Up! (Une étude de mobilité sociale)

Non je ne parle pas du sympathique film de Pixar, mais d’un documentaire original sur la mobilité sociale réalisé au cours de 56 ans par monsieur Michael Apted. Celui-ci suivra, entre 1964 et 2019, 14 jeunes Anglais, de 7 à 63 ans, et les interviewant à chaque 7 ans.

Les cloches de Londres (Photo de Tommy Milanese sur Pexels.com )

Le mythe

Vous connaissez cette belle légende du petit Dick Whittington, pauvre orphelin qui partait de Londres après avoir confié son chat à un capitaine marchand? Alors qu’il gravissait une colline, il croit entendre les cloches de Londres le rappeler:

Dick Whittington, Dick Whittington
Trois fois Lord-maire de Londres
tu deviendras

Et il appert que son chat s’était rendu fort utile pendant le voyage, en chassant les souris d’une royaume. Le capitaine rapporta une fortune au petit Dick.

Dans la vraie vie, Richard Whittington n’était pas d’une famille pauvre, mais n’étant pas l’ainé, s’en vint à Londres pour travailler dans une mercerie. Peu à peu, il fit des bonnes affaires et deviendrait Lord-Amire de Londre non pas pour trois, mais quatre termes. Il reste un personnage intéressant, qui contribua à des oeuvres charitables, construisit un hopital qui existe encore aujourd’hui, un abri pour les pauvres, des fontaines et des toilettes publiques (en 1400 ce n’était pas du tout évident!)

Ca reste quand même un exemple légendaire de mobilité sociale ascendante. Ce à quoi on rêve tous: améliorer nos conditions de vie. Et, si on devient relativement riche, améliorer celles des gens autour de nous comme le fit Whittington.

Donc, en travaillant fort, on devrait se hisser au-dessus de nos conditions de départ. Vrai?

La mobilité sociale étudiée sur 56 ans

Revenons au documentaire de Michael Apted.

Ca donne une série d’épisodes ou tu vois les gens (assez variés pour l’époque!) vieillir devant toi, depuis les enfants qui ont des rêves, les adolescents qui espèrent, les adultes qui vivent les mutations sociales et les crises économiques (la privatisation sous Thatcher dans les années 1980, l’effondrement de la bulle de 2008 (= ouch!) Il va sans dire qu’on perd deux ou trois jeunes en cours de route.

“By following these Britons for 56 years, Apted’s Up series shone a unique and sometimes devastating light on how people’s fates are decided as much by social attitudes and class as by their character or grit.” Alissa Quart, auteure de l’article.

Ceux nés dans un quartier à l’aise cheminent aussi, et se placent bien. Par contre, ceux qui viennent d’un milieu plus pauvre en arrachent, et ne parviennent pas toujours à réaliser leur rêve. On en suit un jeune homme qui travaille dur, de chauffeur de taxi à commerçant, puis, crac! La crise économique, et le revoila chauffeur de taxi !

14 personnes, c,est un très faible échantillon, mais sur le temps c’est un panorama extraordinaire. Ces vicissitudes démontrent à quel point les destins des gens dépendent moins de leurs qualités intérieures et leur talent/volonté/persévérance (ce que la société capitaliste soutient avec la « méritocratie ») que des attitudes et leur classes sociale.

La série commence à Up, puis suivent 7-Up, 14-Up… jusqu’à 63-Up. Malheureusement, il n’y aura pas de 70-up car Michael Apted est décédé à 79 ans en janvier dernier. Il a eu le mérite non pas de faire des interrogations abstraites, mais de montrer en direct l’impact des conditions de départ, des classes sociales sur la mobilité sociale de ces jeunes.

Vous n’aurez sans doute pas le temps de visionner la série complète, mais ces deux articles devraient couvrir le sujet (environ 10 minutes de lecture chacun:

L’article sur le site de new Republic et un survol détaillé sur le site de Revised Sociology .

https://newrepublic.com/article/160879/michael-apted-up-series-documentary-long-view

et sur le site du New York Times (https://www.nytimes.com/2019/11/27/magazine/63-up-michael-apted.html)

Poor at 20, Poor for Life. Une étude montre que entre les années 1980s et 2000s, grimper l’échelle des salaires devient plus difficile.

Longs serpents, courtes échelles…

Si vous lisez le blog, il y a de forte chances que vous travailliez dur… pour trouver du travail ! De plus en plus ça ressemble à un jeu de serpents et d’échelles, avec de loooongs serpents et de courtes échelles.

Le documentaire confirme l’impact de notre milieu de vie en enfance et des politiques de privatisation sur nos choix de vie, pour trouver des conditions de vie et de travail sur la personne exerce un contrôle réel.

Pendant que les industriels se servent joyeusement dans la cagnotte publique, les médias aux service de l’argent entretretiennent le mythe des makers (qui travaillent dur) vs des takers (qui se font vivre par les autres). Or, qui vit au bas de l’échelle et se prend… la misère en pleine face, sait à quel point ce mythe s’éloigne de la réalité. On ne peut la nommer et les gens dans le reportage peinaient à mettre des mots sur leur malaise, mais les politiques de l’Angleterre ont été influencées par une coalition de d’intérêts fortunés et de spéculateurs pour lesquels les échelles sont très longues, et bien consolidées.

La Savante folle va faire son rapport d’impôt, en pensant à quel point elle en paie plus que la plupart de nos grandes fortunes canadiennes!

Un Salon virtuel à Toronto

Le salon du livre de Toronto vient de s’ouvrir en virtuel, et malgré les obstacles lié à la pandémie. Il se tiendra du 4 au 24 février.

