Le temps qu'il fait, qu'il fera…

À l’époque de la publication de ce roman, en 1973, on parlait ouvertement de la pollution et de ses impacts…

Pendant que l’Australie brûle et que les politiciens continuent de pérorer avec un bandeau cousu de dollars sur les yeux, on annonce un petit 413.09 ppm CO2 (mesure du carbone atmosphérique à Mauna Laua.)

Les ppm (parties par million) est une mesure du taux de carbone (CO2) dans l’air. Autrement dit, une mesure de la pollution,une gracieuseté du journal The Guardian.

Avant l’ère industrielle, quand les promoteurs étaient encore innocents au sujet de l’environnement (après avoir décimé/dépossédé les premières nations), ce pourcentage se situait autour de 280 ppm.

315 ppm en 1958

350 ppm en 1986 – oui, c’est le pourcentage limite qu’on ne souhaite pas dépasser.

400 ppm en 2013

413.09 ppm aujourd’hui…

Mentalité à tiroirs : Climat et pollution ne sont pas séparés

Les changements climatiques et la pollution ne sont pas des tiroirs séparés! Lien vers cet article plus long publié ici en 2011. Ecrit en réponse à tous ces soi-disant économistes qui clament que le climat est une religion (mais ils ouvrent le parapluie quand il pleut et enfilent leurs bottes quand il neige…).

C’est dire que la Savante folle va désormais ajouter à son site cette mesure.

Pour finir, un site bien illustré ici. Et un autre ici pour des graphiques

Conte de Noël de la Savante folle

Je casse la glace durcie sur l’entrée de garage.

Ma pelle fait un vacarme dont l’écho se répète, des clangs si fort que j’ai surement réveillé tout le quartier. Enfin, ceux et celles qui ne se déplacent pas au travail. La température tourne autour du zéro Celsius, mais le vent refroidit tout.

Si, au moins, le soleil réchauffait la surface de la veille asphalte toute fissurée, la glace fondrait par elle-même. Mais non, les nuages gris l’ont mangé tout cru.

J’en veux à cet hiver capricieux qui ne se décide pas : un jour il tombe 30 cm de neige, le suivant tout fond, mais pas complètement. La nuit d’après, regel, créant des patinoires partout. Pas étonnant que la rue se crevasse et les trottoirs se fissurent!

Et comme l’entrée du garage de mes voisins est en pente, zzzoup!

D’où ce travail de forçat. Alors que je devrais cuire la dinde-tofu, piler les patates, finir le gâteau au chocolat qui ne sera qu’un pâle reflet de ceux que grand-maman faisait, et mettre la table pour le moment où le mari et le fils reviendront de leur expédition de dernière minute en magasin. Et placer les plus beaux couverts, les assiettes perchées en haute altitude dans les armoires de cuisine.

Puis, j’ai pensé à ma voisine qui s’est cassé la hanche lors d’une mauvaise chute. Elle n’est pas beaucoup plus vieille que moi, et son mari s’est donné un tour de rein. Je suis en forme, un privilège, donc je bûche à leur place.

Des fois je me dis que c’est tellement stupide, de risquer la crise cardiaque pour entretenir le chemin d’une voiture polluante, et les trottoirs, dont les dalles brisées menacent les marcheurs. Sans oublier les entrées des maisons, pour faciliter le passage des humains et du facteur.

Parlant de facteur, justement, le facteur vent vient de glacer la coulée de sueur sur mon dos. Irrégulier, le vent ne souffle plus dans la même direction, dévié par tant d’édifices. J’aurais dû m’habiller davantage, mais quand j’empile trop de couches, je sue à grosses gouttes.

Si seulement l’hiver pouvait se décider! Rester au-dessus, ou en-dessous du zéro, mais pas cette valse de gel-dégel qui use l’asphalte tellement plus vite qu’avant! Et qui use la patience aussi…

Le soir tombe trop vite, laissant la place aux lumières de Noel, des rivalités multicolores augmentées par les prouesses techniques. Je ressens un peu de jalousie, mais j’aime ces lumières qui offrent aux passants pressés une gâterie visuelle.

Le monde est sombre et dur. Alors, un peu de lumière, les bleues et vertes et blanches surtout, réchauffent l’âme.

J’arrête mon mouvement de casse, l’écho de mon dernier coup de pelle à glace résonne longtemps. Une fragile bulle de silence s’étend sur la rue déserte.     

Mon souffle condensé crée un nuage qui disparaît trop vite.

Le silence, dans une ville, est un trésor à chérir. Je tends l’oreille, espérant surprendre un pépiement de mésanges, le twip d’un moineau fâché, le craquement de la couche de neige durcie foulée par les pattes d’un chat ou d’un lapin.  

Mais le seul bruit que j’entends est le froissement d’une enveloppe sur laquelle je viens de piler. Une enveloppe intouchée, évadée avec la complicité du vent d’un camion de recyclage. Les boules de Noël et des branches de houx entourent un message trop familier en ces temps de réjouissances : Donnez généreusement!

À mon avis, inscrire Donnez généreusement, ou Urgent!!! Nous avons besoin de vous, avec un excès de points d’exclamation est une erreur stratégique qui conduit cette enveloppe au panier de recyclage.

Je ne vais pas jeter la pierre à mes voisins. Depuis que les organismes de charité se passent nos listes d’adresses, c’est vingt, trente enveloppes Donnez généreusement que je reçois, juste parce que j’ai oublié de cocher une minuscule case cachée dans un paragraphe en petits caractères.

Cette pression accrue me porte au découragement.

Oui, donnez généreusement, pendant que les grands de ce monde mettent à pied des hommes et des femmes ou manigancent pour diminuer leurs rentes de retraite, pendant que leurs avoirs personnels gonflent sans cesse. Et ces mêmes grands poseront leur main sur le cœur dans les galas de charité, tandis que l’autre main se glisse dans celle du premier ministre qui réduira encore leur part d’impôts à payer avec des entourloupettes légales. Ensuite, le premier ministre ouvrira ses mains vides en disant « voyez, nous n’avons plus d’argent… »

Au milieu de tous ces spéculateurs sur nos dettes, qu’est-ce qui reste à cette fameuse classe moyenne qui rétrécit sans cesse? Les dons chutent, année après année, même avec la promesse d’un généreux donateur anonyme qui va doubler ou tripler votre don.

Tant de nous peinent à joindre les deux bouts, toujours à une maladie, un accident, une mise à pied de se retrouver à la rue…

Clanggg!

Ma pelle brise une coque de glace qui aurait fait chuter mes plus fragiles voisins.

