30 ans de 6 décembre servis froid

Suivre leurs traces sur le chemin de neige

Je me souviens de ma journée du 6 décembre à Poly…

Je profite de l’occasion pour saluer toutes les bonnes personnes, ami-e-s et profs de l’École polytechnique de Montréal qui m’ont accompagnée dans les années qui ont suivi. Eux et elles m’ont redonné, par leur gentillesse, confiance en l’humanité.

Ma grande amie Pascale et moi avions passé la journée à l’école le 6 décembre 1989; elle était repartie en après-midi. J’avais réussi mon test de Physique 1, et remis un devoir de dessin technique, donc j’ai quitté très tard, vers 17h15, vidée, crevée. J’étais aussi motivée par l’idée de voir ma grand-maman Laframboise qui restait en bas de Poly à l’époque.

J’ai donc appris la triste nouvelle en arrivant à mon petit appartement, quand Pascale m’a appelée. Un tireur s’est pointé à l’École polytechnique pour y descendre des femmes qu’il qualifiait de « féministes » responsables de tous ses malheurs.

C’était ma première session a Poly, qui au failli être ma dernière. Je ne connaissais pas les 14 jeunes femmes tuées, ni l’imbécile qui s’est donné la permission de se venger, et dont le nom allait être proclamé partout avec terreur ou une admiration larvée. Je me souviens qu’il faisant un temps de chien, pluie et neige mélangée, quand j’ai poussé la porte.

J’ai été incapable de dessiner pour le Polyscope pendant des mois.

Ces tirs se produisaient déjà avec une atroce régularité aux Usa. Mais une tuerie à l’arme semi-automatique n’était pas encore arrivée au Canada. Et encore moins un acte de violence ciblant des femmes aux études, qui était clairement un acte misogyne, une répression.

Ces accusations, dès qu’elles ont été murmurées par des groupes de femmes, ont vite été noyées sous le mot d’ordre des médias : un « fou », un « acte isolé », une anomalie, un blip sur le radar, quoi, retour à la normale bientôt.

Après un grand élan de sympathie envers les femmes, 24 h plus tard, les médias ont transféré leur énergie sur le contrôle des armes.

Le mot terrorisme n’avait pas effleuré une âme, douze ans avant les attentats du 11 septembre 2001… 

Aujourd’hui elles auraient inventé un tas de choses utiles pour l’humanité et auraient vécu auprès de leurs enfants, et petits-enfants…

Les Ponce-Pilate aux barricades

Un acte isolé?

Pas quand d’autres meurtres de femmes ont suivi dans l’année suivante. Pas quand les femmes amérindiennes disparaissaient dans l’indifférence générales. Pas quand d’autres groupes sociaux ont été ciblés à leur tour par la haine vociférante.

Pas quand j’ai vu, en deux jours, la réprobation et le blâme se revirer contre les victimes, ou plutôt contre les femmes visées par l’imbécile (vous noterez qu’à aucun moment je ne prononce le mot « homme » dans un contexte négatif. Pour moi, homme, c’est rien que du bon.)  

Quelques jours après les marches aux chandelles, a commencé un concert de voix de mâles frustrés qui, jusque à ce jour, ignoraient tout de la situation des femmes victimes de violences, mais qui soudain se sentaient pointés du doigt.

Les Ponce-Pilate (« les problèmes de femmes? Je m’en lave les mains! ») se sont levés et ont régné pendant des années sur les médias au Québec.

Une tourterelle triste posée sur une branche, derrière la maison
Une tourterelle triste, solitaire sur une branche gelée. C’est comme ça que je me suis sentie pendant des années.

En criant à la censure, bien sûr! Et en « mexpliquant » ce qui selon eux était ou n’était pas un « vrai » problème de femmes.

Ils règnent toujours d’ailleurs, mais leur trône qui repose sur des préjugés partagés se fissure peu à peu. Devant toute cette foule de pôvres gars qui faisaient tellement pitié à tous les micros, je peux vous garantir que très peu de femmes osaient se dire ouvertement féministes dans les années 1990.

Ma pire souffrance a été d’entendre tous ces commentateurs et quelques commentatrices blâmer les groupes féministes de « récupérer » le massacre, et ce, pendant des années. Ça sonne étrangement comme le « she was asking for it » des abuseurs.

