Le travail, c’est la santé…

Michèle détruisant allègrement les vielles planches du patio avec une pioche
Michèle la destructrice!

Comme écrivaine, je ne fais pas souvent du travail très physique.

Démolir un patio en bois vermoulu (devenu dangereux avec le temps) a réveillé la bûcheronne en moi. Scie, pioche, marteau, pied-de-biche, clous qui revolent, planches décollées révélant des dessous poussiéreux envahis par un réseau de racines de grimpants, des petits déchets (tiens, le crayon tombé entre les planches voici sept ans!) et des os de petites bêtes (avec touffes de poils) qui y résidaient.

J’ai fait très attention de ne pas bousculer, pour s’assurer que les lapins avaient fui les lieux ! J’ai fait presque tout le travail, avec un peu d’aide du mari et du fiston vers la fin. Tout comme j’ai pris soins de travailler avec des gros gants pour minimiser le risque de rencontre d’un clou rouillé!

La pioche utile

Le résultat: Sous le patio se trouvait un vieux coffret pleine de pièces d’or, un dallage de pierres plates un peu croche mais qui a son charme. On verra plus tard ce qu’on fera avec.

Oh! des dalles!

Mais, ouille, demain je vais être « rackée »… Heureusement que je m’entraîne à la course!

Vacances et Providence (2 semaines de bonheur dans un motel)

C’est un défi de partir en vacance en respectant la planète, mais on a fait de notre mieux. Pas d’expédition au bout du monde avec trajet en avion, co-voiturage, et un transport en commun au retour.

C’est aussi un défi de trouver des établissements qui ont renoncé au plastique, mais cette fois oui, on en a trouvé. Nous nous sommes installés à Providence Bay, pour deux semaines dans un… motel magnifique!

Magnifiques vitraux.

Un motel vraiment spécial et chaleureux

Dans nos têtes, quand on pense « motel », on pense un lieu bruyant, un building âgé, des chambre beiges et mornes, un peu comme comme cette description pigée dans un roman de Lee Child (Never Go Back) qui m’avait frappée lors de la lecture.

« …the night clerk gave him a room, which had all the features Reacher expected, because he had seen such rooms a thousand times before. There was a raucous through-the-wall heater which would be too noisy to sleep with, which would save the owner money on electricity. There were low-watt bulbs in all the fixtures, likewise. (..) No doubt the shower would be weak and strangled, and the towels thin, and the soap small, and the shampoo cheap… »

Eh bien, rien à voir avec le Huron Sands. On a plutôt découvert un petit coin de paradis.

Huron Sands est très au-delà d’un « motel » anonyme aux chambres sans grâce et mornes. Ses dix chambres sont élégantes, avec un plafond incliné en bois avec traverses, un plancher en bois flottant, des murs bleu-vert et des vitraux sur le triangle de vitre au-dessus des portes (photo). Les propriétaires avaient racheté un motel bâti vers 1958 et tout rénové.

Les vitraux des chambres 2 et 3 sont vraiment magnifiques. Notre chambre, la 1, n’en avait pas mais un appliqué-collé tamisait la lumière au-dessus des rideaux en un doux bleu.

Certaines chambres avaient des cuisinettes; pas la nôtre, mais elle comptait un four micro-ondes, une cafetière, un petit frigidaire et une bouilloire pour le thé, ce qui nous a permis de nous faire un peu de repas. Un gros plus: ils acceptent les animaux de compagnie !

Souvent en motel, les décorations sont inexistantes. Même en hotel chic, les cadres sont des reproductions cheap. Pas ici. Les cadres et oeuvres d’art faits par des artistes locaux sont même disponibles pour la vente! Au restaurant, on pouvait acheter des pots de délicieuse gelée de « hawberry » faite maison. Les dames qui géraient et le motel et le petit restaurant (dont mon mari a essayé TOUS les plats lors de notre passage), et le fils de l’une d’elles, ont été au-delà de nos attentes.

Oui, un bel endroit !

Je recommande chaudement le restaurant car il y a des aussi mets végétariens et végans. Tania cuisine de merveilleux bourrekas et des crêpes russes « blinis » qui font notre bonheur le matin. Il y a aussi de la soupe aux lentilles et du « borscht » qui valent le détour, et des plats plus copieux et des déjeuners. Ouvert de 9 h à 9h avec une pause entre 2 et 4 heures. Leon et Colleen sont super gentils, en deux semaines on a appris à apprécier leur constant labeur! Colleen nous a apporté un vieux drap pour ranger nos bicyclettes en sécurité (Photo)

La gentille maîtresse des postes, Éleanor, avait son petit bureau collé entre le restaurant et notre chambre no 1, donc on a pu acheter des timbres et envoyer des lettres et paquets, ce dont je ne me suis pas privée.

La borne de recharge au mur du bureau de poste pour recharger une batterie de voiture électrique! C’est lent, ça prend 5 heures, mais c’est utile. PLUS (continué): l’eau du robinet goûte très bon! Salle de bain très propre.

Une petite place tricotée serrée

À Providence Bay, il n’y a pas de dépanneur, alors le petit café Muchmor et le restaurant du motel comblent ce manque. Le Mutchmor est très impressionnant avec une superbe murale qui fait la joie des réseau sociaux. L’établissement offre de tout, y compris des chambres, des cours, de l’artisanat local. Et le café intégré offre des patisseries, des collations, sandwiches et café bien sûr!

Des jeunes de Sudbury, à 1 heure et demie, y travaillent l’été.

Un voisin tient même un mini BBQ tous les jours, ce qui dépanne quand les deux restaurants (autres que le Huron Sands, ouvert 7 jours) sont fermés le lundi.

Dans une île au nord, la nourriture est forcément un peu plus chère qu’au sud à cause des réseaux de distribution. Les prix y sont en conséquence: 8 piasses pour un bon hotdog, 10-12 pour un burger bien garni. Gilles a apprécié le restaurant de poisson.

Et la plage…

Coucher de soleil sur la plage de Providence Bay, sur un lac Huron calme.

Distance de marche de la plage: 250 mètres, deux rues. Si vous prenez la rue McNevin, il y a une mini-bibliothèque d’échange de livres devant la petite église. J’y ai laissé un des miens…

Un pavillon d’interprétation, un mini-magasin et des terrasses avec des tables joignent la promenade, un bonheur pour les promeneurs et ornithologues amateurs. Il y a des toilettes publiques et une plaque pour se rincer les pieds ensablés, une très bonne idée. Les toilettes ont un espace pour se changer aussi. Il y a aussi, joie, des appareils d’exercice accessibles et des structures de jeu pour les enfants.