J’ai déjà donné deux ateliers avec des classes d’élèves de 1-2e années, et ça faisait longtemps que je n’avais eu autant de plaisir à échanger avec des jeunes! Le sujet était lourd, le racisme, mais il y a moyen d’ouvrir des fenêtres vers de nouvelaux paysages en parler avec de fleurs!

L’ouverture du Salon a eu lieu ce soir, avec Valéry Vlad, président, Paul Savoie, directeur, Gabriel Osson, auteur et Frédéric Brisson, directeur du Regroupement des Editeurs Franco-Canadiens (REFC)

Consulter la chaine Youtube du Salon ici.

Ce soir (4 février, c’était Paul Savoie qui lisait des extraits de son recueil de poésie Ce matin. en compagnie de Anik Chalifour. Ecoutez Paul Savoie ici. La poésie, ça se lit, ça se partage!

Quant à moi, je tiens un blogue du salon qui traite de sujets divers!

Janvier

Janvier j’envie
les flocons
sans soucis

Janvier j’irais
voyager
dans ma tête

Janvier je veux
trop de choses
manque de temps

Janvier j’aimerais
voir danser
vent et neige

Janvier je vais
continuer
à marcher

Un sentier près de chez moi.

Ce poème improvisé a été inspiré par des flocons de neige qui tombaient, tout doucement, d’un ciel dégagé. Comme un beaume sur les coeurs douloureux.

Je souhaite de l’espace de marche et un répit pour tout le monde

Image

Ho-Ho-Ho!

Le Père Noël apporte des vaccins contre la covid-19
Cette année, le Père Noël s’est bien équipé!

Silence

Chandelle allumée, gracieuseté de Canva.com

En souvenir d’elles parties trop vite le 6 décembre 1989…

Particulièrment cette année, prenons soin les uns des autres pour faire reculer la détresse mentale.

Les mutations de la slush

Non, pas la slush qui nous rend la vie pénible en hiver! Je parle de la slush pile, cette pile de soumissions que les éditeurs de magazines s’infligent, ou infligent à leur première ligne de lecteurs bénévoles.

Avis aux francophones!

À l'assaut du marché anglophone!

Je vais surtout aborder le cas des nombreux magazines pro anglophones auxquels je m’efforce de contribuer. Les magazines francophones pro (=payants!) se comptent sur les doigts d’une main, à cause d’un bassin de population moindre.

J’ai connu la joie de voir des histoires publiées chez les pros et semi-pros francophones, (Solaris et Galaxies en tête, suivis de Brins d’Éternité et al.) mais ça m’a quand même pris près d’une dizaine d’années d’efforts et de mots pour me hisser à un niveau de qualité acceptable.

Maintenant, je déploie ces mêmes efforts pour escalader le marché anglophone.

Des magazines assiégés

La plupart des magazines sont comme des châteaux assiégés, encerclés par trois murs de défense.

Extrait de Grandeurs et misères de la table de dédicaces – 86
Extrait de Grandeurs et misères de la table de dédicaces – 86

Le premier mur est constitué par une équipe de premiers lecteur/trices qui départagent les textes qui ont du potentiel de la slush pile de texte mal écrits ou de clichés rebattus mille fois (image 1). Ce sont des écrivains ou bénévoles amateurs, qui pouvaient déterminer en quelques paragraphes si le texte se démarque ou pas. Un confrère productif arrivait même à prendre une décision en lisant le début de texte alors même qu’il le retirait de l’envelope! Si votre texte frappe le preier mur, vous recevez une lettre informelle (voir la caricature).

Si votre texte saute le premier mur, l’éditeur vous en informe par une requête (hold request). Votre texte passe en deuxième lecture. et sera confronté à d’autres candidatures. C’est le deuxième mur. Si ces autres histoires sont de meilleure qualité, ou sont plus au goût des éditeurs, une lettre/email de refus sera envoyée.

Si vous débutez, les premiers refus vous affecteront davantage… Mais on s’y fait!

Un refus de magazine de SF
L’auteure semble un peu démoralisée, mais un pot de crème glacée se trouve à portée de main…

Enfin, s’il convient, si un texte similaire n’a pas déjà été publié, votre soumission passe la troisième muraille et un contrat est proposé à l’auteur qui a des étoiles dans les yeux.

Mais ça prend du temps. À trois reprises, un magazine australien a passé mon texte candidat à travers trois murs, mais le dernier cercle de lecteurs les a refusé. Je n’ai pas encore publié chez eux. Et il reste que le style littéraire privilégié dans les pays anglophones diffère largement de celui aimé par les francophones. Les éditeurs américains vont préférer une histoire qui « punche » à une histoire même très bien écrite.

Les temps changent

Les temps changent... Tiré des Grandeurs et misères de la table de dédicaces.
Tiré des Grandeurs et misères de la table de dédicaces.
Notez que c’est ASIMOVs qu’il faut écrire (et non Asimov) pour parler de la revue.

Jadis, il y a très très longtemps, au temps des mammouths laineux et des modems 56 k, il était facile, à la première étape, de départager les écrivains. Les débutants produisaient des textes inégaux, souvent ennuyeux et bourrés de clichés mal digérés.

Les abus d’adverbes étaient déplorés ainsi que les « said-ism » (remplacer l’invisible « he-she said » par des mots expressifs, comme « At last! he ejaculated » n’est pas aussi bien accepté en anglais qu’en français) et une pléthore d’autres tournures malheureuses, sans parler d’intrigues non seulement boîteuses mais inexistantes.

La technologie et Antidote aident les gens à contourner les pires fÖtes d’orthograF. Les cours en ligne du genre «Vendez des millions de livres avec la méthode X » abondent et le niveau de compétence en écriture augmente aussi.

