Être ou ne pas être conservateur!

Artiste du dimanche en conserveArtiste du dimanche en conserve

Je suis conservatrice. Eh oui!

Mais qu’est-ce que je veux conserver, au juste ?

1- La planète!

Et dans toute sa biodiversité! Lors d’un sondage téléphonique, moi, le répondant, je devais choisir un seul thème, soit entre l’environnement, la criminalité, l’économie, les relations étrangères… qui me préoccupe. Or, ces questions socio-économiques sont toutes interdépendantes. Si je réponds « l’environnement », impossible de ne pas penser à l’environnement social qui produit de la misère.

Comment avoir une économie forte à long terme s’il n’y a plus de ressources premières et si les milieux naturels sont détruits? Si on veut une économie, il faut d’abord une planète habitable! Il faut exploiter des sources d’énergie renouvelables et durables, avec son corollaire, économiser les ressources fossiles (oui, je veux aussi conserver le pétrole qui sert à beaucoup d’usages autres que celui de carburant!)

Et les pétrolières? Ça fait au moins 40 ans qu’elles savent qu’elles polluent! Voir ce clip de l’émission Atome et Galaxie (1971) Si ces entreprises, avec les cerveaux et les Instituts qu’elles paient, s’en étaient préoccupées, ça fait longtemps que les émissions « polluantes » (on ne parlait pas encore de gaz à effet de serre) auraient été réduites, et que les techniques de piégeage du carbone aurait été mises au point.

2- Les droits des femmes

Conserver les droits acquis: les « conservateurs » ont sabré les budgets des organismes d’analyse de la condition féminine (En plus de recriminaliser l’avortement par la porte d’en arrière). On peut en rire et proclamer que la lutte pour les droits des femmes est du passé au Canada. Or, si on élimine les recherches sérieuses sur les causes des tensions qui existent entre les sexes, n’importe quel frustré(e) va dire n’importe quoi à l’emporte-pièce, sans que les gens (qui n’ont pas le temps de faire de longues recherches) puissent faire la part des choses.

Je considère qu’il reste encore du chemin à faire avant de dire que l’égalité sociale est gagnée pour les femmes! J’écrirai un article plus long sur les attentes irréalistes et les prisons mentales qui pèsent autant sur les femmes que les hommes.

Petit exemple: aux derniers J.O., les équipes féminines de Volleyball de plage (Beach Volley) de filles jouent, et sont montées sur le podium, en bikini. Les équipes masculines sont bien mieux couvertes! Or, la véritable difficulté de ce sport est de jouer les pieds nus dans le sable. Il n’y a _aucune_ règle imposant un costume, sinon les attentes… Tant qu’à faire, à quand la lutte dans la boue comme sport olympique?

Autre exemple : je trippe sur les émissions de vulgarisation scientifique, depuis l’émission Atomes et galaxies, les voyages du commandant Cousteau… jusqu’à l’émission Découverte. Chers lecteurs et lectrices, je vous mets au défi de me nommer _une_ émission de vulgarisation scientifique animée par une femme. Un homme ou une voix d’homme, ça fait tellement plus sérieux… (Et, là, je suis aussi coupable que n’importe qui. J’adore Charles Tisseyre quand il dit: « Mais ce petit animal pourrait bien vous -ton-ner! »)

Dans un registre plus grave, le contrôle par les femmes de leur sexualité et de leur corps est en train de glisser sur la pente de l’autoritarisme religieux.  Les arguments des groupes anti-avortement achoppent sur un aspect pratique. Ils préconisent l’abstinence comme seule méthode de contraception. Si un jeune abstinent se fait violer, abuser par un proche ou bien, une situation plus courante, traverse une période difficile et, ahem, « cède à la tentation », seules les filles risquent de concevoir. Or, il existe des implants de contraception (à long terme) et des timbres contraceptifs (à court terme) qui protègent quel que soit le comportement choisi, qu’il soit l’abstinence totale, la chasteté ou son inverse, la promiscuité! Ces implants réduiraient drastiquement le nombre d’avortements… Mais voilà, la « course à la vertu » imposées aux jeunes filles en serait affectée!

Note religieuse: La « course au paradis » ressemble à un plateau de jeu serti de règles strictes, de portes étroites et d’obstacles discriminants. Il y a moyen d’être religieux en privilégiant la réflexion, la compassion et l’ouverture à l’autre.  J’ai eu la chance de fréquenter des gens très spirituels de confessions diverses dont les comportements pratiques se rejoignent au-delà de l’étiquette.

3- La liberté d’expression

La liberté d’expression, au Canada, est-elle restreinte aux plus riches? C’est ce qu’on croit en voyant les poursuites en diffamation de compagnies minières contre les auteurs et l’éditeur du livre  Noir Canada , qui recense, à partir de documents publics, les abus et collusions de compagnies minières canadiennes en Afrique, et qui datent de quelques années. Purs mensonges, selon les compagnies qui exigent 11 millions de dollars de compensation, plus de cent fois le budget annuel de l’éditeur Écosociété.