Un long tapis permet de passer du parking à la plage sans se fatiguer à marcher dans le sable pour ceux-celles qui sont chargés de chaises, serviettes, parasols, tente de plage, etc. Plus loin on peut louer des canots-kayak.

La plage et la baie offrent du sable fin, avec un peu de grains de magnétite (le guide dit qu’on peut s’amuser avec une aimant pour en ramasser).

Tôt le matin, les eaux plus calmes m’accueillent pour une trempette tranquille. Je signale la clarté exceptionnelle de l’eau du lac Huron, d’une belle couleur vert émeraude. Je n’ai pas vu de poissons car la baie près de la plage est peu profonde, et du sable fin.

Manitoulin, c’est aussi un rêve de géologue.

Le milieu des alvars, spécial. C’est un milieu semi aride sur une couche de roche calcaire (surtout de la dolomie) sur le bord du lac Huron. Le sol y est pauvre, et les plantes habituées aux changements de niveau d’eau. L’eau du robinet a d’ailleurs un très bon goût. On en a rapporté dans nos bouteilles pour faire durer nos vacances!

Une espèce de pin rouge et les cèdres y trônent, habités par des pinsons bruants et des mésanges.

Une belle table de billard, ou presque, en calcaire, à Misery Bay
Même Alvar, une belle table de billard avec quelques roches déplacées par les glaces du printemps… Les arbres au fond sont tous des conifères pins et mélèzes, et des cèdres très mature.
L’alvar au bout de providence bay, avec des plantes de rivages qui endurent les conditions extrêmes.

Il ne manque pas de vie animale, comme cette couleuvre, capturée lors d’une promenade en vélo.

Une couleuvre se glisse parmi la rocaille de l'alvar
Une couleuvre se glisse parmi la rocaille lors d’une promenade en bicyclette.
Bonheur géologique. J’ai pris une tonne de photos de roches. Ici Gilles a remarqué une roche rouillée dont les deux morceaux se recoupent (à gauche et droit de ses pieds.) Il y a pas mal de petits fossiles en cherchant bien.
Je n’ai pas d’explication pour ces cavités creusées dans la dolomie. Érosion par des grains qui tourbillonnent sous un couvert de glace?
Identifiez cette plante quasi extraterrestre! Je n’en ai jamais vue une telle.

Des morceaux de souvenir

Les paysages de l’Île Manitoulin sont multiples. On y aperçoit des champs de foin, et malheureusement, quelques granges abandonnées qui tombent tout doucement…

Les belles choses qui passent comme les fleurs du jour. La solitude du camionneur-livreur. Les pieds dans le sable chaud de la plage de Providence Bay. Le lac qui brille de couleurs dignes de dessins d’enfant, turquoise et bleu outremer, selon la profondeur. Une promenade en hauteur à Gore bay.

Les chutes Bridal Veil Falls, ci-dessous, qui décrivent un bel arc de cercle parmi les roches sédimentaires. Hauteur, environ 30 pieds, près du la Kagawong.

chutes Bridal Veil
Vue prise de l’escalier de métal qu’il faut descendre pur se rendre au plancher…

La courbe de ces chutes cachent que l’eau y est froide, et qu’il vaut mieux avoir des souliers de plage car ouille! Beaucoup de petits blocs aussi anguleux que fracturés sous nos pieds. Une foule de visiteurs s’y retrouvaient en après-midi (on n’avait pas bien choisi notre heure) et la technologie incluait aussi des drones…

L’eau d’une chute de trente pieds tape *très* fort sur la petite tête, donc attention.

On a suivi un sentier qui s’éloignait des chutes et traversait la forêt d’un côté de la petite rivière Kagawong, qui se déverse dans le lac du même nom. On a essayé de parcourir le sentier de l’autre côté du ruisseau: mauvaise idée, un des petits ponts était fermé. Il a fallu se mouiller les souliers et traverser en un lieu pas trop profond.

Des oeuvres d’art sont omniprésentes. Dans les chambres de notre motel, dans le café Muchmor de Providence Bay, dans les parcs.

Celle-ci m’a près des chutes particulièrement plu. Oui, l’art qui paraît si inutile aux politiciens et aux affairistes, embellit nos vies. Ce globe d’acier inox ou d’aluminium représente les choses fragiles, feuilles et noix et fleurs…

Gilles qui en bon promeneur écologique retire une papillote de bonbon de l’intérieur. Encore près des Bridal Veil Falls, au bout du sentier d’excursion.

Je termine par ce petit banc qui regarde vers le Nord, devant le lac Kagawong. Un poème y figure, écrit par le fils des parents ainsi honorés.

Take back my hand, sweet time of youth
Touch my heart and teach it truth
For here lies all of life's sweet song
To sing when all but love is gone
Take back my hand, sweet time of youth
Touch my heart and teach it truth
For here lies all of life’s sweet song
To sing when all but love is gone


–Earl Clinton McDermid

Deux publications américaines pour ma fête!

Mon cadeau de fête… sur la couverture du Asimov’s

Ce beau moment où tu vois ton nom sur la page couverture du Asimov’s

Je nage encore dans cet émerveillement de la première fois. C’est mon 3e texte publié dans Asimov’s, et le premier dans Analog tous deux dans leur numéro de Juillet-Août. Comme ma fête est à la mi-juillet… j’apprécie de merveilleux cadeau!  Les deux sont des revues que je visais depuis des années, et qui recevaient des milliers de textes par an!

Ce nom au bas de la couverture du Asimov’s marque une étape excitante dans ma carrière d’écrivaine de SF, qui suit un loooong parcours de soumissions, d’écriture, de réécriture, de découragement, de nuits blanches… Mon papa serait très fier aujourd’hui, lui qui aimait bien les nouvelles d’Isaac Asimov.

Les histoires courtes sont donc :

  • Rare Earth Pineapple dans Analog
  • Screaming Fire dans Asimov’s.

En vente maintenant, courez vous le procurer dans les kiosques à journaux et les boutiques de presse qui offrent un grand choix de magazines. (En pharmacie, y’ a pas de revues de SF…)

Ne pas se reposer sur ses lauriers!