Et voici que le rédac-chef d’un magazine fait remarquer: les auteurs s’améliorent, ce qui rend la tâche des premiers lecteur/trices plus difficile.  Comme le dit Scot Noel, l’éditeur de DreamForge, un magazine de SFF en ligne :

« We’ve all heard of the “slush pile,” that collection of manuscripts from new and inexperienced writers that may hold gems but is largely represented by unreadable drivel.
Guess what? We didn’t see it. Today’s writers represent their craft well. The large majority of what we received was done with consideration, intelligence, and heart. (…) We quickly went from “I hope we find a publishable story in here somewhere,” to “Wow, how are we going to choose?”

A lire au complet ici dans Dream Forge magazine.

Le « problème de Mars »

Michèle en train de taper joyeusement à son clavier, convaincue d'avoir une super-idée!
(L’image de Mars est une gracieuseté de la NASA – Solar System Exploration)

Dans la suite, un an plus tard, le même éditeur refléchit à d’autres écueils comme le « problème de Mars ». De que c’est? Qu’est-ce que c’est?

Beaucoup d’écrivains pigent dans l’air du temps (la planète Mars après le film The Martian, les zombies avec vous savez quelle série, etc). Par exemple… quelle curieuse coïncidence de recevoir toutes ces bonnes histoires sur le thème de la pandémie!

Aussi, Scot Noel rappelle que les histoires doivent être variées. Supposons qu’un éditeur reçoive deux nouvelles sur la colonisation des astéroïdes (genre, comme la série TV The Expanse), il ou elle va répondre au deuxième auteur, ben désolé, trop tard! Et ce même si le texte arrivé en deuxième est meilleur, parce qu’ils ont dit oui au premier.

Une autre réalité, c’est que toute anthologie ou magazine va réserver un espace (exprimé en nombre de mots) pour une personne reconnue, à laquelle on aura commandé au préalable un texte. Ne râlez pas contre les « vedettes »! Car un nom reconnu va faire mousser les ventes, en plus de contribuer à faire découvrir de nouvelles voix! L’article de Scot Noel à lire ici.

J’ai observé le phénomène lors de ma participation aux Anthology workshops de WMG Publishing. Les auteurs sont tous des pros et très, très bons! Cela pose un défi aux lecteurs. Je me suis brûlé les yeux la première fois, en me tapant pas moins de 300 textes au complet… 

Quand des éditeurs pros bûchent ton texte en public
Le Anthology Workshop de 2016

La deuxième fois en 2019, j’ai fait plus attention mais je suis arrivée un peu juste avant cet atelier intensif et fort en émotions. Si vous avez l’intention de faire cette expérience, de voir votre texte buché en public par six éditeurs pros, allez voir le site du Anthology Workshop ) et assurez-vous que votre mois de février soit libre! C’est à Las Vegas en fin février ou début mars, donc il fait très chaud. En attendant que nous, les Canadiens on puisse y retourner…

Les vagues de soumissions

A quoi ressemble le quotidien d’une auteure de nouvelles de fiction? Ça donne ce genre de conversation au téléphone:

« Oui Maman, je viens d’envoyer un truc à Alfred Hitchcock, pis un autre à Asimov’s…
Pis Ellery Queen a dit non et Crime Wave n’a pas répondu après deux ans… »

J’écris dans plusieurs genres, science-fiction, fantasy, mystère/policier, qui incluent du steampunk et de l’inclassable. Avant 2014, j’avais environ six nouvelles en circulation, mais depuis, j’en ai écrit davantage.

Je me suis donc contruit des tableaux Excel simples pour suivre les vagues de soumissions. J’ai commencé en 2015.

Voici celui de tableau en Juillet 2019 :

Il y a beaucoup d’espaces blancs, car chaque magazine a ses exigences. L’un veut des nouvelles en bas de 6000 mots, l’autre accepte jusqu’à 10k et même, dans un cas, 22 k (!), et les genres, les thèmes de prédilection varient avec les éditeurs. Donc certaines cases ne seront jamais remplies.

J’ai un code de couleurs pour les genres. Carrés jaunes: textes soumis (ils travaillent!) Carrés bleus: textes en attente d’être soumis (le magazine n’accepte pas les soumissions multiples) En rouge, tout ce qui est passé dans une slush pile anglophone et refusé. C’est le triste sort de mes prenières nouvelles écrites. Quand un texte est publié, c’est en vert!

Mes textes en français se trouvent en bas à droite, et en vert: ils ont presque tous été publiés quelque part, donc la dynamique est différente.

Pour comparaison, voici le tableau de 2020:

Tableau des soumissions en octobre 2020

Tableau des soumissions en octobre 2020 – presque 60 nouvelles dans la course! Les nouvelles en français figurent maintenant sur un tableau séparé. 

Et, oh oui, trois acceptations que j’ai laissées dans le tableau pour me donner du courage! (Les autres ont été placées ailleurs.)

Tout cela pour dire que ça prend de la persévérance et de l’amour de raconter des histoires pour y arriver!

Grandeurs et misères de la table de dédicace – 102

Finir un beau livre, encore toute remuée par l’histoire… et apprendre que son autrice est décédée. Ça m’est arrivé, et ça a dû vous arriver plus d’une fois.  Quand c’est un-e auteur classique, on s’y attend, mais ça fait de la peine quand même.

Pas encore remise de la perte d’Ursula K LeGuin en janvier 2018. Mais quand c’est parmi nos contemporains… ça fait un choc.

L’auteure, c’est Ann C. Crispin, qui nous a malheureusement quittés en 2013. Fait que j’apprends par le truchement de Wikipédia après avoir fini de lire un roman qui date de 1994.  Snif.