Briser de la glace, c’est difficile, aussi difficile que de mettre à jour les racines de la corruption. En été, je compare la lutte à la corruption à l’arrachage des profondes racines de plantes envahissantes.

Une autre enveloppe me fait de l’œil, coincée sous la glace. Toute rouge, avec les mêmes boules de Noël et les branches de houx. Juste le message est différent.

Vente-éclair de Noel, Trouvez vos cadeaux ici, 50% de rabais…

L’autre face du temps des Fêtes apparaît. Eux aussi, les commerçant et assureurs et banques offrant des cartes de crédit pré-approuvées à des taux incroyables…

Consommez, consommez!

Donnez, donnez!

Et surtout ne dérangeons pas les généreux spéculateurs qui se donnent des claques dans le dos à Davos en faisant semblant de se désoler pour la crise climatique à laquelle ils ont largement contribué.

Tant pis. Cette année, j’ai délaissé les magasins et décidé de donner ce que je pouvais. Nourriture, vêtements, objets de cuisine, livres pour nourrir les rêves…  

Un autre son s’élève.

Pas l’auto d’un des voisins-qui-travaille-loin et qui rentre d’un boulot qui va s’évaporer l’an prochain dans une énième réorganisation. Un léger tintement de clochette, à des lieues du claquement rageur de ma pelle. Un chœur de voix, doux comme le vent qui souffle moins fort.

Un instant, la magie du surnaturel baigne mon âme.

Puis un ronronnement familier de moteur diesel, pas écologique du tout, brise la magie. Les faisceaux de deux phares rouges balaient le trottoir que je déglace avec zèle.

Je me retourne, avec une forte envie de déverser mes frustrations de donatrice/consommatrice épuisée.

Le chœur provenait d’un radio de camion, un gros Mack à 18 roues qui traîne une longue semi-remorque marquée d’un logo peu familier avec, oui, une branche de houx et une boule de Noël. Un mastodonte de cette taille n’aurait pas pu s’engager dans une étroite rue résidentielle. Une bonne odeur de gingembre épicé me chatouille les narines.

Un visage avec un collier de barbe se penche par sa fenêtre ouverte de laquelle se déverse le chœur.

 — Excusez, dit-il, je me suis perdu.

Sa voix graveleuse trahit un âge dans la soixante-dizaine avancée, que confirme la barbe blanchie par les soucis qui tombe par-dessus son devant d’anorak rouge.

Un autre vieux qui a perdu sa retraite et qui doit travailler jusqu’à la fin de ses jours, tant qu’il pourra. Non, c’est son chemin qu’il a perdu. Et comme les camionneurs sont sur la clock, comme on dit, je range ma mauvaise humeur au fond de ma poche, avec les enveloppes, et plante ma pelle dans un précaire banc de neige.

— Vous voulez aller où?

Le camionneur se tourne pour couper le moteur diésel. Le silence retombe. Un bon point contre le gaspillage, me dis-je.

Il gratte la tête sous son bonnet.

— Eh bien, c’est un peu compliqué, depuis que mon dernier GPS a pris sa retraite…

— Pris sa retraite? Il est plus chanceux que moi!

Oupse! J’ai encore parlé trop vite. Un bout noir de langue de vipère de mauvaise humeur dépasse de ma poche. 

— Désolée, dis-je, je suis un peu comme vous, je travaille comme pigiste. Donc je n’ai pas de retraite en vue.

Il sourit, et ça change sa physionomie.

Je veux dire, le monsieur n’a pas un sourire Colgate plus blanc que blanc avec des gencives plus rouges que son anorak. Ses dents ont une belle patine, ivoire comme une vieille défense d’éléphant, mais il y a comme une lumière cachée dans sa bouche qui monte jusque dans ses yeux, d’un bleu pâle comme la glace sans cochonneries prise a l’intérieur. Et cette lumière, cette chaleur, fait disparaitre la coulée de sueur dans mon dos, tandis que les grands de ce monde rapetissent jusqu’à l’insignifiance.

C’est à ce moment que je m’aperçois qu’il m’a parlé en français, alors que j’habite un quartier anglophone de la région de Toronto. Comment pouvait-il deviner ma langue de fière franco-ontarienne?

— C’est quelle marque, votre GPS? Un Garmin, un Tom-tom?

— Non, c’est un Rudolph-2.

— Je connais pas la marque.

— Ouain, ben le premier était meilleur, mais il a pris sa retraite.

C’est dit sur un ton tellement bonhomme que je ne relève pas l’incongruité. Je me de dis qu’il doit être bien solitaire dans son métier, un peu comme Serge Bouchard dans ses monologues du camion. Alors je lui pose une question « bonne-femme ».

— Et qu’est-ce que vous transportez?

Il pointe sa main vers l’arrière.

— Des cadeaux.

Juste à ce moment, une chaude effluve de gâteau au chocolat me caresse l’odorat. Je me sens redevenir minuscule aussi, transportée chez ma grand maman qui sort du four son gâteau nappé de glaçage au chocolat, puis dépose au centre une cerise au marasquin. Je m’ennuie tellement de ma grand-maman.

Puis je reviens au présent. S’il transporte de la bouffe…

— Rien de périssable, j’espère?

— Oui, mais ça va se garder. Je dois livrer ça cette nuit.

Il y a des moments, dans certaines histoires, où on qualifie un personnage de genre-blind. Par exemple, des jeunes dans une maison hantée, qui se séparent « pour couvrir plus de terrain », alors que c’est un poncif de film d’horreur que tout le monde connaît. Ou une jeune femme dans un demeure aussi vide que victorienne, qui a entendu un bruit venant la cave, et qui y descend, seule dans sa nuisette transparente… Bon, ce genre d’aveuglement, ou de dissonance cognitive.

Mon cerveau n’avait pas encore relié les points, surtout avec les enveloppe de sollicitation dans ma poche.

Je m’adresse au monsieur barbu, mais je « hedge mes bets » en me gardant une prudence.

— Vous êtes comme un Père Noël, alors! que je dis.     

Je lui offre mon plus beau sourire de dents ivoires, mais bien soignées par le dentiste.

Les oiseaux pépient dans mon dos. Je me tourne la tête, il y en a toute une volée, un rêve d’ornithologiste du grand décompte de Noël.

Des cardinaux, plus rouge que rouge avec leur dames plus discrètes, au plumage beige et rouge. Des mésanges à tête noires taquines, des juncos qui ont l’air d’avoir mis un costume chic gris et blanc, des geais bleus, et d’autres que je n’ai pas le temps d’identifier. Même un faucon pèlerin s’était posé sur une branche, étonnamment indifférent à tous les petits repas potentiels qui piaillaient à portée de serres.