« Récupérer », je l’entendais sur tous les médias dès qu’une femme élevait la voix contre le silence médiatique. Un peu comme si on avait prié le petit Jésus pour qu’une telle tuerie se produise! La seule chose que j’ai « récupéré », sont des cheveux blancs. (J’utilise des teintures depuis 1990.)

« On peut-tu passer à autre chose? » disait un confrère étudiant. Ben oui mon gars, moi aussi, je serais passée à autre chose, si la situation des femmes s’était radicalement améliorée.

L’humanité évolue par avancées… et par reculs. Les avancées demandent toujours plus d’efforts, de sacrifices que les glissades en arrière. J’ai écrit un poème, qu’on retrouve ici. Il a été publié dans Le Devoir, à l’époque.

Deux ras-le-bol conjugués

À la manif!

Le ressac aura duré plus de 25 ans. Puis est arrivée l’affaire Gomeshi au Canada, un cas d’agression bizarre qui a déclenché un premier ras-le-bol général chez les femmes, surtout après son acquittement. (Pour la petite histoire, ce triste individu avait envoyé, à moi et plusieurs femmes du milieu artistique, un message passif-agressif, peu avant de faire face à la justice.)

Un autre ras-le bol se dessine, celui des familles des gens massacrés, endeuillés et blessés par des tireurs honnêtes-citoyens-mais-frustrés. La Nouvelle Zélande n’a pas niaisé avec la puck en interdisant les armes d’assaut après une tuerie. Même le NRA commence à sentir la poudre qui monte au nez, et il est de plus en plus question de traiter la prolifération des armes comme un problème de santé publique.

Pour revenir à la moitié de l’humanité, il faut attendre une autre affaire de producteur qui prend ses aises pour que le mot clic #MoiAussi fasse sortir de l’ombre des tas de comportements qu’on trouvait normaux, et qui, Ô joie, ne le sont plus. Toucher ou embrasser sans consentement n’est pas plus acceptable que se décrotter le nez en public (et jeter le résidu dans l’assiette voisine).

Donc avec #MeToo le travail se poursuit, en dépit de l’opposition féroce menée par des vieux acteurs et une certaine actrice qui était tellement habituée à se faire tripoter qu’elle trouvait la exagérée la révolte des jeunes femmes. Oppression intégrée au plus profond de son être, ou réflexe de se ranger du côté du plus fort pour survivre?

Briser les barreaux des cages mentales

Depuis ma jeunesse, ma grrrrande révolte féministe a été dirigée contre des petits détails, comme les chaussures de femmes, ces talons hauts inconfortables, alors que du côté des chaussures d’hommes, tout était élégance, confort, distinction.

J’ai passé ma jeunesse en Adidas. Et en vêtements confortables.

Avant d’étudier à Polytechnique, j’avais goûté au milieu de travail, aux propos sexistes, et à toutes les attentes ridicules sur mon habillement, mes chaussures, mon absence maquillage, etc. Je gardais la certitude que l’égalité entre les sexes était un fait accompli, et que seulement quelques mononcles n’avaient pas encore eu le mémo.

J’ai aussi goûté au plafond de cristal, qui dans mon cas, a été une table lumineuse de cristal (illustration que les autrices et dessinatrices de BD comprendront.)

Évidemment, après la tuerie, les autres formes d’oppression contre les femmes dans le monde me sont apparues, un peu comme on aperçoit le fond du lac quand les vagues se calment. Et les préjugés : contre les femmes, les races non-blanches, les « queers » (l’acronyme LBGT n’existait pas encore)…

Et j’ai réfléchi au processus qui mène un individu à s’accorder la permission de se venger.

Voici cinq ans, j’ai fait part de mes réflexions à une journaliste qui m’interviewait pour dans le cadre des 25 ans de la tuerie. Malheureusement, mon entrevue sur les causes profondes n’a pas été conservée pour l’article. On recherchait de l’impact, de l’émotion. Il faut dire que je n’étais pas à mon meilleur, car à un kilomètre de là, mon excellent papa était en train de mourir à l’hôpital.

Puisqu’il faut le redire…

Le combat des femmes ne se fait pas contre des hommes (pères, frères, amis) mais plus tôt contre les constructions sociales qui perpétuent la misère et la division, et contre des habitudes mentales qui nous détruisent (nous étant : tout le monde!) avec des attentes irréalistes, lesquelles empirent nos frustrations quand nos désirs ne se réalisent pas. Et la concentration des médias n’aide pas… Un exemple ici.