En ces temps pénibles, j’ai besoin de lectures de réconfort, ce que m’apportent les univers Star Trek. Sarek est un récit en finesse, action et réflexion, (avec une touche de Pon Farr) qui enrichit l’univers de la série originale. On y rencontre Amanda en profondeur, et on découvre son histoire d’amour avec Sarek.

Comme pour Vulcan Heart, par le duo Josepha Herman (elle ausi partie) et Susan Shwartz, la lecture me laisse la forte impression que notre humanité malade de complotistes, groupes haineux, anti-vaccins et antisciences aurait bien besoin des Vulcains (et aussi des Bene Gesserit, mais c’est un autre univers). Rien que le contrôle des émotions et la philosophie aplanirait bien des différends, en plus de nettoyer des préjugés (Est-ce logique de mépriser les gens à peau foncé?)

Le seul défaut de ce livre, hélas, c’est qu’on ne peut plus remercier son auteure…

La chose vous est-elle arrivée?

Au moins on peut se consoler en pensant qu’Ann et tous les autres auteurs partis compter les étoiles laissent derrière eux et elles une trainée brillante de livres, comme une Voie Lactée! 

250 k

Cet escargot est une gracieuseté de Shutterstock, parce mes photos ne sont pas terribles!

Écrire vite ou lentement?

Lièvre ou tortue? La question divise.

J’ai passé le cap du 250 000 mots avant-hier le 30 juillet. L’an dernier, j’avais dépassé 300 k fin décembre; l’année 2018, j’avais atteint 200 000 mots, la part du lion revenant à un gros roman steampunk de 117 k (qui a une couverture, mais pas encore passé par la révision). Comme je veus faire une trilogie, l’univers exige un peu de construction. C’est bien plus long bâtir une culture riche que de vérifier la science!

J’écris: des romans, des nouvelles, des articles de blog (mais moins qu’avant) en parallèle plutôt qu’en série. J’adore écrire vite des histoires prenantes. Je repasse dessus pour enlever les grosses fÔtes, vérifier les détails de type chandail rouge/chandail vert (et la science dans le cas des mes space opéras), et ajouter un détail ici et là.

Battre le tapis, mais pas trop!

Je fais trois p’tits tours et puis je laisse l’oiseau s’envoler. Et, oui, ça peut être tentant d’ouvrir la porte de la cage pour nettoyer des détails, mais grâce à la très prolifique Kristine Kathryn Rusch, j’ai fini par comprendre que la perfection n’existe pas. Il faut y tendre, mais pas trop battre le texte comme un tapis. Ça enlève certes un peu de poussière, mais trop le malmener va amoindrir son impact, sa fraîcheur. Comme une bouchée mâchée trop longtemps…

Dans un tout autre ordre d’idée, Kris vient d’éditeur une de mes nouvelles, Winter Pariah, dans un recueil de 35 histoires du temps des fêtes, The Holiday Spectacular #1. Pour se refraîchir en été!

Mais entre deux « petites vites », je mijote aussi des histoires plus longues. Je retravaille parfois des textes acceptés pour publication, pour les rendre plus accessibles au lectorat. En ce moment j’en ai un qui me donne du trouble, parce que je dois retrouver ma voix personnelle après des suggestions de telent, mais faites avec la « voix » du mentor.

Là, j’écris autre chose vite et avec plaisir, parce que c’est moins frustrant que de s’aperceveoir que j’ai passé une journée sur trois paragraphes! Et c’est pour « oublier » dans ma tête la voix du mentor (que j’admire et de qui j’apprends beaucoup mais) que je plonge dans mes autres histoires.

Le puits des émotions

Il y a aussi un roman que je n’ai jamais réussi à écrire, promis à Michel Lavoie (qui nous quittés ce printemps, pendant le Salon du livre de l’Outaouais). C’était un texte de fiction jeunesse presque autobiographique.

Mais Le saule allait puiser des émotions tellement personnelles que le transfert de celles-ci vers mon adolescente fictive a coïncé. Le puits des émotions est très, très profond, chaque phrase était une torture. Je crains de m’y noyer.

Pour faire court: mon adolescence n’est pas un endroit que j’aime revisiter. (Mes parents et soeurs m’ont toujours appuyée, là n’était pas le problème.) Mon problème était d’être a la fois ambitieuse, excessivement timide et hyper sensible. Oui, ces âmes sensibles qui doivent s’abstenir, et auxquelles on demande encore de s’abstenir (surtout si elles sont des femmes ou non binaires). C’est dire que pour le moment Le saule va rester en plan.

Se lâcher lousse

Bref, entre des sessions de « battage de tapis », j’aime me lâcher lousse dans des histoires qui me plaisent, dans plusieurs genres d’ailleurs. J’ai arrêté de me dire, ouache, c’tune histoire poche/pas original/mes collègues feraient bien mieux! et je fonce.

La science fiction est mon domaine de prédilection, mais j’opère en steampunk, en fantasy, en romance, en histoire d’amitié, en littérature-tout-court, en historique… Il me reste de l’uchronie à tester, mais j’aime tellement l’histoire que j’ai du mal à choisir mon époque!

Certains de mes nouvelles pondues plus vite ont trouvé preneur. Lamps of Ganymede chez Luna Station Quaterly 42, et une traduction de la Cousine Entropie (publié dans Galaxies 60) parue chez Future SF 7 D’autres écrites en deux-trois jours se sont ramassées au sommaire des Fiction River (les numéros 21, 22 et 27) .