 Je me retourne. J’avais peur que le camion disparaisse comme dans les contes, mais le camionneur de Noel est toujours là, une main sur le volant, à contempler lui aussi l’assemblée d’oiseaux. Peut-être qu’on s’est tous trompés collectivement, et que Saint-François d’Assises se cache sous cette barbe.

Personnellement, je n’ai rien contre.

— Oui, il admet. Et je dois livrer les cadeaux à une série d’adresses.

Il me tend d’une main gantée une pile de papiers d’imprimante matricielle. Il doit y avoir des centaines de feuille pliées avec les petits trous. Sur le dessus, une adresse.

Pas la mienne.

Mais de quoi je me plains, vivant dans un bon quartier, dans un pays en paix?

Puis j’allume : la première adresse est celle d’un centre de distribution de nourriture et de vêtements.  À cause des grands de ce monde, plus de familles peinent à survivre, et les dons baissent. Alors, quoi de plus naturel que le Père Noel change sa route?

 En-dessous, je reconnais d’autres adresses, un refuge pour jeunes dans la rue, une maison pour femmes en difficulté, une maison de transition pour ex-prisonniers… Je ne connais pas toutes les autres adresses, mais en feuilletant les pages, je retrouve des codes postaux des USA, et des adresses en caractères cyrilliques, idéogrammes chinois.  

Une bouffée de gratitude m’enveloppe, chaude comme du fudge au chocolat coulé de la casserole.

— Oh, je comprends ce que vous faites, c’est fantastique! Merci, merci!

Il a l’air heureux, et les oiseaux pépient de plus belle.

— Oui, la mère Noël a même déniché des adresses de camps de prisonniers politiques.

Je me rembrunis. J’avais une année envoyé une boite de chaussures d’enfants à une organisme en en Afghanistan. Le paquet n’est jamais arrivé à destination. Porté disparu par Poste-Canada…

— Ouain, ben les gardiens vont tout intercepter.

Il me sourit.

— Ça va demander du doigté, jeune fille, certes, mais pour un gars qui se glisse dans des millions de cheminées ou de fenêtres en une seule nuit, y a rien là!

Son jeune fille me fait du bien, parce qu’il est sincère. On dirait que le bon grand-père me perçoit comme quand j’étais enfant.

Mais, juste un détail embête ma conscience écologique…

— Dites, ce serait pas moins polluant de faire la distribution avec votre traineau volant tiré par des rennes?

La, il pouffe de rire. Pas les ho-ho-ho, mais un joyeux wa-ha-ha-ha!

— Oh, mais un camion, c’est plus discret. Surtout avec tous ces drones qui tirent partout, même sur les oiseaux! Et puis, les lutins m’ont concocté un carburant bio.

Il repart le moteur, juste pour que je sente la bonne odeur de gingembre.  

Capiche? Qu’il me dit, d’un clin d’œil.

Je lui donne les directions pour sortir, de la rue, et lui suggère de réinitialiser son GPS. Ce qu’il fait : ses yeux s’allument en voyant la petit icone de chariot, et un joyeux ho-ho-ho! sort de ses lèvres.

— Je te remercie. Tu ne veux rien en échange?

Je regarde les oiseaux qui s’ébrouent, et je hume l’odeur de gâteau au chocolat de grand-maman, et des biscuits au de gingembre qui sortent du tuyau d’échappement.

Un auteur de ma connaissance, sur le point de mourir, avait écrit que sa plus belle découverte était de savoir qu’il possédait déjà tout ce qu’il fallait pour être heureux.

Moi aussi. Une toit sur ma tête, des êtres proches à chérir, un métier que j’adore.

— Vous venez de me donner mon cadeau, que je dis, les larmes aux yeux. J’n’ai pas besoin de rien d’autre.

— Bon, eh bien ça m’a fait plaisir de te parler, jeune fille. Embrasse ta famille pour moi.

Puis, le camion se met en branle, répandant sa bonne odeur de gingembre et chocolat derrière lui.  Je le suis des yeux jusqu’à que ses phares rouges disparaissent.

Je savoure le moment, sous les étoiles qui brillent sans concurrence de la Lune. Puis je me rappelle la glace à casser. Le repas à préparer. La table à mettre. Ma main se tend vers la pelle.

Et se fige.

Sous mes pieds, la dalle de béton est sèche. Sur tout le trottoir, la glace s’est évaporée : personne ne s’y cassera une hanche. Sur la rue, et les entrées de garage près de moi, l’asphalte a fait peau neuve, sans la moindre fissure. Le père Noël a songé aux municipalités écrasées par les dettes…

Merci, que je pense.

Pas de quoi, que je reçois.

Il tombe une neige à gros flocons magiques, qui recouvre seulement les parterres délaissés par les oiseaux. Je range la pelle dans le garage vide, puis je rentre.

Dès que je pousse la porte, une foule de bonnes odeurs m’accueille. Pommes de terre pilées, légumes, dinde-tofu aux canneberges…

La table est mise, la nappe nettoyée. On y a déposé les plus belles assiettes, celles rangées en haute altitude dans l’armoire. On dirait que la mère Noël a cuisiné un festin.

J’ai le goût de m’écrier, vous n’auriez pas dû! Mais, à ce moment, j’aperçois, — et ça me tire des larmes — ce qui trône au centre de la table, une grande assiette rouge ornée de feuilles de houx (des vraies, toutes fraîches) et des petites boules dorées.

Et, sur cette assiette, un gâteau digne de ma grand-maman, couvert d’un épais glaçage au cacao encore chaud avec, en son centre, une cerise, rouge comme une boule de Noël.

FIN

© 2019 Michèle Laframboise

Un conte aussi court que le Solstice!

Une histoire de solstice d'hiver pleine d'oiseaux et de générosité!

Courez lire Winter Pariah sur mon site d’auteure sérieuse ici, pour 7 jours seulement! Une histoire de solstice d’hiver pleine d’oiseaux et de générosité! Pour obtenir les 35 nouvelles écrites spécialement pour cette occasion, allez voir sur le site du Winter Holiday Spectacular 2019.

Pour les curieux, voici ce que Kris a dit.

Winter Pariah

Genre/Mood: quiet

For the actual solstice, I decided to give you “Winter Pariah,” a story that takes place in the thin light of the shortest day of the year. Michèle Laframboise takes us birding, something I have never done, and creates marvelous characters along the way.

Michèle writes in both English and her native French. She also illustrates much of her fiction. Multi-talented doesn’t begin to describe her.

Her award-winning fiction includes nineteen different novels (in both languages), and over forty-five short stories, three of which have appeared in Fiction River (and two reprinted in Fiction River Presents) with more to come.