C’est une étape, mais pas une fin. Je continue dans des beaux projets sans attendre après quelqu’un d’autre. Il en va ainsi, mon tout dernier livre, désormais en ligne, Maîtresse des vents. Le projet a subi quelques refus, car mon style graphique et mon genre d’histoire cadrait mal avec leur direction éditoriale. Je pourrais cogner aux portes un autre quatre ans, mais cela me fait perdre trop de temps. Quand j’ai entrepris l’an dernier mon défi de publier un livre par mois pour ma compagnie Échofictions, je me suis dit que ça vaudrait la peine de enfin, mettre au monde une nouvelle BD.

Mock up 3D du livre Maîtresse des vents

Le livre imprimé est en route, avec une belle allure. Il compte 92 pages, soit la BD commencée en 2011* plus des pages supplémentaires et des croquis. Ce fut un plaisir à dessiner!

* Oui, ça a pris presque ‘Autant de temps que Pianissimo!

On n’arrête jamais d’apprendre

Comme je disais plus haut, j’ai déployé beaucoup d’efforts pour me rendre à cette partie du chemin. Et j’ai bénéficié de l’aide et de l’appui moral d’auteurices plus avancés que moi. J’ai la chance de croiser des écrivain-es en Salon, et quand je vais suivre des ateliers. Même les très bons écrivains que je connais, ceux-celles qu’on croit « arrivés » et qui vivent de leur passion, sont tout le temps en train de se lancer des défis, de chercher à s’améliorer.

Souvenir de l’écriture de mon premier roman

Et la meilleure façon d’apprendre, pour moi, c’est de lire, lire beaucoup, et de goûter à plein d’auteurs différents pour découvrir leurs voix. Ce qui parfois, aboutit à des peines, comme cette fois-là avec A. C. Crispin, et de beaux moments, comme quand j’ai découvert Martha Wells (dès la première nouvelle, j’ai été accrochée) et Carl Hiaasen (pas de la SF, mais c’est tellement dans mes cordes écologiques!) Je sais que, hélas, je ne pourrai jamais lire tous les livres des auteurices dans mon genre littéraire favori, mais j’attaque avec appétit ma pile à lire !

Un Iris versicolor dans un jardin de Montréal

J’en profite pour souhaiter une bonne St-Jean à tout le monde!

Ça fait si longtemps… (que j’ai publié une BD!)

La BD a été mon premier amour avant que je décide de raconter avec des mots des histoires trop longues à dessiner. Mais c’est un besoin de l’âme qui revient me frapper comme un boomerang alors que les années roulent sans s’arrêter.

Je peux annoncer fièrement la naissance de mon nouvel album de BD :  Maîtresse des vents, une BD de 92 pages chez Échofictions, qui explore mon univers de science fiction. La couverture a été mise en couleurs par mon talentueux collègue Frank Fournier. Je suis reconnaissante à mon confrère et coloriste Frank Fournier, qui a aussi conçu la police de caractères utilisée dans ces pages. (L’image ci-dessus est un mock-up car j’attends mes exemplaires papier.)

J’émerge d’un fouillis d’activités et d’événements (dont le FBDM à Montréal où j’ai rencontré des collègues épatant-e-s,) et la complexité de monter un album de BD complet dans Vellum.

Maîtresse des vents provient de mon amour pour les cerfs-volants, un sport que je pratique moins souvent maintenant, et de ma série de science fiction commencée avec La quête de Chaaas, qui suit un adolescent impulsif dans une civilisation de super-jardiniers.

Couverture des Vents de Tammerlan,
(Médiaspaul, 2008) la série la Quête de Chaaas

Dans le deuxième roman, Les vents de Tammerlan qui se déroule sur une planète-océan, on fait connaissance avec une Adalou adulte, une guide de cerf-volant qui possède une grande maîtrise de son art, et enseignait à des élèves. J’ai voulu explorer sa jeunesse dans cette bande dessinée, laquelle me permettait aussi d’explorer le monde que je mettrais en vedette dans le cinquième livre de la série, qui se déroule sur la planète natale d’Adalou.

Ça faisait longtemps, très longtemps que j’ai publié un album de BD. Le plaisir de dessiner a été tel que j’ai ajouté des croquis et des pages fraîches pour enrichir l’histoire.

Pour vous mettre en appétit, voici une page finie.

La page, terminée et mise en tons de gris!

Pour vous procurer l’album, en version électronique ou papier, allez voir la liste des plateformes.

Détails pratiques:

Dimensions: 5.25 x 8 po (un petit format!)

Couverture couleur, pages intérieures en tons de gris

Prix: 14.95 cdn.

92 pages

Ages: tous âges

Pour se le procurer: https://books2read.com/vents

Dessiner…

Ces temps-ci j’ai pris du temps libre pour dessiner plus que pour écrire! Et pour lire, beaucoup lire. Je peine à trouver le temps de partager mes émerveillement devant des autrices et auteurs que j’ai négligés. Oh qu’on se sent coupable!

Alors je dessine pour libérer une histoire que j’ai commencée voici plusieurs années. Et qui, si tout va bien, va être imprimée dans la première semaine de juin. Maîtresse des vents s’inscrit dans l’univers des super-jardiniers, et pourrait être considérée comme un spin off de la série la quête de Chaaas. L’histoire explore l’adolescence d’Adalou kha Narri, qu’on rencontre adulte dans Les vents de Tammerlan, le deuxième livre de la série.

Une illustration intérieure, mise en couleurs par mon confrère Frank Fournier!

Venez me voir dessiner, et feuilletez mes albums présentés en marge du FBDM, le festival de BD de Montréal, du 27 au 29 mai prochain!

À la boutique BE SPICES, 4160 Rue Saint-Denis, MTL

  • vendredi 16h-19h 
  • Samedi 11h-12h et  14h-16h 
  • Dimanche 15h-17h 

Je ne suis pas dans la programmation officielle cette année, mais je suis une fan finie de plusieurs artistes présent-es! Et je pourrai montrer mes petits derniers publiés chez Échofictions. En attendant, cette esquisse, avec des répliques dont la police de caractères est aussi l’oeuvre de Frank Fournier.

Esquisse avec les polices de caractères. Les bulles des phylactères ne sont pas complétées.

Pour en savoir plus: la quête de Chaaas.