Par contre, je n’ai plus jamais gagné le concours d’écriture sur place du congrès Boréal (mon article sur celui de 2010 avec des photos) depuis 2005. (Souvent je ne reconnaissais pas le thème, ou une heure, ce n’était pas assez pour livrer plus qu’une ébauche). Et je n’ai retapé aucune de ces ébauches, d’ailleurs. Ces feuilles manuscrites attendent toujours, avec la patience d’une résolution de Nouvel An, d’être retapées, révisées et lues par d’autres yeux que les miens.

Vite et lent

Quand un lecteur me demande: mais où prenez-vous vos idées, ou quand un non-lecteur** veut que j’écrive son histoire (« j’ai une super-idée, tsé, y reste juste à l’écrire ») les deux me rappellent à quel point je suis loin derrière mes idées, dans la réalisation de mes projets. Certains de mes projets de BD ont été abandonnés, parce que demandant trop de temps et aucun soutien.

Alors, la joie d’écrire en courant, c’est de pouvoir peupler mes univers existants avec des nouvelles liées (spin-offs). Déjà deux histoires dans l’univers de Chaaas sont en circuit de soumission.

Tout ca pour dire que j’écris plus que je fais de la promotion! Pour cette dernière, je compte sur vous…

Frais des presses!

Cousin Entropy dans Future SF no 7 juin 2020

Ganymedes’ Lamps dans Luna Station Quarterly 42 juin 2020

(oui, deux le même mois!)

Dernières vacances de la femme termite vient de sortir dans Solaris 215

* « In The Pursuit of Perfection, Rusch discusses the destructive ways peer workshops and the quest for perfection derail many writers’ careers, offers hope for writers who have suffered at the hands of critique—external and internal—and outlines a path to healing. »

** Rarement les gens « j’ai une super-idée, tsé! » ont lu mes romans avant.

Solaris 215

Voici ma dernière parution, l’été dernier, arrivée à temps pour ma fête. Le titre: Dernières vacances de la femme-termite, dans le magazine Solaris 215. Une histoire qui va vous gruger longtemps par en-dedans!

Ceci complète mes parutions anglophones Cousin Entropy, à Future SF Digest et Ganymede’s Lamps, at Luna Station Quarterly. Vous êtes chanceux, venez goûter à ma fiction!

Et si vous aimez, laissez un petit obole aux éditeurs et éditrices! Les temps sont durs et ils en ont bien besoin!

Nos habitudes systémiques

Quelqu’un a dit « systémique »? Cachez ce mot que je ne saurais voir!

Comme pour le sexisme systémique, le racisme systémique est nié avec force, comme si admettre l’existence d’un problème fragilisait les gens qui ne vivent pas avec. Comme si toutes les actes de racisme, de haine envers les noirs, ou les Premières Nations, provenaient seulement d’une pomme pourrie qui contaminerait les autres (plutôt efficace, cette contagion!)

Les voix qui protestent le plus fort que le racisme systémique n’existe pas proviennent de gens qui ne vivent pas quotidiennement cette oppression. À tous ces discours qui dénoncent une « victimisation » par un problème qui n’existerait pas, je réponds:

« Occupez-vous donc de vos oignons! »
 
Si le problème n’existe pas sur votre radar, tant mieux pour vous! Pas besoin de manifester en criant que vous faites pitié!

Restez les bras croisés et laissez les autres aux prises avec de sérieux problèmes travailler à les résoudre. Mais non, on dirait que c’est plus important de se sentir immaculé et sans blâme que d’admettre l’existence d’une situation d’injustice.
 

Allergiques au mot « systémique »?

J’ai un truc pour vous: lâchez le mot « systémique » et remplacez-le par le mot « habituel ».

C’est la somme de nos petites mesquineries, de nos habitudes, qui s’incrustent dans le quotidien, qui se cimentent dans des institutions… et des systèmes! Ce sont nos habitudes de pensées, nos réflexes, nos jugements et nos commentaires sur Internet qui s’empilent et se reflètent dans l’application des lois.

Le racisme systémique a des effets très, très concrets: se faire tuer/blesser par
la police, être ignoré-e, subir du harcèlement, se faire « white-splainer » son problème… Se faire arrêter pour des riens, se faire mettre en joue (« FREEZE! » avec le klik-klik du cran de sûreté, ça fait peur en si-vous-plaît quand ça vous arrive.)*

Si le mot « systémique » vous fait si peur, remplacez-le par « habituel ». Ce sont
nos habitudes mentales qui érigent des murs…

Je propose cet article en anglais, qui explique très bien ce qu’est un racisme intégré dans un système, aux EU. “Why has incarcerating black Americans been so lucrative since the moment the Civil War ended?” (Oui c’est un statut FB, mais avec des références historiques.) Et concernant le crime de, simplement, être pauvre, cet article du magazine Forbes qu’on ne peut pas accuser d’excès de conscience sociale: “Poor Americans can spend weeks or months in jail simply because they can’t afford to pay the price of a fee, fine, or bond.”

( Pour donner un exemple concret de sexisme systémique : regardez les gens au pouvoir en Chine, ou en Russie, ou aux USA… Ou, mieux encore, allez compter les commentaires sous les articles du Devoir quand ces articles concernent les femmes ou les noirs. Que des hommes, et qui en ont trrrrès long à dire! C’est une écrasante majorité pour les rares femmes qui osent intervenir. On voit tout de suite une inégalité systématique… dans le temps libre dont on dispose! )
 

La tache de ketchup sur la cravate

 Si je dis: « t’as une tache de ketchup sur la cravate » ça ne veut pas dire que je n’aime pas les cravates! Il faut juste nettoyer la tache.