She writes about birding quite often, including a series about Amanda Byrd (whom you will meet here). A collection of Byrd stories will appear shortly. Find out when, and view some bird pics at michele-laframboise.com.

Michèle is a bird watcher herself. In fact, the last time she was here in Las Vegas, she and another writer/birder discovered a part of the city I had never heard of, where they saw some birds (maybe even life birds) that I hadn’t heard of either.

I simply don’t have the patience to stand outside and wait. (I can hear my husband laughing right now.) I would have to bring a book, which defeats the entire purpose of watching.

So I’ll experience birding vicariously. On the page. Which is where I prefer to experience many things.

Enjoy this delicate little story on this, the shortest day of the year.

—Kris

30 ans de 6 décembre servis froid

Suivre leurs traces sur le chemin de neige

Je me souviens de ma journée du 6 décembre à Poly…

Je profite de l’occasion pour saluer toutes les bonnes personnes, ami-e-s et profs de l’École polytechnique de Montréal qui m’ont accompagnée dans les années qui ont suivi. Eux et elles m’ont redonné, par leur gentillesse, confiance en l’humanité.

Ma grande amie Pascale et moi avions passé la journée à l’école le 6 décembre 1989; elle était repartie en après-midi. J’avais réussi mon test de Physique 1, et remis un devoir de dessin technique, donc j’ai quitté très tard, vers 17h15, vidée, crevée. J’étais aussi motivée par l’idée de voir ma grand-maman Laframboise qui restait en bas de Poly à l’époque.

J’ai donc appris la triste nouvelle en arrivant à mon petit appartement, quand Pascale m’a appelée. Un tireur s’est pointé à l’École polytechnique pour y descendre des femmes qu’il qualifiait de « féministes » responsables de tous ses malheurs.

C’était ma première session a Poly, qui au failli être ma dernière. Je ne connaissais pas les 14 jeunes femmes tuées, ni l’imbécile qui s’est donné la permission de se venger, et dont le nom allait être proclamé partout avec terreur ou une admiration larvée. Je me souviens qu’il faisant un temps de chien, pluie et neige mélangée, quand j’ai poussé la porte.

J’ai été incapable de dessiner pour le Polyscope pendant des mois.

Ces tirs se produisaient déjà avec une atroce régularité aux Usa. Mais une tuerie à l’arme semi-automatique n’était pas encore arrivée au Canada. Et encore moins un acte de violence ciblant des femmes aux études, qui était clairement un acte misogyne, une répression.

Ces accusations, dès qu’elles ont été murmurées par des groupes de femmes, ont vite été noyées sous le mot d’ordre des médias : un « fou », un « acte isolé », une anomalie, un blip sur le radar, quoi, retour à la normale bientôt.

Après un grand élan de sympathie envers les femmes, 24 h plus tard, les médias ont transféré leur énergie sur le contrôle des armes.

Le mot terrorisme n’avait pas effleuré une âme, douze ans avant les attentats du 11 septembre 2001… 

Aujourd’hui elles auraient inventé un tas de choses utiles pour l’humanité et auraient vécu auprès de leurs enfants, et petits-enfants…

Les Ponce-Pilate aux barricades

Un acte isolé?

Pas quand d’autres meurtres de femmes ont suivi dans l’année suivante. Pas quand les femmes amérindiennes disparaissaient dans l’indifférence générales. Pas quand d’autres groupes sociaux ont été ciblés à leur tour par la haine vociférante.

Pas quand j’ai vu, en deux jours, la réprobation et le blâme se revirer contre les victimes, ou plutôt contre les femmes visées par l’imbécile (vous noterez qu’à aucun moment je ne prononce le mot « homme » dans un contexte négatif. Pour moi, homme, c’est rien que du bon.)  

Quelques jours après les marches aux chandelles, a commencé un concert de voix de mâles frustrés qui, jusque à ce jour, ignoraient tout de la situation des femmes victimes de violences, mais qui soudain se sentaient pointés du doigt.

Les Ponce-Pilate (« les problèmes de femmes? Je m’en lave les mains! ») se sont levés et ont régné pendant des années sur les médias au Québec.

Une tourterelle triste posée sur une branche, derrière la maison
Une tourterelle triste, solitaire sur une branche gelée. C’est comme ça que je me suis sentie pendant des années.

En criant à la censure, bien sûr! Et en « mexpliquant » ce qui selon eux était ou n’était pas un « vrai » problème de femmes.

Ils règnent toujours d’ailleurs, mais leur trône qui repose sur des préjugés partagés se fissure peu à peu. Devant toute cette foule de pôvres gars qui faisaient tellement pitié à tous les micros, je peux vous garantir que très peu de femmes osaient se dire ouvertement féministes dans les années 1990.

Ma pire souffrance a été d’entendre tous ces commentateurs et quelques commentatrices blâmer les groupes féministes de « récupérer » le massacre, et ce, pendant des années. Ça sonne étrangement comme le « she was asking for it » des abuseurs.

« Récupérer », je l’entendais sur tous les médias dès qu’une femme élevait la voix contre le silence médiatique. Un peu comme si on avait prié le petit Jésus pour qu’une telle tuerie se produise! La seule chose que j’ai « récupéré », sont des cheveux blancs. (J’utilise des teintures depuis 1990.)

« On peut-tu passer à autre chose? » disait un confrère étudiant. Ben oui mon gars, moi aussi, je serais passée à autre chose, si la situation des femmes s’était radicalement améliorée.

L’humanité évolue par avancées… et par reculs. Les avancées demandent toujours plus d’efforts, de sacrifices que les glissades en arrière. J’ai écrit un poème, qu’on retrouve ici. Il a été publié dans Le Devoir, à l’époque.

Deux ras-le-bol conjugués

À la manif!

Le ressac aura duré plus de 25 ans. Puis est arrivée l’affaire Gomeshi au Canada, un cas d’agression bizarre qui a déclenché un premier ras-le-bol général chez les femmes, surtout après son acquittement. (Pour la petite histoire, ce triste individu avait envoyé, à moi et plusieurs femmes du milieu artistique, un message passif-agressif, peu avant de faire face à la justice.)

Un autre ras-le bol se dessine, celui des familles des gens massacrés, endeuillés et blessés par des tireurs honnêtes-citoyens-mais-frustrés. La Nouvelle Zélande n’a pas niaisé avec la puck en interdisant les armes d’assaut après une tuerie. Même le NRA commence à sentir la poudre qui monte au nez, et il est de plus en plus question de traiter la prolifération des armes comme un problème de santé publique.