Entre deux Salons…

Entre deux Salons, je cours et je m’enfarge les doigts dans les courriels !
(Pexel / Crédits: Olga Shestakova)

Entre deux Salons du livre, celui de Toronto en personne qui fut un beau cadeau, car j’y rencontrais mes auteur-es favorites, et des collègues que je n’avais pas vu depuis si longtemps! Nancy Vickers, Marguerite Andersen, Claudette Gravel, Janine Messadié, Paul Savoie, Gabriel Osson, Aristote Kavungu, Melchior m’Bonimpa…

Beaucoup de livres à lire, car ce sont nous les écrivains qui achetons le plus dans les Salons! Et on a eu de la belle visite de Robin Doucet, du directeur du Salon du livre de Rimouski, qui tient un Salon bien dynamique.

Robin Doucet, à droite, du directeur du Salon du livre de Rimouski.

Et le prochain Salon du livre de Sudbury, une géographie si spéciale, un endroit qui m’a tellement manqué depuis la dernière fois! J’aime beaucoup le Nord de l’Ontario et ses forêts de fiers conifères. La route vers Sudbury le gouffre de la Rivière aux Français. C’est pour moi un rite de passage que de m’y arrêter et de visiter le petit pont piétonnier.

Tout cela pour dire que la technologie me rattrape, et que toutes ces photos du Salon de Toronto n’ont pas encore été téléchargées et nommées! Et là, je les cherche, elles sont quelques part sur mon disque dur…. Bon, je viens d’en retrouver!

Il y a d’autres photos, mais je demande la permission des personnes concernées et je ne les ai pas obtenues encore.

Ma table au tout début du Salon. Avec une belle offre de livres variés!

Le Salon de Toronto a repris en personne dans les locaux de l’Université francaise de Toronto. Il va de soi que l’Ukraine injustement attaquée fut à l’honneur. Plusieurs d’entre nous portions du bleu et jaune pour souligner notre appui. Le salon très coloré avait d’Aileurs choisi comme présidente d’honneur une écrivaine d’origine ukrainienne, Anastasia Baczynskyj, présidente de UNF Toronto Rare Book Collection, qui a raconté comment elle a sauvé des livres anciens d’un sous-sol pour leur redonner une seconde vie. 

En se déplaçant, le Salon comptait moins d’exposants, mais ma compagnie Échofictions y était, offrant pas moins de 40 titres, mes romans publiés sauf ceux chez David, mes livres courts chez Échofictions, mes BD… Aussi, un plus petit salon

Ce fut un plaisir de rencontrer des lecteurs en personne. La programmation n’imposait pas de choix entre deux conférences, et cela permettait aux visiteurs de se promener entre les exposants. L’université francophone de l’Ontario est très, très bien équipée et moderne.

Un merci tout particulier aux personnes qui se sont déplacées au Salon du livre de Toronto qui se tenait les 19 et 20 mars dernier. Ça faisait deux ans que je n’avais pu saluer mes lecteurs et lectrices, et placoter un peu avec les adultes et les jeunes.  J’ai pu donner un court atelier sur la crème glacée littéraire.

Andréa Haddad a joué d’un bizarre instrument pour les danses appelées des bourrées (des « danses carrés » de Bourgogne) elle invite les jeunes à connaître davantage les instruments traditionnels, de l’accordéon aux cuillères en passant par l’épinette des Vosges et la vielle à roue de France.
Njacko Backo s’est fait initier à la musique par les anciens de son village du Cameroun. Il invite les jeunes à découvrir la batterie (toum et kak), le kalimba (piano à pouce) et une harpe africaine appelée zaa koua.

Makhena Rankin-Guérin, danseuse de cerceau, passionnée par sa culture à la fois crie, algonquine et mohawk et par la danse ancestrale, présente la danse du cerceau. (Ma photo n’est pas terrible).

Samedi soir, le spectacle de Natacha Kanapé Fontaine nous a fait entendre une voix et une musique bien dépaysante, d’union avec la nature. Je pense que la rencontre de l’art et des lettres, à cette petite échelle, a fait du bien au moral!

Un autre beau moment, c’est un petit mot de gratitude envers Marguerite Andersen, qui à 97 ans est notre doyenne des écrivains franco-ontariens. Je me souviens d’une présentation sur l’écriture d’une nouvelle, qui était pour moi une montagne escarpée infranchissable, et que ses explications ont transformée en douce colline! J’ai écrit beaucoup plus par la suite.

Michèle faisant une lecture publique avec ses lunettes steampunk
Dimanche, lancement de la semaine de la francophonie. Michèle qui a l’air d’avaler le micro en lisant un extrait de Monarque des glaces, mais il fallait que je me tienne proche pour que le son porte! Photo prise par le bon mari Gilles Gagnon
Dimanche, hommage à Marguerite Andersen. Janine Messadié, lauréate du prix Alain-Thomas, lisant un extrait pour Marguerite Andersen (à gauche), notre talentueuse doyenne de la littérature franco-ontarienne à 97 ans. Dimanche le 20 mars. Photo de Gilles.

Dimanche: Marguerite Andersen et la toujours colorées et distinguée Claudette Gravel, que j’ai découverte comme animatrice radio avant de savoir qu’elle écrivait aussi! Photo prise par Nancy Vickers, que je remercie!
Chacune son tour: Nancy Vickers qui nous offre un témoignage bouleversant. J’en suis encore retournée. Photo prise par Claudette Gravel.
La Savante folle près d’une peinture spéciale que les auteurs ont signée, pour un pays dont on connaît la position géographique… et le courage! Il faut croire que mes couleurs étaient de circonstance!

Des petits achats

Un auteur, ça ne fait que que signer, ça achète aussi!

Nancy Vickers, Capharnaum, parce que le titre me rappelle mes vente de garage… C’est aussi une amie et on garde le contact.

Gabriel Osson, Le jour se lèvera, récit historique en Haiti, un événement auquel il a assisté, enfant.

Michel Jean, Kukom, la vie d’une jeune femme en communaté innue

Janine Messadié,  Lettre à Tahar Ben Jelloun

Véronique Sylvain, Premier Quart, poèmes

Il y a eu d’autres photos mais je n’ai pas toutes les permissions, et ça prend du temps pour les y mettre. Pardonnez-moi chers ami-e-s de la plume! C’est l’éternel dilemme, lire ou écrire.

En attendant, voici l’annonce de ma prochaine présentation, lors du Salon du livre du Grand Sudbury!