Si tu veux garder la tache, ou en montrer de la fierté, ou jouer les martyrs de la sainte cravate, c’est UN choix. Le choix d’ignorer la tache, de vous proclamer sans blâme, c’est celui d’ignorer les ennuis, le harcèlement que d’autres subissent pour le péché d’être différent de vous. Pour eux et elles, ce n’est plus du ketchup qui coule mais du sang, et de la confiance, une goutte à la fois.

Ça vaut pour le sexisme et les réflexes anti LGBT+. Les choix de sexe (aujourd’hui on peut changer!), de genre (on peut être non-binaire!) ou d’orientation sexuelle (ou non, on peut même être chaste!) sont comme des manteaux de différentes couleurs.

Sous le manteau, il y a des personnes, qui cherchent le bonheur autant que toi.

*

Pendant ce temps…

Les carpes asiatiques arrivent! Les carpes asiatiques arrivent!


Et pendant ce temps, les problèmes environnementaux ne laissent pas de répit.
Comme décrite dans mon roman Le projet Ithuriel de 2012, les carpes asiatiques poursuivent leur avance dans nos eaux, et tassent les espèces indigènes de la même façon que les arrivants blancs ont jadis « tassé » les nations autochtones. Les Premières Nations qu’on connait si mal. Cette méconnaissance favorise leur oppression systématisée, les violences envers les femmes autochtones qui laissent indifférent ceux qui siègent au sommet de la pyramide sociale.  Tiens, encore du systémique…

Il y a aussi des gens dans cette histoire d’anticipation sociale…

* Arrivé à yours truly autour de 1984. Debout sur le balcon de mes parents en soirée, braquée par trois agents. Il a fallu que je lève les mains très len-te-ment, et que j’explique que c’est moi qui les avais appelés pour un vol survenu chez des voisins (la vitre cassée, entrée par effraction très claire). Il faisait sombre. Je continue de penser que si j’avais eu la peau noire, je ne serais p’tête pas ici pour en parler…

La Covid et la pyramide!

Extrait d’un BD où apparaît une pyramide sociale…

Un petit virus de rien du tout nous rappelle les failles d’un système érigé sur des bases chambranlantes.

Ceux qui meurent au bas de la pyramide

On perd en ce moment de nombreuses bibliothèques, avec les personnes âgées, nos parents et grand-parents, mais aussi, comme d’habitude, les personnes qui manquent de moyens, pour se procurer de la protection, pour faire l’épicerie, pour se refraichir, et, aux État-Unis, pour se faire soigner!

Attention à vos choix de mots: ceux et celles de la génération des « Boomers » qui meurent sont en fait les plus vulnérables, les plus pauvres. Ce ne sont pas ces « Boomers » là qui ont détruit des milieux naturels et, par cupidité, ignoré la pollution, causé les conditions propices à l’éclosion de maladies, lesquelle ravageaient déjà les pays mal équipés bien avant l’arrivée du nouveau coronavirus.

On le voit aux Etats-Unis, qui compte plus de 100 000 morts. Pas grave, l’économie doit rouler! Et si des gens meurent, eh bien, on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs.

Du moment que les oeufs ne soient pas nous.

Et malheureusement, aux yeux des très riches assis sur les fortunes accumulées sur les dos des millions de personnes appauvries (des spéculateurs ont fait des affaires d’or en 2008) la vie des pauvres n’a pas de valeur.

Ces pauvres qui remplissent les prisons parce qu’on a bouché leur avenir.

Ces pauvres au chômage, sans emploi… Ces personnes racisées. Ces immigrants sans protection.

S’ils disparaissaient? Ça ferait l’affaire de qui? Pensons-y.

Les fortunés ont déjà des grappes de professionnels surpayés à leur service, de politiciens à leurs pieds. Eux et leurs familles survivront très bien à l’épidémie.

D’ailleurs, ils font plus que survivre: les fortunes financent des protestations « spontanées » aux mesures de confinement, en sachant très bien que ces gestes – suivis par des ignorants vivant en vase clos et nourris d’informations toxiques – produiront encore plus de morts par contagion. C’est une purge, une « épuration » économique (pour ne pas dire ethnique) que ces fortunes ont en vue.

L’arrogance au sommet de la pyramide

AAu sommet de la pyramide...
Au sommet de la pyramide

Tous ceux qui considèrent que ça va bien comme cela ne changeons rien sont les gens assis au sommet de la pyramide.

Je pense à ces immenses fortunes qui dorment dans les paradis fiscaux… pendant que les pays et les populations en se saignent pour survivre. Pendant que les gouvernements et les citoyens se serrent la ceinture.

Très peu de cet argent accumulé ou carrément volé ruisselle hors des grappes de services de luxe agglutiné autour des fortunés. (Lesquels appellent encore à « moins de gouvernement » histoire de mieux plumer le reste de la population.)

Ce sont les fortunes qui ont intérêt à nous enfermer dans des cages de perception, une vision de l’univers qui perpétue l’image fausse d’une concurrence fair, un monde où tous partent avec les mêmes chances, et que seul le talent départage les fortunés des autres. Un monde où tout s’achète y compris la santé

Ben non.

Et eux-elles le savent très bien, même si aucune-e ne se perçoit comme nuisible. Ben non, vous êtes tellement gentils d’accorder des salaires de misère à des travailleurs qui dépendent de vous pour nourrir leurs familles…

Et cette pyramide, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ses flancs deviennent de plus en plus raides, à pic. Le beau modèle théorique du ruissellement, où la fortune des riches se répartirait comme une fontaine où l’eau quitte les hauts plateaux pour aboutir au plus grand bassin en bas, n’existe pas.

On voudrait bien que le capitalisme engendre une transition graduelle, une pyramide aplatie avec ce que les gens appellent encore la « classe moyenne ». Or, cette classe moyenne s’érode. Et non, ce ne sont pas les vilains communissses, mais les grandes entreprises avec leurs congés fiscaux qui en affaiblissant les services essentiels, ont produit cette situation où des gouvernements peinent à aider leur population.