Pour revenir à la moitié de l’humanité, il faut attendre une autre affaire de producteur qui prend ses aises pour que le mot clic #MoiAussi fasse sortir de l’ombre des tas de comportements qu’on trouvait normaux, et qui, Ô joie, ne le sont plus. Toucher ou embrasser sans consentement n’est pas plus acceptable que se décrotter le nez en public (et jeter le résidu dans l’assiette voisine).

Donc avec #MeToo le travail se poursuit, en dépit de l’opposition féroce menée par des vieux acteurs et une certaine actrice qui était tellement habituée à se faire tripoter qu’elle trouvait la exagérée la révolte des jeunes femmes. Oppression intégrée au plus profond de son être, ou réflexe de se ranger du côté du plus fort pour survivre?

Briser les barreaux des cages mentales

Depuis ma jeunesse, ma grrrrande révolte féministe a été dirigée contre des petits détails, comme les chaussures de femmes, ces talons hauts inconfortables, alors que du côté des chaussures d’hommes, tout était élégance, confort, distinction.

J’ai passé ma jeunesse en Adidas. Et en vêtements confortables.

Avant d’étudier à Polytechnique, j’avais goûté au milieu de travail, aux propos sexistes, et à toutes les attentes ridicules sur mon habillement, mes chaussures, mon absence maquillage, etc. Je gardais la certitude que l’égalité entre les sexes était un fait accompli, et que seulement quelques mononcles n’avaient pas encore eu le mémo.

J’ai aussi goûté au plafond de cristal, qui dans mon cas, a été une table lumineuse de cristal (illustration que les autrices et dessinatrices de BD comprendront.)

Évidemment, après la tuerie, les autres formes d’oppression contre les femmes dans le monde me sont apparues, un peu comme on aperçoit le fond du lac quand les vagues se calment. Et les préjugés : contre les femmes, les races non-blanches, les « queers » (l’acronyme LBGT n’existait pas encore)…

Et j’ai réfléchi au processus qui mène un individu à s’accorder la permission de se venger.

Voici cinq ans, j’ai fait part de mes réflexions à une journaliste qui m’interviewait pour dans le cadre des 25 ans de la tuerie. Malheureusement, mon entrevue sur les causes profondes n’a pas été conservée pour l’article. On recherchait de l’impact, de l’émotion. Il faut dire que je n’étais pas à mon meilleur, car à un kilomètre de là, mon excellent papa était en train de mourir à l’hôpital.

Puisqu’il faut le redire…

Le combat des femmes ne se fait pas contre des hommes (pères, frères, amis) mais plus tôt contre les constructions sociales qui perpétuent la misère et la division, et contre des habitudes mentales qui nous détruisent (nous étant : tout le monde!) avec des attentes irréalistes, lesquelles empirent nos frustrations quand nos désirs ne se réalisent pas. Et la concentration des médias n’aide pas… Un exemple ici.

Le bocal fermé

Comment notre vision se forme…

Je travaille beaucoup sur la gestion de la frustration, et comment il est facile de laisser le parebrise mental se couvrir de préjugés sur n’importe quel sujet. J’ai déjà échangé avec des anciens amis très, très fâchés, qui sont devenus « addicts » à la colère qui leur procure une jouissance. Or cette colère, cette haine, se dirige vers les taches de boue jetées sur le parebrise mental.

La vie nous égratigne. C’était un fait. Il faut prendre le temps de se guérir, de se reconstruire, au lieu de gratter la plaie qui s’infecte. Au lieu d’attiser le feu de préjugés avec de nouvelles frustrations. Internet est devenu un repaire de petits bocaux fermés qui ne voient plus les outsiders, seulement les taches informes sur la paroi vitrée.

On ne peut plus laisser des imbéciles qui s’engluent dans leur bocal de bouette impacter nos vies. Même s’ils sont au pouvoir, à la présidence d’un puissant pays ou dans les fils de commentaires haineux!

Un bon lavage de préjugés à l’eau fraîche s’impose!

Un féministe de longue date

Mon papa tout fier de sa fille ingénieure avec son anneau!

J’en profite pour vous parler d’UN féministe, qui a beaucoup fait pour moi.

Voici 5 ans, je perdais mon excellent papa Jacques E. Laframboise, qui m’a toujours encouragée à faire des études. Et qui n’avait aucun problème d’Ego quand Maman, diététiste, rapportait un meilleur salaire que lui, ingénieur. Lui nous a toujours soutenues, mes soeurs et moi, dans nos projets bien différents, sans jugement.

C’est Papa qui m’a communiqué l’amour de la science fiction, des sciences, et de la nature. C’est avec lui que j’ai observé des oiseaux au jumelles. Une marche inoubliable en forêt a été intégrée à mon dernier roman, L’Écologie d’Odi, publié chez Ada (que je lançais au salon du livre de Montréal). Ce roman lui est d’ailleurs dédicacé.

Et après…

30 ans après, on dirait que le travail est à refaire à chaque génération. Mais il y a du progrès, du moment qu’on prend le temps de se parler et d’écouter. Et de nommer les choses comme le syndrome post-traumatique qui peut durer des années. (Je surveille constamment les foules, et ne prends jamais pour acquis en partant du point A que j’arrive au point B. )

Et d’admirer enfin la sortie de 7 heures de deux femmes astronautes pour effectuer une réparation sur la station internationale.

Sortie de Polytechnique avec mon diplôme en pleine récession, je suis entre-temps devenue ingénieure des mots, bâtisseuse de ponts entre les gens. Je propage et encourage la biodiversité sociale pour faire face aux défis qui nous guettent.

Noël approche. Je vous souhaite de partager votre lumière pour construire une société où il fait bon vivre.

Un chemin de neige, en hiver...
Un chemin à poursuivre… que vos pas soient légers!

"C'était mieux avant…"

Que j’entends dire, généralement par des vieux monuments blanchis par l’âge, généralement qui bénéficient d’une grande popularité ou d’une réputation de génie. Première page du Devoir, par un écrivain célèbre qualifié de libre-penseur* : c’était mieux avant…

Les mêmes et leurs fans répètent aussi « On ne peut plus rien dire, bordel! » ou « politiquely correct, politiquely correct » en pointant du doigt, les femmes qui osent dénoncer les agressions verbales et physiques dont elles ont été victimes.

Non seulement assiste-t-on à un déni de responsabilité, mais on déplore une certaine époque « où c’était mieux avant »…

Surprise! Je partage l’opinion de ces messieurs.

OUI, c’était mieux avant… pour vous!

Une micro-agression somme toute banale… pour les autres, autour de 2010.
L’apparence et les noms ont été changés parce que les témoins croient encore que c’est moi qui exagère !

C’était mieux avant pour les agresseurs célèbres protégés par leurs murs d’argent, qui pouvaient tout faire ou presque, et qui le font encore ouvertement! En plus de poursuivre leurs victimes pour diffamation!