Quand ça déboule…

Il pleut des contrats
Je reprends ce dessin dans la mauvaise saison, mais il rend bien le sentiment.

Je ne sais pas ce qui arrive, mais voilà que la fin février et le début mars ont déclenché un feu roulant de bonnes nouvelles pour mes créations (mais pas, hélas, pour les Ukrainiens, et aussi le peuple russe qu’on garde dans nos pensées).

Donc voici ces belles choses.

Tout frais de chez Rapido-Livres à Montréal!
  • Le secret de Paloma est finaliste au Prix Alain Thomas du Salon du livre de Toronto. Le salon se tient en présentiel les 19 et 20 mars 2022. (Le prix est l’ancien Prix Christine Dumetriu Van-Saanen, mais on a perdu Alain, ce dévoué travailleur, en 2020.)
image 3D de mon livre, Safe Harbor.

Avertissement à mes fans, ce N’est PAS de la SF !
Mais une ‘éco-fiction’ avec à la base un problème écologique et humain, située dans un village côtier. Et qui raconte une belle amitié entre deux femmes qui ont chacune perdu un être cher. Dédicacé à ma mère, Thérèse Laframboise née Lorrain, qui a grandi au bord du fleuve et aime beaucoup les ports de pêche.

  • Et, tout frais de la veille, une deuxième nouvelle de SF acceptée chez Analog ! Le contrat est en route…

Le seul crime de l’Ukraine…

C’est d’être prospère. Et fière.

Mais non, personne ne veut envahir les 17 millions de km de la Russie, surtout pas l’Ukraine! Prétexte, encore, pour le nouveau « Tsar » qui veut mettre la main sur cette prospérité.

Comme on voit tout cela de très loin, j’ai fait l’exercice d’imaginer notre maison, avec tous ses avantages, après des bombardements. Sans être matérialiste, la destruction des logements déracine de force des gens. Je pense aux gens de Kiyv (Kiev) et des autres villes que le Tsar veut mettre à sa botte.

Ces dessins datent de 2008, réalisés lors d’un autre bombardement. Mais ce que subit l’Ukraine semble faire revenir les cauchemars de la 2e guerre mondiale.

Après bombardements. Comme la Covid, on va être pogné avec ces dictateurs (car le Tsar n’est pas seul) pour des années, et seuls les marchands de canons y trouveront leur profits.

Il faut réfléchir à d’autres façon d’être prospères, et comment partager cette prospérité, non du haut vers le bas, mais au niveau des pâquerettes. Ca nous prend un bon réseau racinaire.

C’était la Savante folle qui ne peut rester indifférente.

Un demi, siouplait!

Michèle courant sur des trottoirs flissants
Les trottoirs glissants…

Ça faisait trois ans que je n’avais pas couru 21.1 kilomètres… eh bien, ce fut chose virtuelle faite ce lundi, jour férié en Ontario (congé de la famille). Merci!

Et c’était pour le Hypothermic Half , en course virtuelle. Je m’y étais inscrite en retard, mais j’avais jusqu’à la fin du mois de février pour le courir. Hélas, le mauvais temps m’a fait repousser de deux jours. J’avais prévu courir dans mon quartier samedi, mais une grosse tempête de neige peu déblayée, puis les sautes d’humeur de la météo qui passe du très froid au fondant (et la ville qui n’avait pas déblayé ma rue) m’ont convaincue de repousser cette échéance.

De ma fenêtre, je regardais avec inquiétude ma rue couverte de « corduroys » de glace et de sloche, pire encore pour mes souliers de course. Parce que courir avec les pieds mouillés, ça passe en été, mais pas en base de 0 degrés!

Enfin, lundi à 10h30 AM par moins 2 C, jugeant que le soleil aurait dégagé ma route, j’en file mon beau ensemble de course vert et me lance. Après avoir prévenu mes hommes qui sont retournés jouer à l’ordi. J’ai aussi lancé que ça me prendre au moins deux heures quarante-cinq.

Les deux premiers kilomètres ont été une adaptation, et de fréquents changements de cap car oh, horreur, le dégagement des trottoirs variait selon les voisins, de parfaite sec à patinoire irrégulière, à patinoire invisible (zzzoup!) et à grosse flaque d’eau (glace exposée au soleil juste à côté de la patinoire invisible).

Les accidents arrivent toujours aux gens pressés! Michèle Laframboise glissant sur un trottoir mouillé
Un danger réel en toute saison!

Au cours de l’heure suivante, je choisis une grande artère où les trottoirs bénéficiaient de la munificence municipale pour le dégagement. Hélas, les deux bandes de neige glacées et noircies sur chaque côté, elles, ont bien apprécié le soleil, et transformé ma piste de course en peau de zèbre, les filets d’eau et plages sèches s’alternant. Ce qui me force à sauter souvent, ou à contourner, où bien à –ô horreur– courir DANS LA RUE à contre sens.

Tiens, justement, alors que je cours sur une surface parfaite, profitant de l’absence de complète de circulation, voilà-t-y pas un autobus qui apparaît sur l’horizon, suivant l’horaire de jour férié. Il est encore à 1 km, mais il roule, promettant un face-à-parebrise douloureux!

Les petits objets qui semblent tomber de mes mains sont des masques jetés par des passants…

En été, un petit bond de côté suffirait à me mettre en sécurité sur le trottoir. Hélas, un long saucisson de neige dégueu de trois pieds de hauteur empêche cette habile manœuvre. Je me mets donc à courir plus vite, vite! Je ne sauterai dans la masse amorphe de neige noire et mouillée qu’en cas de dernier recours!

Enfin, j’atteins le coin libre d’encombrement bien avant l’autobus, qui avait quand même avancé de 500 m. Je me promets ensuite de rester dans les petites rues résidentielles pleines de glace en cours de fonte, de sloche et de mares.

Au 10e kilomètre, mes genoux, qui étaient habitués à mes courses de 5 km, se sont aperçus qu’on (on=le cerveau fumant de Michèle) leur en demandait un peu trop et on protesté avec diplomatie. C’est à dire, avec un peu de tiraillement du muscle au-dessus de la rotule.

Puis, au 12e kilomètre, un besoin naturel me force à re passer par la maison, où je m’aperçois que ce n’était pas clair pour le mari qui se préparait a faire des crêpes pour le dîner. Oupse! Il m’en reste encore neuf à tirer! Bref, je perds au moins 5 minutes car, comme dans les vraies courses, on n’arrête pas le temps.