Sortir de la pyramide?

J’ai toujours vécu avec peu.

Je vis dans une maison avec un jardin. Mais auparavant, j’ai vécu des années dans une chambre, puis dans un appartement sans balcon, puis un appartement avec un balcon dans un quartier avec des usines qui fonctionnaient 7 jours par semaine. Le matin, une fine poussière rouge se déposait sur nos balcons.

Et je courais les ventes de garage pour presque tous mes besoins.

Les ventes de garage!

Et je les cours encore, gardant mes sous pour des investissement ou dépenses durables! Le fait que des gens possèdent plus d’objets, de beaux terrains que moi ne me dérange pas.

C’est la misère qu’ils causent qui m’agace, quand les riches s’arrangent en toute légalité pour empêcher les moins nantis d’améliorer leurs conditions de vie. Exemple pratique: les déserts alimentaires, ou quand des fruits coûtent plus cher que des chips, ou bien la méga épicerie est tellement éloignée que ça oblige à conduire en voiture pour s’y rendre.

Pour bien vivre, chaque personne et famille a besoin d’une base matérielle: nourriture, à cultiver, vêtements à produire, et toute notre belle technologie qui je l’espère, devient recyclable.

Et ce vilain communisme qui fait si peur n’est pas pratiqué au sein de toute famille? La mise en commun des ressources pour élever les enfants, pour offrir une bonnes conditions de vie au plus grand nombre de personnes n’a rien à voir avec des gouvernements autoritaires qui écrasent leur opposition.

Oui, on a un tsar en Russie, et un Baron Harkonnen aux USA. Et, pourquoi pas, un Empereur en Chine. Tous aussi autoritaires, aussi abusifs les uns que les autres, malgré leurs systèmes politiques différents.

C’est pour ça qu’il faut sortir de la pyramide. (Et c’est aussi difficile que dans cette scène du film Astérix et Cléopâtre!)

L’argent est comme de l’eau, ça doit circuler.

Il faut voir la richesse comme un barrage qui retient les eaux (et dont l’énergie produite ne favorise qu’eux. La qualité de vie est menacée par cette concentration. Quand l’eau stagne, elle devient imbuvable. Dans un monde plus convivial, les échanges se font et l’eau circule!

Je pense à ces fortunes qui dorment dans les paradis fiscaux… pendant que les pays et les populations en arrachent.

Recettes pour sortir en douceur la pyramide

Pendant et après la COVID-19, il va falloir se débrouiller et s’entraider entre provinces, ou entre pays souverains, pour contrer la bêtise tonitruante qui avance fièrement vers le gouffre en fermant les yeux.

Il y aura des changements d’attitude et d’habitudes à négocier. Et de vocabulaire.

Pour changer de modèle de société, il faut changer le vocabulaire économique habituel.

Démonstration: combien vendez-vous votre sourire à votre enfant?

Quoi, vous le donnez?

L’économie n’est que la trace matérielle de nos vies

Moins manger de viande serait un bon début pour éliminer l’économie mortifère. J’ai pris la décision de devenir végétarienne en 1974, après que des fermiers à bout de ressources aient tiré 300 vaches. Je vois encore le fossé avec tous ces corps. Là, ce sont des millions de porcs et de poulets qui sont éliminés parce que les abattoirs ont fermé (trop de Covid-19 parmi le personnel).

Changer notre consommation en général serait un autre pas. Surtout le plastique, qui pourrait être produit à base de plantes sur une grande échelle. Et biodégradable…

Un monde plus écologique sera-t-il plus égalitaire? La pyramide sera-t-elle plus agréable à grimper?

Tant qu’on vénère la richesse comme premier critère de réussite sociale, non.

Mais en créant des histoires et des sociétés et des mots nouveaux, on arrivera à un monde plus convivial!

Mon bonheur de lire

TL;DR: L’économie n’est que la trace matérielle de nos vies. Elle n’est pas la vie.

La Covid qui fait le vide (jeux de mot facile, réalité pénible)

Michèle se lavant les mains en gardant un œil méfiant sur le microbe de la COVID-19

Le rouleau compresseur de la vie nous passe dessus, collectivement. Au moment où j’écris, le nombre de cas dans le monde a dépassé le million. 

Je salue mes fans fantastiques et quarantinés! 

Conférence en pleine frousse

Le 12 mars dernier, j’ai donné une conférence en pleine frousse (j’aurais préféré dire « en pleine brousse »)! 

Ma conférence à la bibliothèque de Yorkville a été affectée par la pandémie. La salle comptait autant de chaises vides que dans la pièce de Ionesco (Les chaises).

En cette veille de quarantaine, les personnes qui se sont déplacées pour m’entendre parler de science fiction avaient pris leurs précautions. Pas de poignée de main ou de becs chaleureux! Heureusement, la conférence a été enregistrée grâce aux bons offices de CHOQ FM et de Guillaume Lorin, que je remercie. J’ai partagé ma vision de la SF dans deux entrevues, une en français pour CHOQ-FM, et une en anglais, à paraître dans un prochain numéro du magazine Luna Station Quaterly.

En sortant de la bibliothèque de Yorkville, les rues étaient vides de passants, anormal pour un jeudi soir. 

La Covid qui fait le vide dans les familles

Non contente de faire le vide dans les rues, la Covid-19 a séparé bien des familles. Je ne verrai pas ma mère pour son 93ème anniversaire en avril. Sa résidence est en quarantaine.