Le bocal fermé

Comment notre vision se forme…

Je travaille beaucoup sur la gestion de la frustration, et comment il est facile de laisser le parebrise mental se couvrir de préjugés sur n’importe quel sujet. J’ai déjà échangé avec des anciens amis très, très fâchés, qui sont devenus « addicts » à la colère qui leur procure une jouissance. Or cette colère, cette haine, se dirige vers les taches de boue jetées sur le parebrise mental.

La vie nous égratigne. C’était un fait. Il faut prendre le temps de se guérir, de se reconstruire, au lieu de gratter la plaie qui s’infecte. Au lieu d’attiser le feu de préjugés avec de nouvelles frustrations. Internet est devenu un repaire de petits bocaux fermés qui ne voient plus les outsiders, seulement les taches informes sur la paroi vitrée.

On ne peut plus laisser des imbéciles qui s’engluent dans leur bocal de bouette impacter nos vies. Même s’ils sont au pouvoir, à la présidence d’un puissant pays ou dans les fils de commentaires haineux!

Un bon lavage de préjugés à l’eau fraîche s’impose!

Un féministe de longue date

Mon papa tout fier de sa fille ingénieure avec son anneau!

J’en profite pour vous parler d’UN féministe, qui a beaucoup fait pour moi.

Voici 5 ans, je perdais mon excellent papa Jacques E. Laframboise, qui m’a toujours encouragée à faire des études. Et qui n’avait aucun problème d’Ego quand Maman, diététiste, rapportait un meilleur salaire que lui, ingénieur. Lui nous a toujours soutenues, mes soeurs et moi, dans nos projets bien différents, sans jugement.

C’est Papa qui m’a communiqué l’amour de la science fiction, des sciences, et de la nature. C’est avec lui que j’ai observé des oiseaux au jumelles. Une marche inoubliable en forêt a été intégrée à mon dernier roman, L’Écologie d’Odi, publié chez Ada (que je lançais au salon du livre de Montréal). Ce roman lui est d’ailleurs dédicacé.

Et après…

30 ans après, on dirait que le travail est à refaire à chaque génération. Mais il y a du progrès, du moment qu’on prend le temps de se parler et d’écouter. Et de nommer les choses comme le syndrome post-traumatique qui peut durer des années. (Je surveille constamment les foules, et ne prends jamais pour acquis en partant du point A que j’arrive au point B. )

Et d’admirer enfin la sortie de 7 heures de deux femmes astronautes pour effectuer une réparation sur la station internationale.

Sortie de Polytechnique avec mon diplôme en pleine récession, je suis entre-temps devenue ingénieure des mots, bâtisseuse de ponts entre les gens. Je propage et encourage la biodiversité sociale pour faire face aux défis qui nous guettent.

Noël approche. Je vous souhaite de partager votre lumière pour construire une société où il fait bon vivre.

Un chemin de neige, en hiver...
Un chemin à poursuivre… que vos pas soient légers!

"C'était mieux avant…"

Que j’entends dire, généralement par des vieux monuments blanchis par l’âge, généralement qui bénéficient d’une grande popularité ou d’une réputation de génie. Première page du Devoir, par un écrivain célèbre qualifié de libre-penseur* : c’était mieux avant…

Les mêmes et leurs fans répètent aussi « On ne peut plus rien dire, bordel! » ou « politiquely correct, politiquely correct » en pointant du doigt, les femmes qui osent dénoncer les agressions verbales et physiques dont elles ont été victimes.

Non seulement assiste-t-on à un déni de responsabilité, mais on déplore une certaine époque « où c’était mieux avant »…

Surprise! Je partage l’opinion de ces messieurs.

OUI, c’était mieux avant… pour vous!

Une micro-agression somme toute banale… pour les autres, autour de 2010.
L’apparence et les noms ont été changés parce que les témoins croient encore que c’est moi qui exagère !

C’était mieux avant pour les agresseurs célèbres protégés par leurs murs d’argent, qui pouvaient tout faire ou presque, et qui le font encore ouvertement! En plus de poursuivre leurs victimes pour diffamation!

