemps séjourné dans ces pays, et il en a distillé la grâce dans ce livre. Il a voulu partager son émerveillement avec nous, et parfois, les conversations entre Hassan et Salim servent à démontrer un point, comme le traitement des vieux en Europe par rapport dans ces pays de l’Afrique du nord, et à s’envoler verbalement vers les villes du Maroc.

En conséquence, et ‘est le seul défaut du roman, ces échanges sonnent  moins naturel (et je l’ai dit à l’auteur). Certaines informations arrivent aussi très très tard dans le roman, comme la description physique de Salim par Hassan, et ce que Hassan a fait apès sa retraite qui auraient pu nous être donné plus tôt.

Mais le voyage en vaut la peine! La page 75 est un des bijoux descriptifs.

« Un dattier offre son panache en floraison verte au milieu de la vallée brûlée. Les palmes jouent ombres et lumières sur loasis. Le vent torsade es colonnes de sables, les engloutit, les élève dans le ciel rougeâtre. Le vent grenaille le visage, fouette les épineux, assèche les flancs montagneux, brûle les villages de pierre.  »

(2)

Polynésia, les mystères du temps, Jean-Pierre Bonnefoy, 729 pages sur 770 pages (incluant trois lexiques). Livre reçu lors du dernier salon de Toronto. Publié une première fois sous le titre L’odyssée d’un rêve.

L’auteur réside en Polynésie, à bord de son voilier Toa Marana. Pourquoi je le dis… parce que le livre réunit trois époques (1000 ans BC, notre époque, et le LIe siècle!) Le personnage de notre époque qui narre au je est un monsieur habitant les iles et voguant à bord de son voilier le Toa Marana (guerrier de la Lune).

On suit aussi la migration pleine de dangers d’un groupe conduit par le chef Ta’aroa, à bord de la pirogue Ta Marana (si,si!). Et on suit l’enquête d’un homme du futur vivant dans un essaim de vaisseau-lumière qui abrite l’humanité, Angkor (comme L’AngKor Vat, ce temple) un agent aux capacité intellectuelles hors du commun, (un Johnny Mnemonic sans les implants) qui cherche des informations sur la Polynésie et les modes de transports. Et qui ressemble aussi physiquement à l’auteur… que j’ai rencontré en personne l’an dernier. (Pas nécessairement un défaut pour un premier roman.)

La partie SF est beaucoup plus laborieuse, l’auteur décrit des environnements futuristes que des lecteurs aguerris auront lu au moins 100 fois. Les moyens de transport entre vaisseaux sont instantanés, abolissant les années-lumière. En voulant nous communiquer sa vision, de longues digressions philosophiques sur le rêves alourdissent le roman.

Ce qui relie les époques? Le rêve, et c’est la faiblesse qui transforme ce roman de SF en science-fantasy. Le monsieur du voilier s’endort et pouf! il se retrouve sur l’ancien Toa Marana (qui veut dire guerrier de la lune). Le monsieur du futur, plus tard,  s’endort et pouf! Il s’y retrouve aussi, tout comme une amie. Et vers la fin, les iA du nouveau vaisseau vont reproduire un milieu marin semblable pour permettre à Angkor (qui a subi une confusion, il se prend pour Taaroa!) de refaire lui aussi un voyage en grande pirogue… La, c’était juste un peu trop pour moi.

C’est la partie « ancienne » qui m’a le plus emballlée. Les qualités de l’écriture ressortent ici: d’époustouflantes descriptions du milieu des atolls, de la navigation, des levers de soleil sur la mer, des vagues… des îles, avec beaucoup de vocabulaire Mao’hi. Moana: l’océan… Ca n’a l’air de rien, mais il y a dans ces pages au moins quarante descrptions de bateau qui fend les vagues, de l’eau qui clapote dans les atolls (les Motu)… et aucune de ces descriptions ne se répète!

La poésie du langage et  l’amour manifeste de l’auteur pour ce milieu et ce fier peuple polynésien, le portrait anthropologique des habitants des iles, tout cela vaut le détour. J’ai relu (si,si!) toute la partie « ancienne » de l’odyssée de Ta’aroa et de sa grande pirogue pleine de personnages attachants.

Mais l’histoire matinée de rêve et d’utopie, et certains éléments m’ont paru factices, trop appuyés: la compagne du monsieur en voilier (l’auteur!) s’appelle Alpha. Pas Georgette ou Stella. Et les noms des personnages du LIe siècle, aie-aie-aie! AngKor passe bien, mais pas PlovDiv, Didja, LeEr…

La parcelle LIe siècle prend néanmoins de l’intérêt, comme à la page 450, quand deux gars surveillés par les autorités se passent un message codé par une ruse digne des Mentats de Dune, de Herbert.