Je rappelle aux esprits vides, ceux qui balaient les « vieux » du revers de leur main productive, que ce sont autant de bibliothèques humaines qui brûlent, quand on les perd. Surtour dans des conditions où les proches ne peuvent se réunir pour un dernier adieu.

Au moment où j’écris ces lignes, le nombre de cas a dépassé le million de personnes affectées dans le monde.  

Des lourdes pertes 

Il n’y a pas que la COVID19 qui fait le vide.

J’ai perdu mon éditeur, Michel Lavoie, toujours accueillant dans les salons. Voici un portrait-souvenir avec un éditeur heureux, photo prise par mon mari lors de la remise des prix Trillium 2013 où un de mes livres de Vents d’Ouest était finaliste. Michel avait été enchanté de cette expérience, car le CAO traite les finalistes avec autant d’honneurs que les lauréats.

Ça fait un petit crouche au fond du cœur, car je planchais sur une autre histoire après Le gant, mais je n’arrivais pas à l’avancer. La dernière fois que j’ai vu Michel était en 2018. (Portrait-souvenir avec éditeur heureux.) Deux semaines plus tard: la maison d’édition Vents d’Ouest qu’il dirigeait ferme ses portes. Trois autres de mes romans jeunesse se retrouvent donc orphelins. Désormais, je n’ai que mes livres d’Échofictions et mon roman chez David qui sont encore actifs sur le marché.  

Ce n’est pas la seule maison qui s’éteint faute de succession. Les éditions Vermillon, malgré leurs succès, sont en difficulté. Le décès d’un des fondateurs, Jacques flamand, et l’âge de Monique Bertoli ont affecté la maison, et il n’y a pas eu de relève qui s’est manifestée.

Un autre cas similaire, l’excellente maison des éditions Phoenix, dont le fondateur a passé le flambeau (la maison a été rachetée par une autre). Je croisais souvent Viateur et Liliane dans les salons du livre. Ça pose tout le problème de la relève dans le monde de l’édition. Et de la difficulté d’être un éditeur littéraire, sans être « soutenu » (backé) par une grande fortune.

Et des anthologies auxquelles j’avais vendu des nouvelles ont retardé indéfiniment leurs publication, ou y ont renoncé. L’épidémie frappe le milieu littéraire, forçant des éditeurs à retarder la sortie de livres.

La pandémie, facteur de régression? 

Le Covid a aussi fait le vide des acquis sociaux. L’indifférence des politiciens face à l’épidémie qui frappait la province de Hubei en Chine en décembre, et culminait en janvier, s’est vite évaporée quand des pays occidentaux y ont goûté. Tant que cela frappait des gens lointains d’une autre culture, basta

Les États-Unis ont nié autant qu’ils ont pu, comme d’habitude, jusqu’à ce que la mort frappe à New-York. Des États en profitent pour passer le rouleau compresseur sur les acquis des femmes confinées; les anti-vaccins vont enfin pouvoir vérifier par l’expérience si leur position morale repose sur des bases réelles.  

En Inde, les plus pauvres familles, confinées dans des appartement surpeuplés et dépourvues de réfrigérateurs, risquent  de mourir de faim avant de mourir par manque de soins. Eux vont être plus mal pris que nous, qui avons accès à des maisons et des espaces plus grands, des soins médicaux, des cours arrière, des parcs (pour le moment, en Ontario). Et les plus pauvres, les itinérant-es, les Premières Nations isolées loin des hopitaux vont en arracher aussi. 

Il y a des tonnes d’éditoriaux et de chroniques sur les effets négatifs de la pandémie et sur ce qu’un tel événement fait ressortir chez nous. Je ne veux pas les répéter sur cette page d’écrivaine, mais il y a des changements. 

La pandémie, facteur de progression 

Pour ne pas rester collés sur la courbe, je recommande le journal indépendant The Guardian pour des reportages empreints de lucidité et d’espoir. On a besoin des deux! 

En faisant nos sorties régulières, j’ai observé un rapprochement entre les gens, qui, tout en gardant les distances, se saluent. Tous les voisins de ma rue se parlent plus que jamais. Du moins, après deux semaines. Je donne des conseils pour émonder un pommier, car j’en prépare un pour l’automne. 

La consommation, elle diminue pour se réduire à l’essentiel. Et beaucoup de gens et d’entreprise découverent les vertus (et les petits désagréments) du télétravail. La pollution dans l’air baisse, grâce à la quarantaine. Par la suite, quels changements resteront? Je pense que beaucoup prendont goût au télétravail.  

De la lecture pour s’évader de l’ennui 

Pour aider à patienter, j’ai mis mes livres chez Echofictions à 99 sous sur Amazon et Smashwords. C’est peu, mais en ce moment, c’est le mieux que je puisse faire. Donner des histoires pour aider les quarantinés à s’évader!  

Pour aider à patienter, j’ai mis mes livres chez Echofictions à 99 sous sur Amazon et Smashwords. C’est peu mais en l’absence d’un travail essentiel, c’est le mieux que je puisse faire. Donner des histoires pour aider les quarantinés à s’évader!

Conseils et consignes!

Suivez les consignes (même si vous n’êtes pas suiveux!) car une pandémie requiert un effort constant, et concerté. 

1- se savonner les mains 20 secondes au moins, donc en réalité avec mouiller et rincer, je prends au moins 30 secondes. 

2-Tousser dans son coude

3- se tenir à 2 m des personnes croisées sur le trottoirs. 

aux quels j’ajoute : 

4- Sortir dehors une fois par jour

5- Ne pas capoter en regardant les cartes de propagation du Covid-19 (sauf si vous êtes géographe et que la projection de Mercator vous tombe sur les nerfs.) 

J’en profite pour saluer mes fans fantastiques et quarantinés!