C’était mieux également pour les petits harceleurs au quotidien, comme:

Des collègues de travail qui trouvaient normal de commenter mon apparence ou ma tenue vestimentaire, ou d’avoir les mains baladeuses.

Un « mon oncle » qui m’embrasse direct sur la bouche à la première présentation, sans mon consentement, alors que les témoins trouvent ça très drôle. (Illustration)

Les gangs d’ados attardés qui te crient des noms dans la rue (mais seulement aux femmes seules)

La dizaine d’ados de 14 ans qui sourient quand l’un d’eux me bouscule d’un coup d’épaule, sur un trottoir en pente, dans le but de me voir rouler à terre. (J’étais plus solide que l’ado le croyait). Je lui ai souhaité bonne chance pour te faire des amis!) Les deux filles de la gang n’ont rien dit.

Un concierge qui rôdait autour de moi quand je travaillais seule au laboratoire les soirs, lors de ma première maîtrise.

Des confrères étudiants qui me regardaient de travers quand je commentais leur attitude sexiste, ou bien criaient haut et fort à l’offense: « tu exagères » « tout le monde le fait » ou un en particulier: « tu voudrais que je sorte avec une grosse avec un bouton sur le nez habillée en costume de motoneige! » (Il avait le mérite de la précision, et de la consistance puisqu’il répétait exactement la même phrase au cours des années).

Pour l’épais qui rentre sa main dans la fenêtre ouverte de l’autobus arrêté pour m’agresser. Il m’a pas touchée car je me suis reculée, mais il avait l’air tellement fier avec sa gang.

OUI, c’était mieux avant…

La bédéiste invisible

Quand Liberté était une marque de yogourt, ou un idéal lointain, et non un cri de ralliement pour les épais qui se liguent pour défendre une vedette contre une femme qui a osé dénoncer le harcèlement subi pendant des années.

Avant les tueries de masse qui visent des femmes, et qui visent aussi des groupes de personnes marginalisées: les races non-caucasienne, des gais, lesbiennes, jeunes activistes… Et qui refusent de se taire.

Avant que l’expression rectitude politique (political correctness) n’envahisse les ondes pour faire taire les femmes et les opposants à la discrimination profondément enracinée.

Avant, quand les femmes artistes étaient invisibles

NON, c’est mieux aujourd’hui

Procéder à un bon lavage de préjugés fait du bien!
lavage de préjugés!

Car on peut dire et nommer plus de choses qu’avant.

On peut nommer les formes d’abus de pouvoir engendrés par la corruption, le sense of entitlement, et les formes d’agressions qui en découlent;

On nomme maintenant le trouble de stress post-traumatique, on connaît les symptômes pour les vétérans qui sursautent au moindre bruit.

On nomme aussi le psychotrauma et la sidération psychologique qui explique que des victimes violentées restent sans réaction pendant une agression (ce qui, évidemment, est perçu comme un consentement.)

On peut appeler un chat un chat et une meurtre un meurtre, au lieu de les dissimuler sous des euphémismes benêts comme « drame familial » ou « crime passionnel ». Pour moi, un drame familial, c’est la famille décimée lors d’un écrasement d’avion à Kingston hier.

On peut expliquer comment naissent des préjugés, et comment ils affectent le cerveau. On se dispute encore sur le terme génocide, mais quand on voit un peuple disparaître un morceau à la fois, on ne peut rester les bras croisés.

On peut dire et parler de beaucoup plus de choses qu’avant, entre hommes et femmes, on peut nommer les habitudes mentales qui érodent le respect. Et en les nommant, on peut les nettoyer à grande eau!

On peut parler des attentes irréalistes, du « sense of entitlement » qui gâchent des relations, amoureuses ou professionnelles.

On peut parler de la course à la consommation et la richesse projetée sur grand écran devant des hordes de jeunes qui rêvent d’avenir.

OUI, ce sera meilleur demain!

Un exemple par l’absurde de harcèlement au bureau. C’est une agression!

Il ne vous viendrait jamais à l’idée d’empoigner et de tirer brusquement la barbe d’un homme que vous croisez en ville, juste parce qu’il porte une belle barbe! (Je n’y peux rien monsieur le juge, son collier de barbe était juste trop tentant…) Encore moins de tirer la barbe d’un collègue de bureau pour faire une farce, comme pour cette illustration.