C’était mieux également pour les petits harceleurs au quotidien, comme:

Des collègues de travail qui trouvaient normal de commenter mon apparence ou ma tenue vestimentaire, ou d’avoir les mains baladeuses.

Un « mon oncle » qui m’embrasse direct sur la bouche à la première présentation, sans mon consentement, alors que les témoins trouvent ça très drôle. (Illustration)

Les gangs d’ados attardés qui te crient des noms dans la rue (mais seulement aux femmes seules)

La dizaine d’ados de 14 ans qui sourient quand l’un d’eux me bouscule d’un coup d’épaule, sur un trottoir en pente, dans le but de me voir rouler à terre. (J’étais plus solide que l’ado le croyait). Je lui ai souhaité bonne chance pour te faire des amis!) Les deux filles de la gang n’ont rien dit.

Un concierge qui rôdait autour de moi quand je travaillais seule au laboratoire les soirs, lors de ma première maîtrise.

Des confrères étudiants qui me regardaient de travers quand je commentais leur attitude sexiste, ou bien criaient haut et fort à l’offense: « tu exagères » « tout le monde le fait » ou un en particulier: « tu voudrais que je sorte avec une grosse avec un bouton sur le nez habillée en costume de motoneige! » (Il avait le mérite de la précision, et de la consistance puisqu’il répétait exactement la même phrase au cours des années).

Pour l’épais qui rentre sa main dans la fenêtre ouverte de l’autobus arrêté pour m’agresser. Il m’a pas touchée car je me suis reculée, mais il avait l’air tellement fier avec sa gang.

OUI, c’était mieux avant…

La bédéiste invisible

Quand Liberté était une marque de yogourt, ou un idéal lointain, et non un cri de ralliement pour les épais qui se liguent pour défendre une vedette contre une femme qui a osé dénoncer le harcèlement subi pendant des années.

Avant les tueries de masse qui visent des femmes, et qui visent aussi des groupes de personnes marginalisées: les races non-caucasienne, des gais, lesbiennes, jeunes activistes… Et qui refusent de se taire.

Avant que l’expression rectitude politique (political correctness) n’envahisse les ondes pour faire taire les femmes et les opposants à la discrimination profondément enracinée.

Avant, quand les femmes artistes étaient invisibles

NON, c’est mieux aujourd’hui

Procéder à un bon lavage de préjugés fait du bien!
lavage de préjugés!

Car on peut dire et nommer plus de choses qu’avant.

On peut nommer les formes d’abus de pouvoir engendrés par la corruption, le sense of entitlement, et les formes d’agressions qui en découlent;

On nomme maintenant le trouble de stress post-traumatique, on connaît les symptômes pour les vétérans qui sursautent au moindre bruit.

On nomme aussi le psychotrauma et la sidération psychologique qui explique que des victimes violentées restent sans réaction pendant une agression (ce qui, évidemment, est perçu comme un consentement.)

On peut appeler un chat un chat et une meurtre un meurtre, au lieu de les dissimuler sous des euphémismes benêts comme « drame familial » ou « crime passionnel ». Pour moi, un drame familial, c’est la famille décimée lors d’un écrasement d’avion à Kingston hier.

On peut expliquer comment naissent des préjugés, et comment ils affectent le cerveau. On se dispute encore sur le terme génocide, mais quand on voit un peuple disparaître un morceau à la fois, on ne peut rester les bras croisés.

On peut dire et parler de beaucoup plus de choses qu’avant, entre hommes et femmes, on peut nommer les habitudes mentales qui érodent le respect. Et en les nommant, on peut les nettoyer à grande eau!

On peut parler des attentes irréalistes, du « sense of entitlement » qui gâchent des relations, amoureuses ou professionnelles.

On peut parler de la course à la consommation et la richesse projetée sur grand écran devant des hordes de jeunes qui rêvent d’avenir.

OUI, ce sera meilleur demain!

Un exemple par l’absurde de harcèlement au bureau. C’est une agression!

Il ne vous viendrait jamais à l’idée d’empoigner et de tirer brusquement la barbe d’un homme que vous croisez en ville, juste parce qu’il porte une belle barbe! (Je n’y peux rien monsieur le juge, son collier de barbe était juste trop tentant…) Encore moins de tirer la barbe d’un collègue de bureau pour faire une farce, comme pour cette illustration.

Eh bien c’est un réflexe de respect à cultiver aussi envers les femmes, et envers les gens qui ne vous ressemblent pas ou ne vénèrent pas le même dieu que vous ou…

L’humanité avance, et ça inclut tout le monde.

—————————————

* Curieux, comme seuls des écrivains/artistes blancs d’un certain âge sont qualifiés de libre-penseurs.

** Jamais je n’utilise le terme homme, sinon en bien. En parlant de sexisme, j’utilise les termes « épais » ou « mon-oncle »

La Savante folle au Salon du Livre de Montréal

Mes heures de dédicaces au Salon cette année, pour trois livres de science-fiction

Projet Ithuriel Couverture
Anticipation sociale: une fillette élevée pour être une arme d’espionnage s’évade…
Suivez Marillyn au coeur de la Ruche, là où la sensualité épouse le mystère. Science fiction adulte. couverture par Xin Ran Liu
Suivez Marillyn au coeur de la Ruche, là où la sensualité épouse le mystère. Science fiction adulte
Fils d’un écologiste assassiné, Arran Noor récolte de nuit les plaies du métier de clown-vengeur. ADA éditions (2019)
Fils d’un écologiste assassiné, Arran Noor récolte de nuit les plaies du métier de clown-vengeur. ADA éditions (2019)

Mes kiosques :

101 Distribution Nomade pour les Six Brumes – La ruche

206 Kiosque de REFC pour les éditions David – Le projet Ithuriel

548-556 Kiosque ADA pour l’Écologie d’Odi

Pour les heures exactes, voir ici

Se souvenir

Jean-Paul Laframboise, photo prise en décembre 1917

Photo de mon grand-père, Jean-Paul Laframboise, photo prise peu après la bataille de Passchendaele. (Écrit au dos de la photo avec la date.) Cette bataille dans la boue près d’Ypres a duré des mois et tué des milliers de soldats. Les Canadiens ont finalement réussi à prendre les positions.

Dans ce cas-ci, ce n’est pas « se souvenir », car mon grand-père a peu parlé de ses expériences lors des guerres. Il s’en est sorti, mais a perdu des camarades en route. Je ne l’ai jamais connu jeune, évidemment, mais on peut voir sur la photo qu’il était fait mince mais solide. (Wiry comme les anglos disent)

Il est par la suite devenu arpenteur géomètre, et spécialiste des photos aériennes. Ça, il m’en parlait davantage. Et j’ai hérité de beaucoup de son matériel de cartographe. Mon amour de la géographie vient sans doute de lui…

3000 $ pour 50 kg de viande?