Enfin. Au moment de repasser le seuil, oh, re-horreur, je vois que ma fidèle Garmin, elle, a décidé que 5 minutes c’était trop, ou bien j’ai dû peser sur un piton que j’aurais pas dû). Bref, à 12.39 km. Tant pis, je repars immédiatement une nouvelle course enregistrée.

Mes jambes me suivent sans trop de problème jusqu’au kilomètres 15 (en fait, le 3e kilomètre du deuxième segment) où je décide de profiter du grrrrrrrand stationnement du centre d’achats vide à cause du jour férié. Seul le dépanneur 24 h est ouvert.

Douleur dans le gros stationnement vide!

Et là, les jambes suivent, mais les cuisses se joignent aux genoux pour ralentir. Je tente quand même de forcer l’allure, mon petit cœur m’envoie une couple de discrets poutoums. Et comme tous les contes et la sagesse populaire disent qu’il faut toujours écouter son cœur, ben je ralentis, et alterne un peu de marche -course.

Là je me sens assez bien pour retenter la grande artère si bien déneigée. Mais, oh, voila un autobus qui se profile à l’horizon… vite, demi-tour dans les petites rues! La vigilance s’impose, car même sur les petites rues, des véhicules surgissent! Heureusement que je n’écoute pas ma musique trop forte…

Dans toutes mes longues courses, ce sont les deux derniers kilomètres qui sont les plus durs. Sur les 42 km d’un marathon, j’avais souffert. Eh bien les 2 derniers kilomètres du demi-marathon, ce fut moins souffrant, mais j’avais vraiment hâte de finir!

Mon temps, pour les curieux: calculé avec mes deux parcours pour un total de 21.40 km en 2h41, et ramené par règle des trois à 2h39 pour 21.1 km. Assez bas dans ma tranche d’âges, surtout en tenant compte du terrain peu amical. Mais c’est ça le Hypothermic Half!

Et qu’est-ce que je reçois par la poste au lendemain de la dite course?

Ma médaille et mon numéro de dossard!

185

La médaille du Hypothermic Half. Et ce petit Yéti se déplace!
La médaille du Hypothermic Half. Et ce petit Yéti se déplace!

TL;DR: 2h39min pour 21.1 km, sur un terrain peu amical. La vigilance s’imposait!

Mes paliers de concentration

(Bon, là il manque les bonbonnes d’air pis mon ordi, mais c’est à peu près l’idée)

Ceux et celles qui font de la plongée sous-marine (où qui ont, comme moi, regardé les documentaires du capitaine Cousteau quand ils étaient jeunes) savent qu’avant de remonter en surface, il faut faire des arrêts obligatoires pour permettre aux molécules d’azote de quitter les tissus dans lesquels elles s’étaient réfugiées en haute pression, pour retourner dans l’air expiré.

Sinon, l’azote peut décider de revirer en gaz pendant qu’il loge encore dans nos veines et nos cellules, et ‘c’est pas beau tout de suite’. Les accidents de décompression sont aussi dangereux que leur inverse, l’ivresse des profondeurs (la narcose de l’azote) qui se développe sournoisement quand on reste trop longtemps à 100 pieds de profondeur.

Plonger en eau profonde

Pour moi, écrire, c’est comme plonger en eau profonde.

Sauf que mes paliers de décompression sont en sens inverse ! Ça me prend du temps pour atteindre le niveau de concentration pour pénétrer dans une histoire. Des paliers de ‘compression’ ou de concentration….

Mon premier palier prend environ 45 minutes à une heure. je repasse sur ce que j.ai écrit la veille pour me remettre en tête l’histoire et son atmosphère, je vérifie des notions, des lieux, etc… Si j’écris 100 mots, c’est normal.

Au deuxième palier, qui me prend une heure, j’entre dans l’histoire, et je fais du 300-400 mots à l’heure.

Au troisième palier, tout devient magique: mes doigts épousent le clavier et les idées se transmutent en mots sans que j’ai à m’arrêter. J’ai l’impression que l’histoire s’écrit toute seule, et j’approche de 600-800 mots à l’heure.

Si je ne suis pas interrompue, j’atteins mon quatrième palier de concentration: l’histoire déboule comme une avalanche dans ma tête, les doigts et les mots roulent comme des billes. C’est le paradis. Je défonce les 1000 mots à l’heure. Souvent, c’est le soir que j’atteins ce palier, quand j’ai une tombée qui se rapproche.

MAIS… je descends rarement à ce 4e palier.

Ah, si mes paliers étaient aussi simples ! (Photo de Francesco Ungaro sur Pexels.com )

Les interruptions!

Par contre, pour remonter en surface, pas besoin de paliers.

Dès que mon mari enthousiaste vient me parler d’un truc qu’il a vu sur internet ou entendu à la radio, pouf! remontée immédiate. Si l’interruption dure moins d’une ou deux minutes, et que je n’ai pas à répondre à des questions, je peux replonger et traverser mes paliers de ‘concentration’ assez rapidement.

Hélas, c’est rarement le cas.

Surtout qu’une autre condition favorise mon retour rapide en profondeur: l’assurance que je ne serai PAS à nouveau dérangée dans les prochaines minutes !

Donc, il s’est passé 5 ou 10 minutes qui ont mangé ma concentration. Et, quand l’interruption achève, je dois replonger et refaire mes paliers. Et, souvent, à peine replongée, évidemment, c’est déjà l’heure du souper…

Confession

J’ai écrit cet article à partir d’un autre mésaventure littéraire: je taponnais joyeusement sur une super-histoire de science fiction qui se déroule en Antarctique, pom-pom-pom… quand d’un coup, un détail scientifique erroné me saute aux yeux. Ciel! Ai-je bien calculé la position du soleil sous l’horizon lors de la nuit polaire australe?

Remonte en surface, ouvre Internet, vérifie l’info, se laisse dériver sur les sites de Wikipédia, puis le site de la station Scott-Amundsen, s’amuse à regarder la web cam (il fait froid ici mais pas autant que là-bas) bref… Je perds du temps et intérieurement ça m’agace.

Et puis, voilà que je me torture: devrais-je changer ce paragraphe explicatif pour le placer plus près du début? Mais j’écris tricoté tellement serré que déplacer un paragraphe ou un mot exige de réécrire plusieurs autres. Et aussi, je reste en surface à jongler avec ces paragraphes!

