Le poison mental des attentes

Le poids des attentes

Aujourd’hui marque un triste anniversaire qui a fait le pain et le beurre des médias. J’étais à l’école Polytechnique, et ma première session a failli être ma dernière…

Paradoxalement, l’acte de vengeance d’un individu a déclenché un coup de fouet aux ressentiments contre les progrès des femmes. Dans un grand lavage de mains collectif, les Ponce-Pilate se sont levés en masse pour accuser les femmes d' »exagérer ». Vouloir l’égalité, c’est donc exagérer…

Le combat des femmes ne se fait pas contre des hommes (pères, frères, amis…) mais plus tôt contre des habitudes mentales, contre le poids des attentes sociales placées sur les femmes. Être jeunes, belles, sexy, patientes, gentilles, serviables… Travailler, enseigner ou soigner pour des pinottes parce qu’on est si dévouées n’est-ce pas? Sans oublier d’être parfaite, sinon pas question de réclamer l’égalité!

Ces attentes, ce sexisme latent, je le vois autant chez les femmes que les hommes qui baignent dans le courant culturel consumériste nord-américain (que je symbolise par les « talons aiguilles »). Ces attentes « talons aiguilles » pèsent aussi sur les hommes (un vrai mâle s’impose, il ne demande jamais d’aide, il règle ses problème tout seul…)

Au fait, qui décide ce qui est un « vrai » homme ou une « vraie » femme? La Bible? Les politiciens? Les magazines?

Le poison mental

La vie nous égratigne tous et toutes.

Sur le coup, ça fait mal, provoque colère et ressentiment. On est en maudit et c’est normal. Puis, avec le temps, la blessure se cicatrise. On guérit. On relève d’autres défis.

Mais si on gratte sa blessure? Ah, comme l’autre nous a fait mal! On blâme nos bobos sur cet autre et cela instille le poison mental.  D’abord, la haine est un sentiment jouissif. La colère libère. Casser du sucre sur le dos des boucs émissaires, ça fait donc du bien!

Et, puisqu’on la gratte, la blessure ne cicatrise pas! « Voyez comme je souffre! » crie-t-on. Et, en effet, on souffre de plus en plus à mesure que l’infection progresse.

On valide notre ressentiment avec des faits qui confiment notre vision-tunnel, en ignorant les faits contraires.  On se regroupe avec des esprits similaires, qui se renforcissent mutuellement. On blame plus fort, on passe des heures à méditer sur l’injustice qui nous affecte. Le poison mental progresse:  on décide que l’autre est coupable de tout ce qui ne va pas dans notre vie. Que l’autre profite du pouvoir. On décide, encore une fois avec un vernis rationnel, que l’autre mérite une leçon.

Puis, comme on perçoit que la société protège l’autre, on se donne la permission d’exercer sa vengeance…

Le poison mental des attentes irréalistes nous guette tous. Moi, j’ai vécu des choses difficiles, des frustrations artistiques et professionnelles. Je suis passée à travers plusieurs étapes du poison mental, sauf la dernière. Heureusement, j’ai trouvé le moyen de remplacer le poison par un baume mental. Ça m’a pris du temps mais, comme pour le terrorisme, on ne laisse pas un frustré ou un groupe de frustrés dicter notre conduite.

Ce que le massacre à mon école, qui se reproduit dans d’autres pays, à d’autres échelles, sous des prétextes divers (perte d’une job, haine raciale…) m’a appris, c’est de ne pas blâmer les autres pour tout ce qui ne va pas dans ma vie. J’assume mes erreurs.

Ma seule « vengeance » c’est de persévérer dans mon art sans la pression du succès, de donner le meilleur de moi-même, de partager mes passions. Écrire et dessiner me donnent une grande joie.

Et cela marche très bien!

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4 réponses à “Le poison mental des attentes

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  2. Thibaud Sallé Phelippes de La Marnierre

    Mon souvenir : le lendemain sur un mur de Montréal ce graffiti : TOUS LES HOMMES SONT DES ASSASSSINS. Ça m’a heurté.

    Ce drame a été suritilisé par les misandres.

    Les misandres m’ont définitivement éloigné des féministes.

  3. savantefolle

    J’ai remarqué que c’est une blessure que tu grattes souvent, Thibaud. Misandre par ci, misandre par là… Et « définitivement éloigné »? Beaucoup d’absolus pour un graffiti clairement fait sous le coup de l’émotion.

    Moi aussi, y a des graffitis qui m’ont heurtée, dont un message haineux vaporisé en anglais sur la plaque commémorative des 14 victimes, un an plus tard. Mais ça ne m’a pas éloignée définitivement des anglophones…

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