Pour le plaisir, j’ai visité les sites des compagnies Barrick Gold et Banro. Toutes ces compagnies ont des onglets « responsabilité sociale et environnement », des politiques d’emploi équitable, des fondations charitables qui construisent des écoles et aident la population locale… bref, ce sont des anges! Reste à vérifier sur place si ces politiques sont appliquées. Quand on a les moyens, on peut présenter une belle vitrine au monde.

Et poursuivre à coups de millions ceux qui égratignent cette vitrine…

4- Une société conviviale

Ici, je ne dis pas « une société juste » ou parfaitement égalitaire, mais une société où chacun et chacune peut choisir une occupation et des moyens dignes de gagner sa vie et d’avoir un minimum de contrôle sur sa qualité de vie. Et où on n’aurait pas besoin de se promener avec un pistolet à la ceinture…

En proposant des solutions « dures » (plus de répression, plus de policiers, plus de peines sévères) contre le crime, ceux qui se disent  « conservateurs » révèlent à quel point, dans leur inconscient, ils croient que les criminels poussent spontanément sur le bitume, comme des pissenlits. Aucune de leurs solution ne va à la racine. C’est comme un jardinier qui arracherait les tiges des pissenlits sans les déraciner!

Pire, ces solutions band-aid vont obliger à construire de nouvelles prisons, qui seront vite remplies elles aussi… Le spectre des prisons privées, comme celui des quartiers murés (les gated communities) va accentuer le fossé entre privilégiés et moins nantis!

L’intervention en bas-âge porte de meilleurs fruits. Loin de la mentalité « take the money and run » (donner de l’argent et de dire « débrouille-toi avec! », comme le 1200 $ par année par enfant), plusieurs études démontrent qu’une appui constant aux parents et aux mères, par le biais d’un intervenant ou d’un aidant naturel, à long terme, réduit la criminalité. Donc, donner un espoir, un appui et un avenir aux jeunes défavorisés n’est pas au programme des « conservateurs », malgré le saupoudrage récent de fonds de « prévention » à la ville de Toronto.

5- Et son corollaire, une économie équitable!

La tourmente financière qui agite les marchés démontre un avant-gout de la politique du laisser-faire. La cupidité de quelques institutions a ruiné des millions de personnes d’une classe moyenne qui rétrécit comme une peau de chagrin, tout en payant des parachutes dorés aux dirigeants fautifs. Si nous étions des anges, on pourrait laisser aller les lois du marché. Cela fait vingt ans que Tobin a proposé une taxes sur les transaction financières pour tempérer les abus des spéculateurs.

Promouvoir des politiques d’achat local pour conserver nos vaillants agriculteurs, exiger des condition de travail décentes pour les gens qui produisent les biens, où qu’ils soient, est-ce trop demander? C’est conserver la dignité dans le système capitaliste (qui est en voie de devenir un système monopoliste…) Et retrouver un peu de l’esprit de nos ancêtres pionniers qui ne gaspillaient rien et vivaient surtout des ressources locales.

6- La culture et l’éducation

La culture, c’est un espace de créativité ouvert à chacun, quelle que soit sa condition sociale.

Celui qui bougonne contre l’élitisme, n’est-il pas lui-même élitiste en n’appréciant que les rares vedettes millionnaires, et en méprisant la majorité des artistes (qualifiés de BS ou d' »artistes du dimanche », d’où mon dessin du début) qui grattent les fonds de tiroirs pour survivre et produire? Or, chaque dollar investé en culture rapporte nettement plus que ceux investis dans le complexe militaro-industriel. Et, quand on parlait de criminalité, les initiatives pour donner aux jeunes un accès à l’expression artistique portent leurs fruits aussi.

En méprisant l’élite intellectuelle, les « conservateurs » méprisent en fait l’éducation qu’ont reçue ces intellectuels. On nivelle par le bas! Cela ne regarde pas bien pour la qualité future de l’éducation sous un gouvernement « conservateur ». Plus inquiétant est le créationnisme enseigné comme une science dans certaines écoles.

En insultant tout progessiste qui ne partage pas leurs vues, les « conservateurs » opérent un clivage social, comme il s’en produit un aux États-Unis entre les Démocrates des villes et les Républicains des champs. (On croirait une fable de Lafontaine!) Diviser pour mieux régner…

La mauvaise qualité, la « people-isation » de l’information servie par des grands médias contrôlés par des intérêts de droite, produit deux réactions: la peur et la colère (généralement contre le gouvernement). Le citoyen doit barrer ses portes et s’isoler davantage. Et consommer les yeux fermés…

Conclusion

Je suis toujours conservatrice… et progressiste! (Et je m’ennuie de Joe Clark…)

Vouloir conserver ce qui nous convient, c’est un réflexe humain respectable. Vouloir améliorer ce qui ne nous convient pas, ou ce qui nous embête, c’est aussi humain.

Que veut-on conserver?

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3 réponses à “Être ou ne pas être conservateur!

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