L’auteur est scientifique, spécialiste en interprétation d’images et intelligence artificielle (qui tiennent une place importante dans l’histoire.) C’est un effort qui mérite d’être souligné, et comme j’ai recu ce livre gratuitement, je vais m’arranger pour verser à cet anthopologue passionné son droit d’auteur lors d’un prochain Salon…

(3)

Le quart de millimètre,
de Zviane, 320 sur 338 pages. (Bon autant dire que je l’ai fini!)

Une BD réalisée rapidement, par planches autobiographiques, d’une musicienne, compositrice et dessinatrice qui cherche sa vocation. Et qui a trouvé dans la BD un succès d’estime grandissant. Je suis une fan.

Et si vous ne connaissez rien aux harmonies et contre point, pas de problème: Zviae explique en images des concepts abtrus. La seule BD avec partition musicales incluses!

(4)

THE HOLY BIBLE page 384 sur 2200 p. Par un collectif d’auteurs anonymes.

Quel grandiose ouvrage de fantasy! Du souffle! De l’action! Passion! Fruit défendu! Jalousie! Stupre ! Sodome! Gomorrhe! Promesses de politiciens! Promesse de Messie! Massacres sur commande !

Me voici chez Samuel, après être passée chez Abraham, Joseph, Moise et Josué sans oublier la Genèse. (Pour un traité de génocide appliqué, voir Josué.) Samuel, élevé par le grand prêtre Éli, doit trouver un roi parce que le peuple en demande un. Affaire à suivre… Ciel, que va-t-il se passer?

Je lis une version en anglais, annotée, avec plein de cartes et de schémas, car c’est une version pour étudiants avancés ou séminaristes. En tout cas, si je trouve une Arche d’Alliance dans une vente de garage, je sais à quoi cela ressemble!

Je la relis d’un bord à l’autre, pour me plonger dans l’esprit d’un personnage de mon prochain roman adulte.  Je reviendrai plus tard avec une critique, que j’espère constructive pour ce collectif d’auteurs.

(5)

L’Eldnade, tome 1, Ardahel le Santerrian de Luc St-Hilaire. 280 pages et plein de cartes à la fin.

Parce que la fantasy « conte de fée » c’est pas  mon truc, mais quand c’est un confrère sympathique… Comme le départ de l’histoire ne m’emballait pas, j’ai résolu la méthode 1p-1p pour passer au travers.  Une chose à ne jamais faire: présenter 17 personnages d’un compagnie en un (long) paragraphe, surtout quand chacun individuellement ne revient que beaucoup plus loin dans le récit…

L’histoire est une quête typique, le jeune Ardahel est l’élu, un peu orgueilleux mais que l’aventure et des rencontres vont mouler et former. On fait beaucoup de présentation de personnages tous beaux et nobles et fins au début. Ca décolle à peu près à la moitié du livre et l’intrigue, rendue en page 250, devient assez prenante. De belles inventions, une ou deux ruses subtiles du héros méritent un coup de chapeau.

Une grande qualité: la description attentionnée des paysages et des habitants des contrées étranges que la compagnie traverse. L’auteur se donne la peine de faire des comparaisons très imagées pour qu’on se figure l’aspect du paysage.

Un bon back-story à la Tolkien, avec des Races grandes, moyennes et petites, plus ou moins anciennes, plus ou moins puissantes.

(6)

Legacies , Alison Sinclair, page 120 sur 450

Une agréable rencontre lors du congres Anticipation. J’ai pris un excellent repas d’adieu au resto la Popessa avec Mario, Claude Pelletier et Alison Sinclair, une auteure de SF venue de Victoria, demeurant à Montréal. Je lui ai acheté son space-opéra, et j’ai découvert une nouvelle voix.

(6) prime

Suprématie, par Laurent McAllister. page 2 sur 660 pages

Ca bouge dans cette Galaxie!

(7)

Mais que lit Stephen Harper? par Yann Martel.  p. 145 sur 258

Un court aperçu par Martel de livres qui sont tous intéressants, porteur d’une facette de l’humanité. Je ne les lirai jamais tous, mais la sensibilité de Martel affleure en surface, et son appréciation du métier d’écrivain (et sa dépréciation dans notre société).

L’élément déclencheur? Un moment d’appréciation des artistes pour les 50 ans du CAC, dans la chambre des Communes. Le PM (qui aime tant les artistes!)  y assistait, sans montrer le moindre intérêt. Il était ailleurs dans sa tête… Yann Martel a décidé de lui envoyer deux livres par mois, pour lui prouver que les écrivains, les conteurs d’histoires apportent des moments de quiétude dans notre vie mouvementées.

Grosso modo j’en avais lu deux sur la gang, et bien d’autres.

(8)

Maelstrom, de Peter Watts, chapitre deux sur une vingtaine (sur internet).