Ça pourrait être le début d’une histoire de SF dystopique, dans lequel la viande se fait rare, mais non…

Vendredi soir: un gentil garçon portant un coton ouaté avec un logo de compagnie frappe à la porte. Il demande si on consomme de la viande (Il est mal tombé pour moi, végétarienne, mais les deux autres ne le sont pas).

Il propose un échantillon gratuit qu’il n’a pas, et propose un rendez-vous le lendemain pour le recevoir le dit échantillon. C’est un service de livraison de produits de ferme organique à domicile. Le démarcheur prend notre no de téléphone et une heure propice pour livrer l’échantillon.

Samedi matin: le service rappelle en matinée. J’entend les bruit de fond d’un centre d’appel bien occupé, comme ceux des frimeurs qui vendent des nettoyages de conduites. Ils s’identifient avec le nom de l’entreprise de fermes et je ne raccroche pas.

La jeune femme du centre d’appel souhaite obtenir l’adresse exacte pour livrer. Je leur donne. Ils me demandent de confirmer l’heure. Les mangeurs de viande ne seront pas là mais j’y serai (j’ai confirmé que j’étais végétarienne.)

MOI: Ah ben pas de problème, dis-je, si vous avez des brochures à passer je peux les prendre.

– Non, il FAUT que les deux mangeurs de viande soient présents pour recevoir l’échantillon et de l’information.
Finalement je dis qu’on y sera vers 10h30.

Là, commencent des questions indiscrètes:
– Est-ce que vous êtes les propriétaires de la maison?

MOI: Pourquoi voulez-vous savoir ça? Je leur demande s’ils comptent vendre mes infos à un tiers parti.

Un agent d’immeuble, par exemple, vu qu’ils prennent des infos sur mon statut de proprio – ou non. (Plus tard, réponse trouvée sur internet, parce qu’il font subtilement une vérification de crédit. Ce qui laisse penser que le prix va être juteux.)
La jeune télémarketeuse répond que non, non, on fait pas ça nous-autres! Leurs représentants sont occupés, ça peut aller à plus tard.

Finalement, je leur dis oui, et qu’entre-temps je vais voir sur leur site pour leurs prix de souscription.

Sur le site, tout est beau, beau, beau (insérez petite musique poétique ici): animaux élevés en plein air, pâturage dehors, pas d’antibiotiques, poules heureuses, etc… Toujours pas de prix affichés pour les souscriptions.
Comme nous soutenions nos marchés fermiers chaque dimanche, et que nous recevions des légumes de la ferme quand on restait au Québec, je me dis que ça peut être intéressant.

N’empêche que je calcule dans ma tête: une ferme « bio » qui se paie des démarcheurs porte-à porte, puis un centre d’appel qui fixe une RDV en s’assurant que toute la famille soit là pour le représentant qui nous donnerait de l’information… tout cela m’annonce un très gros « overhead » et des produits hyper-chers pour compenser tous ces frais de promo. (Plus tard, j’ai vu que la dynamique de faire la démonstration de vente à un couple favorise le vendeur, parce que tu ne veux pas montrer tes désaccords. )

Sur les sites de protection des consommateurs que j’ai visités, le chat (avec le prix réel!) est finalement sorti du sac. L’entreprise (qui a plein de sous traitants pour la livraison, le traitement des factures, etc., donc le consommateur ne sait plus à qui s’adresser pour un problème) fait signer un contrat à froid à des gens qui, un samedi matin, ne sont pas psychologiquement outillés pour dealer avec un sales-pitch. (Pardonnez l’anglais ici)

Et quand les clients reçoivent la première livraison, ils découvrent -O surprise!-un tas de petits frais qui se sont ajoutés… frais de coupe de viande, frais de congélation, de livraison, de « service », et de location de petit congélateur en sus! Et la compagnie attend 10 jours pour livrer, il est trop tard pour résilier le contrat… Les coûts finaux tout inclus avec les taxes: entre 3000 et 5000$ pour 50 à 90 kg de viandes qui théoriquement combleraient les besoins pour 12 mois. Avec un congélateur loué!

3000$ pour 50 kg de viande? Une chance que je suis végétarienne…

Dans un monde où les fermiers sont souvent acculés à la faillite, je soutiens les initiatives de ferme organique, locales, etc. Sauf que cette entreprise entoure son service de frais dans lesquels se glissent les profits.

Alors, non, j’ai annulé cette visite de pitch de vente. Ci-bas, un exemple de pitch de vente.

Un exemple des impôts que les citoyens paient… au privé, sous forme de prix gonflés!
Rassurez-vous, c’est un cas fictif!

Si cette tactique de vente sous pression est employée, elle rencontre hélas du succès. Nous avons vécu voici 20 ans une telle vente au-delà de nos moyens dans un autre domaine et ça me gratte encore. Un minorité de personnes apprécient le système d’une seule livraison de produits congelés pour l’année leur convient.

Comme le disait une personne anonyme dépitée sur le site de consommateurs, ce n’est pas tant les prix gonflés, que les techniques de vente agressives qui les déçoivent.

« This is sad, because a business that operates this way in the end alienates repeat customers (the biggest revenue generator) and even produces bad word of mouth–a business killer.

Et il termine par cette réflexion sur une éthique de vente qui doit se soucier de bâtir une relation à long terme.

An ethical business approach that operates up front and is concerned with its customer’s welfare as much as turning a profit and is not quick sale, will over the long run create an admiral brand, better business sustainability, a devoted and growing customer base, and in the end will I believe generate much bigger profits than a short sighted company. »

Donc, il faut changer les façons de faire pour viser une croissance soutenable. C’est aussi valable pour d’autres domaines!

C’était ma petite réflexion sur les ventes agressives, qui fait partie d’une série sur les joies du capitalisme, même pour une « bonne » cause.

Au fait, quand on livre d’un coup pour un an de produits périssables, il y a un danger. Imaginez si une panne d’électricité survenait… Oupse! Perte totale.

Non, je suis contente de continuer à soutenir mes fermiers locaux, avec un service de repas à la semaine qui garantit la provenance et avec des contenants recyclables. Et avec les marchés fermiers, surtout en campagne…

J’aimais courir aussi en bordure des champs, l’été. Un village où le marché fermier offrait beaucoup aux visiteurs!

Fin de marathon

Une gentille personne a pris ma photo post-marathon. À peine capable de marcher et les ti-yeux fatigués!!