Eh bien c’est un réflexe de respect à cultiver aussi envers les femmes, et envers les gens qui ne vous ressemblent pas ou ne vénèrent pas le même dieu que vous ou…

L’humanité avance, et ça inclut tout le monde.

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* Curieux, comme seuls des écrivains/artistes blancs d’un certain âge sont qualifiés de libre-penseurs.

** Jamais je n’utilise le terme homme, sinon en bien. En parlant de sexisme, j’utilise les termes « épais » ou « mon-oncle »

La Savante folle au Salon du Livre de Montréal

Mes heures de dédicaces au Salon cette année, pour trois livres de science-fiction

Projet Ithuriel Couverture
Anticipation sociale: une fillette élevée pour être une arme d’espionnage s’évade…
Suivez Marillyn au coeur de la Ruche, là où la sensualité épouse le mystère. Science fiction adulte. couverture par Xin Ran Liu
Suivez Marillyn au coeur de la Ruche, là où la sensualité épouse le mystère. Science fiction adulte
Fils d’un écologiste assassiné, Arran Noor récolte de nuit les plaies du métier de clown-vengeur. ADA éditions (2019)
Fils d’un écologiste assassiné, Arran Noor récolte de nuit les plaies du métier de clown-vengeur. ADA éditions (2019)

Mes kiosques :

101 Distribution Nomade pour les Six Brumes – La ruche

206 Kiosque de REFC pour les éditions David – Le projet Ithuriel

548-556 Kiosque ADA pour l’Écologie d’Odi

Pour les heures exactes, voir ici

Se souvenir

Jean-Paul Laframboise, photo prise en décembre 1917

Photo de mon grand-père, Jean-Paul Laframboise, photo prise peu après la bataille de Passchendaele. (Écrit au dos de la photo avec la date.) Cette bataille dans la boue près d’Ypres a duré des mois et tué des milliers de soldats. Les Canadiens ont finalement réussi à prendre les positions.

Dans ce cas-ci, ce n’est pas « se souvenir », car mon grand-père a peu parlé de ses expériences lors des guerres. Il s’en est sorti, mais a perdu des camarades en route. Je ne l’ai jamais connu jeune, évidemment, mais on peut voir sur la photo qu’il était fait mince mais solide. (Wiry comme les anglos disent)

Il est par la suite devenu arpenteur géomètre, et spécialiste des photos aériennes. Ça, il m’en parlait davantage. Et j’ai hérité de beaucoup de son matériel de cartographe. Mon amour de la géographie vient sans doute de lui…

3000 $ pour 50 kg de viande?

Ça pourrait être le début d’une histoire de SF dystopique, dans lequel la viande se fait rare, mais non…

Vendredi soir: un gentil garçon portant un coton ouaté avec un logo de compagnie frappe à la porte. Il demande si on consomme de la viande (Il est mal tombé pour moi, végétarienne, mais les deux autres ne le sont pas).

Il propose un échantillon gratuit qu’il n’a pas, et propose un rendez-vous le lendemain pour le recevoir le dit échantillon. C’est un service de livraison de produits de ferme organique à domicile. Le démarcheur prend notre no de téléphone et une heure propice pour livrer l’échantillon.

Samedi matin: le service rappelle en matinée. J’entend les bruit de fond d’un centre d’appel bien occupé, comme ceux des frimeurs qui vendent des nettoyages de conduites. Ils s’identifient avec le nom de l’entreprise de fermes et je ne raccroche pas.

La jeune femme du centre d’appel souhaite obtenir l’adresse exacte pour livrer. Je leur donne. Ils me demandent de confirmer l’heure. Les mangeurs de viande ne seront pas là mais j’y serai (j’ai confirmé que j’étais végétarienne.)

MOI: Ah ben pas de problème, dis-je, si vous avez des brochures à passer je peux les prendre.

– Non, il FAUT que les deux mangeurs de viande soient présents pour recevoir l’échantillon et de l’information.
Finalement je dis qu’on y sera vers 10h30.

Là, commencent des questions indiscrètes:
– Est-ce que vous êtes les propriétaires de la maison?

MOI: Pourquoi voulez-vous savoir ça? Je leur demande s’ils comptent vendre mes infos à un tiers parti.