Finalement, je suis allée prendre une marche pour me dégager les idées, en me disant qu’ici, c’est plus chaud qu’au pôle sud…

A la poursuite des planètes

Une aventure de Michèle l’astronome enthousiaste !

Par un beau matin de presque solstice d’hiver, de sa fenêtre qui donne vers l’est, MICHÈLE aperçoit, Ô joie, une étoile brillante, solitaire.

MICHÈLE : Gilles, Gilles! Je pense que c’est Vénus, là…

GILLES : (rien)

Pas de gnegnegne…

MICHÈLE se retourne et aperçoit le lit vide.

En effet, le mari se lève plus tôt qu’elle pour jouer à des MMORPG à son ordi, et que son tour de jouer avec des individus aux quatre coins* de la planète arrive invariablement à 6h15 AM.

Mais que cela ne tienne, la passion enflamme MICHÈLE qui descend les escaliers. Vite, vite, elle descend au premier pour y prendre le télescope, son logo La maisons de l’Astronomie bien visible sur son flanc immaculé. Elle le remonte par les escaliers et l’installe devant la grande fenêtre.

Il s’agit techniquement d’une lunette astronomique Maksutov LMDA 70 AZ2 et non d’un télescope, car pas de miroir au fond qui réfléchit la lumière. Le LDMA fonctionne par une lentille qui concentre les rayons vers l’objectif. Mais Michèle appelle tout ça des télescopes, donc.  

Découvre que la petite lunette de visée qui s’appelle un chercheur (un nom exact, car Michèle cherche beaucoup avec, sans rien trouver) est dysfonctionnelle et ne pointe pas sur le point lumineux. Car deux petites vis spéciales pour solidifier sa position manquent, perdues depuis des années. Il n’en reste qu’une bien démunie, snif !

MICHÈLE  Zigonne, zigonne avec la roulette d’ajustement fin du télescope.

Puis, la patience n’étant pas dans son azur (mille excuses à Hubert Reeves pur ce jeu de mots) surtout que le ciel commence à pâlir, elle recours à la solution nucléaire.

Empoigne le télescope et le déplace approximativement, un œil collé sur l’oculaire. Zoum! Un éclair blanc traverse le champ de vision. Notre astronome amateure s’apercoit qu’elle n’a pas ajusté la focale.

MICHÈLE zigonne à nouveau avec les roulettes, puis déchante : son étoile n’est plus visible! Parce que, à l’est, notre grosse étoile, d’une magnitude de — 22, a effacé du ciel toutes les autres.**

MICHÈLE : Grooogne!

Mais elle laisse le télescope et rebouche le tube se disant qu’elle se reprendrait le lendemain.

Michèle qui tape, tape, tape ses histoires qu'elle croit originales...
PETIT SAUT TEMPOREL :
Une longue journée d’écriture et de plein d’autres activités plus tard

Arrive le soir. MICHÈLE sort pour finir ses pas (car elle s’est fixé un objectif de pas par jour) et regarde, dans le ciel étoilé à l’ouest, juste au-dessus de la maison basse des voisins, non pas un, mais DEUX beaux points lumineux.

MICHÈLE : Chouette, ça doit être Jupiter!

Court vers la maison. Apercoit, dans la fenêtre éclairée de leur chambre (qui ouvre vers l’est, rappel) la silhouette du télescope.

MICHÈLE : Bof, je vais prendre mes Célestron 15×70.

Les jumelles sont rangées au premier étage près de la porte. Toutefois, Michèle se souvient que les jumelles 15×70 sont lourdes et les tenir à bout de bras est fatiguant. Alors, notre astronome enthousiaste monte les marche pour aller chercher le trépied des Célestron, dans la chambre.

Il est maintenant neuf heures. Elle passe plusieurs maisons pour voir le point très lumineux qui ne l’attend pas bien sûr, et descend toujours vers l’horizon. MICHÈLE déploie les pattes du trépied sur le trottoir devant un gazon illuminé de petits rennes, de cannes à sucre géantes et de cadeaux, toute en rouges et blancs.

Elle ajuste les Célestron qui commencent à montrer leur âge vénérable car en y collant les yeux, elle en voit deux planètes pour le prix d’une.

MICHÈLE : Grogne! Finalement, le point très lumineux qui descend vers l’horizon (en fait, le toit de la maison voisine) n’est PAS Jupiter. Elle monte la hauteur des jumelles pour voir l’autre planète sans se contorsionner, et découvre deux Jupiters avec six satellites (rappel, dédoublage de l’image).

Ce faisant elle aperçoit par la fenêtre de sa chambre la silhouette du télescope qui lui fait de l’œil.

Calcule si elle a le temps d’aller le chercher, de le descendre par les escaliers, de le sortir avec ses grandes pattes par la porte d’en avant… avant que l’étoile mystérieuse disparaisse.

MICHÈLE pense à son bon papa qui l’a initié aux joies télescopiques.

Et se lance dans un élan d’héroisme, empoignant les pattes du trépied du Célestron. Par chance, aucun voisin n’est dehors par 3 degrés C pour la voir s’énerver avec la porte d’en avant.

Couche les Célestron sur le divan, court au deuxième, attrape le Maison de l’Astronomie à focale de 700mm. S’arrête pour considérer un problème: le support du télescope a trois pattes rigides en pleine extension, traçant donc dans l’air une encombrante pyramide. Surtout que le plateau triangulaire tient ces pattes bien écartées!

Mais MICHÈLE n’a pas envie de les raccourcir une par une, puis de les rallonger une fois en position. Ben trop long. Donc, elle prend son courage et son télescope à deux mains et s’aventure dans les escaliers, accrochant toutes les petits barreaux de métal cheap sous la rampe. Puis la bibliothèque en face de l’escalier, installée dans le lieu le plus passant de la maison (don’t ask me why. Don’t.)

Manœuvre délicate : négocier la porte d’en avant en tournant et détournant les trois grandes pattes du télescope, sans laisser sortir notre chatte trois couleurs qui ne demande que de s’échapper de cette maison de fous. Ça passe, enfin!

Puis MICHÈLE, riant comme une savante folle fière de son coup, galope vers le point d’observation idéal près des rennes et des cannes à sucre géantes devant un voisin (non elles ne sont pas dans le dessin!). Établit les pa-pattes, tap-tap-tap sur le trottoir miraculeusement libre de toute neige ou glace (vu que la veille il faisait 16 degrés Celsius et que tout a fondu.)