Mes résultats pour le Toronto Waterfront Marathon:
(le Chip Time, car les plus lents partent vingt-cinq minutes après le coup de trompette…): 5 h 09 min 12 sec.

Ce qui est bien mieux que la dernière fois en 2016, qui m’avait pris 5 h 45 !

Mon entrevue sur le site de Radio-Canada Toronto, sur les écrivain-e-s qui courent.

J’attends encore les photos officielles de coureuse que je vais payer super-cher!

Une petite sortie

Je m’entraîne pour un marathon dimanche prochain, ce qui ne m’empêche pas de passer toute ma journée pour regarder une sortie spatiale spéciale! Pour la première fois, deux femmes, Christina Koch et Jessica Meir, allaient compléter une réparation à l’extérieur de l’ISS.

On voit Christina qui s’affaire. Comment je le sais? Les barres rouges sur les jambes!
(Toutes les captures d’écran: gracieusetés de la NASA et de l’ISS)

Ce qui m’a impressionnée sur la station internationale, ce sont ces belles barre cuivrées pour s’attacher et circuler en sécurité (photo ci-bas). Chaque astronaute utilisait deux longs filins, et un ou deux courts. Chaque crochet avait sa couleur. Chaque outil avait son fil, aussi, donc pas de danger d’en perdre un, qui deviendrait un micrométéorite après… En tout moment, on s’arrime!

Notez le filin près des pieds. Les autres captures sont trop floues.

Les communications tissaient les liens pour assister les réparatrices. Beaucoup d’acronymes, et chaque tour de vis était précisé, chaque boulon numéroté.

L’entrée dans le sas, après sept heures… Je ne savais pas combien de réserves elles avaient! Notez le crochet à droite.

Les deux astronautes Christina Koch et Jessica Meir ont procédé à une sortie dans l’espace de 5h30 qui a finalement pris… 7h17 !!

Elles ont fait le remplacement si efficacement que la mission s’est prolongée pour procéder à une inspection visuelle de la station. On apprécie l’entraînement pour un scaphandre (pardonnez l’ancien nom, les nouveaux sont des acronymes) qui pèse 300 livres avec l’inertie qui va avec.

Mais ça a été long pour entrer dans le sas ! Juste les voir dégager toutes les traîneries, les filages, et manipuler la grosse porte (le hatch) pour la replacer (quoi? c’est pas attaché?) et la verrouiller m’a mise sur les nerfs. On est vraiment loin du cinéma…

Gros, gros soupir de soulagement quand les deux astronautes sont rentrées… (on voit les pieds qui dépassent de derrière le couvercle thermique).

D’ailleurs ces sorties ne sont pas sans dangers. Les astronautes vérifiaient mutuellement leurs tenues de sortie et leurs gants régulièrement, pour déceler des égratignures. Christina a trouvé une tache. Ça pourrait être une simple tache d’huile, mais… On ne veut pas risquer de contamination à l’intérieur de l’ISS. (Et ça va dans les deux sens: ne pas contaminer l’espace avec nos microbes.)

Une tache sur un gant? On prend pas’d’chance! Les gars ont vu le film Life eux aussi…

Dans les films de science fiction, la sortie par le sas semble toujours si simple!

Ici, le-dit sas était encombré de tellement d’affaires (vois la photo en bas) qu’en sortir et y rentrer après la mission de remplacement d’une batterie prenait plus d’une demi-heure. Et la batterie remplacée était hé-naurme et encombrante! Sans compter le pack de survie-et-de-propulsion dans le dos, gros comme un frigidaire ! Bref, un sas, c’est pas mal comme nos garages, plein d’affaires qu’on n’utilise pas souvent.

À la fin, rendu à 7 heures de sortie, je stressais pas mal plus qu’elles! Et enlever avec précaution les « frigidaires » sur le dos et les gants, a pris du temps.

Vraiment, un peu de ménage dans le sas ça ferait du bien! Mais bon, si on ne l’utilise pas souvent et que le volume à l’intérieur de l’ISS est limité…

Pour en savoir plus, le site de la NASA

Un peu de lecture? Je vous recommande chaudement ce livre de Mary Robinette Kowal, The Calculating Stars pour oublier le froid glacial des étendues intersidérales!

35 cadeaux d’avant-Noël

Comme la tradition des calendrier de l’Avent, nous sommes environ 30 auteur/es qui participons à un projet tout aussi joyeux qu’original, organisé par Kristine Kathryn Rusch: le WMG Holiday Spectacular 2019 Kickstarter! Au cours des 35 jours avant Noël, une histoire sera envoyée par courriel chaque matin!

Chaque histoire arriverait dans votre boîte aux lettre! Et l’an prochain, le volume paraîtra!

Mon histoire, Winter Pariah, mêle solstice d’hiver et ornithologie. Et ils ont été bien gentils de placer mon nom en couverture!

Et voici les trois anthologies ensemble: Bloody Christmas réunit des histoires de crime en tout genres. Joyous Christmas rassemble des histoires d’amooooour ou d’amitié avec une fin heureuse! Winter Holidays est centré sur des fêtes autour de l’hiver, comme le solstice, le jour de l’An, etc.

Ces 35 histoires vont aider à promouvoir le travail de ces auteurs de genres (certains ont publié dans les trois anthologies!) Je les ai toutes lues: ce sont des bonnes histoires avec des fins satisfaisantes, même les histoires de crimes (que normalement j’aime moins, mais il y a toujours une forme de justice, hein !)

NOTE: Le niveau de soutien pour obtenir ces 35 histoires est de 20$ US mais il y a plusieurs échelons qui commencent à 2$ US.

La première arriverait le 28 novembre 28, 2019, et la dernière le premier janvier 2020. Il y a plusieurs avantages à appuyer ce projet, et plein d’autres récompenses s’ajoutent quand WMG dépasse son objectif! J’en ai appuyé quelques projets et ça valait la peine!

Pour appuyer ce projet qui se termine le mercredi 23 octobre 2019 (et indirectement m’appuyer aussi!)

Le Galaxies 61

Arrivé par la poste, sur les traces de l’autre…

Ce numéro 61 de Galaxies (nouvelle série) est arrivé cette semaine. Avec mon texte Tinkerbelles, dont le protagoniste ne vous laissera pas indifférent…

Autosuffisance alimentaire, déclin des abeilles, mini-robots, cerveaux augmentés, programmation génétique. Si nos paramètres génétiques limitent nos choix, peut-on encore brasser la cage mentale?

Pour vous le procurer en électronique ou papier, et découvrir les conteuses et conteurs d’histoires, et le dossier bien fouillé de Jean-Louis Trudel!