Un agent d’immeuble, par exemple, vu qu’ils prennent des infos sur mon statut de proprio – ou non. (Plus tard, réponse trouvée sur internet, parce qu’il font subtilement une vérification de crédit. Ce qui laisse penser que le prix va être juteux.)
La jeune télémarketeuse répond que non, non, on fait pas ça nous-autres! Leurs représentants sont occupés, ça peut aller à plus tard.

Finalement, je leur dis oui, et qu’entre-temps je vais voir sur leur site pour leurs prix de souscription.

Sur le site, tout est beau, beau, beau (insérez petite musique poétique ici): animaux élevés en plein air, pâturage dehors, pas d’antibiotiques, poules heureuses, etc… Toujours pas de prix affichés pour les souscriptions.
Comme nous soutenions nos marchés fermiers chaque dimanche, et que nous recevions des légumes de la ferme quand on restait au Québec, je me dis que ça peut être intéressant.

N’empêche que je calcule dans ma tête: une ferme « bio » qui se paie des démarcheurs porte-à porte, puis un centre d’appel qui fixe une RDV en s’assurant que toute la famille soit là pour le représentant qui nous donnerait de l’information… tout cela m’annonce un très gros « overhead » et des produits hyper-chers pour compenser tous ces frais de promo. (Plus tard, j’ai vu que la dynamique de faire la démonstration de vente à un couple favorise le vendeur, parce que tu ne veux pas montrer tes désaccords. )

Sur les sites de protection des consommateurs que j’ai visités, le chat (avec le prix réel!) est finalement sorti du sac. L’entreprise (qui a plein de sous traitants pour la livraison, le traitement des factures, etc., donc le consommateur ne sait plus à qui s’adresser pour un problème) fait signer un contrat à froid à des gens qui, un samedi matin, ne sont pas psychologiquement outillés pour dealer avec un sales-pitch. (Pardonnez l’anglais ici)

Et quand les clients reçoivent la première livraison, ils découvrent -O surprise!-un tas de petits frais qui se sont ajoutés… frais de coupe de viande, frais de congélation, de livraison, de « service », et de location de petit congélateur en sus! Et la compagnie attend 10 jours pour livrer, il est trop tard pour résilier le contrat… Les coûts finaux tout inclus avec les taxes: entre 3000 et 5000$ pour 50 à 90 kg de viandes qui théoriquement combleraient les besoins pour 12 mois. Avec un congélateur loué!

3000$ pour 50 kg de viande? Une chance que je suis végétarienne…

Dans un monde où les fermiers sont souvent acculés à la faillite, je soutiens les initiatives de ferme organique, locales, etc. Sauf que cette entreprise entoure son service de frais dans lesquels se glissent les profits.

Alors, non, j’ai annulé cette visite de pitch de vente. Ci-bas, un exemple de pitch de vente.

Un exemple des impôts que les citoyens paient… au privé, sous forme de prix gonflés!
Rassurez-vous, c’est un cas fictif!

Si cette tactique de vente sous pression est employée, elle rencontre hélas du succès. Nous avons vécu voici 20 ans une telle vente au-delà de nos moyens dans un autre domaine et ça me gratte encore. Un minorité de personnes apprécient le système d’une seule livraison de produits congelés pour l’année leur convient.

Comme le disait une personne anonyme dépitée sur le site de consommateurs, ce n’est pas tant les prix gonflés, que les techniques de vente agressives qui les déçoivent.

« This is sad, because a business that operates this way in the end alienates repeat customers (the biggest revenue generator) and even produces bad word of mouth–a business killer.

Et il termine par cette réflexion sur une éthique de vente qui doit se soucier de bâtir une relation à long terme.

An ethical business approach that operates up front and is concerned with its customer’s welfare as much as turning a profit and is not quick sale, will over the long run create an admiral brand, better business sustainability, a devoted and growing customer base, and in the end will I believe generate much bigger profits than a short sighted company. »

Donc, il faut changer les façons de faire pour viser une croissance soutenable. C’est aussi valable pour d’autres domaines!

C’était ma petite réflexion sur les ventes agressives, qui fait partie d’une série sur les joies du capitalisme, même pour une « bonne » cause.

Au fait, quand on livre d’un coup pour un an de produits périssables, il y a un danger. Imaginez si une panne d’électricité survenait… Oupse! Perte totale.