Elle lâche un gros mot quand un petit couvercle s’échappe et roule dans le gazon festonné de petites bêtes lumineuses. Se penche, et finit par le trouver. Revient. Regarde par la lunette de visée qui ne s’est toujours pas améliorée.

Note la lumière de la demi-lune. Pointe dessus au jugé. Ajuste à nouveau la focale. Enfin, note la position de la cible, à 5h par rapport au centre du réticule.

Zoom, soulève les pattes pour les placer vers la mystérieuse étoile brillante. Et enfin, joie! Découvre un croissant… Or, il n’y a qu’un croissant dans le ciel à part la lune (qui était à son premier quartier), et c’est donc Vénus!

Petit moment d’émotion en regardant le sourire nimbé d’arc-en-ciel à cause de la limite de résolution. Snif.

MICHÈLE tourne le télescope vers la seconde planète, Jupiter, dont les bandes sont visibles, deux satellites à gauche un à droite. Elle pourrait les nommer à cause des distances relatives (Io la plus proche, Europe, Ganymède, Callisto la plus éloignée). Puis les bandes se brouillent à cause de l’émotion, ses yeux se mouillent à la pensée de cette activité qui l’unit à son bon papa.

*Fin*

Histoire de me pardonner d’avoir raté les quandrantides d’avant-hier, voici un petit tableau des satellites galiléens (découverts en janvier 1610 par Galilée avec une lunette minable par rapport à mes jumelles Célestron). Les distances sont grossièrement arrondies, si vous cherchez les chiffres au micron près, allez voir Wikipedia!

SatelliteOrbiteCommentaires
Io422 000 kmLe plus difficile à voir, presque collé sur Jupiter, à une distance similaire à celle entre la Lune et la Terre (384 000 km).
Europe670 000 kmSe voit bien, mais  passe souvent devant et derrière Jupiter. 
Ganymède1 million  kmLe plus gros satellite, 5000 km de diamètre, très facile à voir. J’ai d’ailleurs écrit une histoire qui s’y déroulait
Callisto1,8 million kmAussi facile à voir avec des jumelles
  • * Quatre coins de la planète: c’est à cause de cette expression que tant de gens pensent que la Terre est plate… Si on avait dit les huit coins de la planète, au moins elle serait cubique!
  • ** Oui, la magnitude du Soleil est bien de — 22 (moins vingt-deux)

Conte de Solstice

(photo: Adobe Stock / Martin)

Le paria

ou : les joies du décompte d’hiver avec Lady Byrd

L’air sous zéro chatouillait l’intérieur de mon nez alors que je respirais à travers le foulard de laine d’acrylique enroulé autour de mon cou. À travers mes oreillettes, je percevais le bruit de nombreuses bottes tapant la neige tassée et les murmures de manteaux de nylon se frottant les uns aux autres alors que les membres de notre groupe d’amateurs d’oiseaux se resserrait.

Ce réflexe ancestral ma rappela les images de buffles se tenant en un cercle protecteur autour de leurs petits.

La pire chose qui pouvait arriver était de ne pas avoir assez de couches de vêtements; l’observation exigeait de rester immobile pour une longue période. La jeune guide du Birding Adventure Excursions donnait l’exemple, enveloppée dans un anorak Canada Goose bleu pâle, ses jumelles pendant comme un papillon de métal sur son ample poitrine.

Étant une observatrice d’expérience, j’étais habituée aux conditions difficiles. De la jungle brésilienne étouffante aux plateaux de Patagonie, en passant par des centres-villes enfumés, des rivages marins, des marais de Floride, j’avais épié des oiseaux de toutes tailles et couleurs.

 Mais, depuis la perte de mon cher Paul, je partais rarement seule en excursion. Surtout en hiver. Trop de risques de glisser sur une plaque de glace et de me casser les os, ou de perdre conscience et mourir de froid.

Le décompte de Noël de la société Audubon coïncidait cette année-là avec le solstice d’hiver, et le symbolisme du retour de la lumière m’apportait une grande consolation.

Certes, je n’étais pas seule ni abandonnée : mon neveu m’avait invitée pour le réveillon de Noël et la plus aventureuse de mes nièces planifiait me visiter au jour de l’An. Mais je sentais la noirceur gagner sur le monde, et j’avais grand besoin de lumière. Pas question pour moi de paresser au lit pendant le jour le plus court de l’année.  

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Le lieu choisi pour le décompte, une bosse rocheuse dominant un champ en pente douce, nous offrait une vue sans encombre sur des kilomètres. Dans mon dos, une forêt mixte d’arbres feuillus et de conifères; devant moi, le grand rectangle immaculé d’un pâturage fréquenté en été par les vaches.

La navette qui avait déposé notre groupe près du sentier était repartie vers un endroit plus accueillant pour le chauffeur, un casse-croûte à quelques kilomètres de là. Nos lunchs avaient été déposés sur les tables à pique-nique à la lisière de la forêt.

La guide avait eu fort à faire pour dénicher un site d’observation à la fois éloigné de la grande ville pour nous épargner le grondement des autoroutes, mais assez proche pour ne pas poser de problème en cas d’urgence. Cet endroit était en retrait de la banlieue, sans être perdu dans la nature sauvage.

Le sentier menant au site n’était pas trop long, pour ne pas décourager les plus âgés parmi nous. Toutefois, un couple traînait à l’arrière, avec deux jeunes enfants qui négociaient la montée à leur rythme.

Le grand sac à dos de la guide contenait une trousse de premiers soins et des bouteilles d’eau. Elle avait aussi le nécessaire pour une excursion, une chaise pliante et des couvertures, au cas où. En ce moment, elle dépliait un tripode, et y vissait une puissante lunette de visée 15×50 qui ressemblait à une baleine miniature nageant vers la surface.

J’approuvais cette précaution, car bien des débutants arrivaient sur le site avec des équipements défectueux ou de mauvaise qualité, leurs lentilles usées et brouillées.

Je fermai les yeux, me rappelant tant d’heureuses sorties. Avec mes parents, avec Paul. Les solstices d’été et d’hiver avaient été, dans l’Ancien Monde, des occasions de réjouissance. Puis l’Église avait inscrit ses propres cérémonies par-dessus les rites païens, et les solstices s’étaient effacés de nos consciences. 

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