Je connaissais Watts par ses nouvelles en francais. Le 8 décembre dernier, l’auteur de SF  fait arrêter par le Homeland security, puis malmené (pour faire un euphémisme poli) par ces agents qui cherchent avant tout des terroristes ) peu avant la frontière alors qu’il retournait au Canada.  Son blog ici. Je suis allée voir son site et contribué à sa défense légale. Et j’ai jeté un coup d’oeil sur son roman, Maelstrom. Mon oeil est resté collé.

Watts a écrit une trilogie: Starfish, Maelstrom, Behemoth.

Maelstrom, c’est un choc comme quand j’ai découvert pour la première fois Elisabeth Bear. Ayoye! Pardon, pardon, pardon, je l’ai pas trouvé plus tôt!

Ja-lou-se, je suis!

Une écriture accroche-coeur, riche, qui sert le propos, quinze idées-images nouvelles par paragraphe (au moins). Un univers cruel, mais aux personnages attachants. Une fin du monde non pas annoncée, mais enclenchée par ceux qui essaient de le sauver. Des déplacement de population, des humains modifiés pour vivre en profondeur sous marine, des biotes, des robot, des catastrophes…

Je prend mon temps parce que je veux déguster ce livre, et ses autres romans.

Watts possède une formation en biologie marine, et cela parait.  Son motto: « In love with the moment. Scared shitless of the future ».  Bref, un pessimiste qui aime les chats…

(9)

The Algal Bowl, par David W. Schindler et John R Vallentine, p. 42 aur 334.

Pour suivre notre spécialiste en bio marine, voici un peu de bio lacustre, spécialité de feu mon oncle Robert Lagueux, limnologue.

L’intrigue repose sur le « bol d’algues » qui envahit nos lacs, un meurtre silencieux, dont seules les éclosions d’algues, les cyanobactéries, nous avertissent! Les auteurs nous expliquent, les facteur de l’euthrophisation des lacs, dont le facteur humain.

C’est un livres très académique et très pointu, dans mon domaine d’études. Avec des cartes, des données, des mesures, des statistiques.  L’étude de cas de deux lacs de Madison (Monona et Mendota) illustre l’impact du défrichages et de la culture avec engrais sur la faune et la flore du lac. L’étude de l’évolution du lac Winnipeg, qui recrache des mousses toxiques de cyanbactérie sur ses rives…

Résumé de l’intrigue: on relache de la chnoute, beaucoup de chnoute (matière fécale, engrais azoté, donc matière organique) dans un lac. La chnoute, pour se décomposer, absorbe l’oxygène dissous dans l’eau. Que les poissons, eux, n’ont plus à leur disposition, donc ils meurent, couic. D’autres organismes prennent leur place et modifient les écosystèmes aquatiques.

Et c’est publié par les presses de l’université de Calgary. Des Albertains écologistes sérieux, ca existe!

(10)

Cultural Anthropology , a problem-based approach , Richard H Robbins, p. 191 sur 250. (deuxième édition, 1997)

Un livre de classe sur les questions de transmission d’habitudes culturelles. Une approche originale, en comparant notre société urbanisée avec des peuplades aux traditions différentes, et beaucoup d’histoire!

J’ai été éclairée par le chapitre sur les religions, résumé par la question: « Why do people believe different things, and why are they so that their view of the world is correct and other views are wrong?  » (p.63)

La construction culturelle de la réalité., ou comment on prend des habitudes mentales, et qu’on reste avec notre clan confortable. Le cours qui résume le livre ici

11)

Petit cours d’autodéfense intellectuelle, par Normand Baillargeon. 338 sur 338 pages.

Nous n’avons que peu de pouvoir, comme individu. Et le peu d’information qu’on recoit nous vient des autorité religieurses et des médias bien concentrés dans les mains de grandes fortunes… et de politiciens intéressés.

Le petit Cours… est un bijou qui prend un par un les barreaux de la prison mentale qu’on se construit et les scie proprement. Croyances irrationnelles, concentration des médias, propagande, statistiques bricolées pour faire peur, tous les outils pour affiner le jugement critique y figurent. En prime; le kit de détection de poutine de Carl Sagan!

————————
Voila, je crois que je les ai tous.

J’ai encore deux romans de Alire à lire (Francine Pelletier, Héloise coté (enfin de la fantasy sans magie!) et un Karl Schoeder.

Et quatre romans jeunesse en cours de  ponte…

Une réponse à “Lectures en parallèle

  1. … et j’ai oublié certains livres commencés très tôt: je lis très lentement la poésie.

    Marguerite Andersen, Bleu sur blanc, recueil de poésie, Prise de parole, 80 p.
    De belles méditations éthérées sous le chaud soleil et le bleu du ciel de la Tunisie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s