Non, je suis contente de continuer à soutenir mes fermiers locaux, avec un service de repas à la semaine qui garantit la provenance et avec des contenants recyclables. Et avec les marchés fermiers, surtout en campagne…

J’aimais courir aussi en bordure des champs, l’été. Un village où le marché fermier offrait beaucoup aux visiteurs!

Fin de marathon

Une gentille personne a pris ma photo post-marathon. À peine capable de marcher et les ti-yeux fatigués!!

Mes résultats pour le Toronto Waterfront Marathon:
(le Chip Time, car les plus lents partent vingt-cinq minutes après le coup de trompette…): 5 h 09 min 12 sec.

Ce qui est bien mieux que la dernière fois en 2016, qui m’avait pris 5 h 45 !

Mon entrevue sur le site de Radio-Canada Toronto, sur les écrivain-e-s qui courent.

J’attends encore les photos officielles de coureuse que je vais payer super-cher!

Une petite sortie

Je m’entraîne pour un marathon dimanche prochain, ce qui ne m’empêche pas de passer toute ma journée pour regarder une sortie spatiale spéciale! Pour la première fois, deux femmes, Christina Koch et Jessica Meir, allaient compléter une réparation à l’extérieur de l’ISS.

On voit Christina qui s’affaire. Comment je le sais? Les barres rouges sur les jambes!
(Toutes les captures d’écran: gracieusetés de la NASA et de l’ISS)

Ce qui m’a impressionnée sur la station internationale, ce sont ces belles barre cuivrées pour s’attacher et circuler en sécurité (photo ci-bas). Chaque astronaute utilisait deux longs filins, et un ou deux courts. Chaque crochet avait sa couleur. Chaque outil avait son fil, aussi, donc pas de danger d’en perdre un, qui deviendrait un micrométéorite après… En tout moment, on s’arrime!

Notez le filin près des pieds. Les autres captures sont trop floues.

Les communications tissaient les liens pour assister les réparatrices. Beaucoup d’acronymes, et chaque tour de vis était précisé, chaque boulon numéroté.

L’entrée dans le sas, après sept heures… Je ne savais pas combien de réserves elles avaient! Notez le crochet à droite.

Les deux astronautes Christina Koch et Jessica Meir ont procédé à une sortie dans l’espace de 5h30 qui a finalement pris… 7h17 !!

Elles ont fait le remplacement si efficacement que la mission s’est prolongée pour procéder à une inspection visuelle de la station. On apprécie l’entraînement pour un scaphandre (pardonnez l’ancien nom, les nouveaux sont des acronymes) qui pèse 300 livres avec l’inertie qui va avec.

Mais ça a été long pour entrer dans le sas ! Juste les voir dégager toutes les traîneries, les filages, et manipuler la grosse porte (le hatch) pour la replacer (quoi? c’est pas attaché?) et la verrouiller m’a mise sur les nerfs. On est vraiment loin du cinéma…

Gros, gros soupir de soulagement quand les deux astronautes sont rentrées… (on voit les pieds qui dépassent de derrière le couvercle thermique).

D’ailleurs ces sorties ne sont pas sans dangers. Les astronautes vérifiaient mutuellement leurs tenues de sortie et leurs gants régulièrement, pour déceler des égratignures. Christina a trouvé une tache. Ça pourrait être une simple tache d’huile, mais… On ne veut pas risquer de contamination à l’intérieur de l’ISS. (Et ça va dans les deux sens: ne pas contaminer l’espace avec nos microbes.)

Une tache sur un gant? On prend pas’d’chance! Les gars ont vu le film Life eux aussi…

Dans les films de science fiction, la sortie par le sas semble toujours si simple!

Ici, le-dit sas était encombré de tellement d’affaires (vois la photo en bas) qu’en sortir et y rentrer après la mission de remplacement d’une batterie prenait plus d’une demi-heure. Et la batterie remplacée était hé-naurme et encombrante! Sans compter le pack de survie-et-de-propulsion dans le dos, gros comme un frigidaire ! Bref, un sas, c’est pas mal comme nos garages, plein d’affaires qu’on n’utilise pas souvent.

À la fin, rendu à 7 heures de sortie, je stressais pas mal plus qu’elles! Et enlever avec précaution les « frigidaires » sur le dos et les gants, a pris du temps.

Vraiment, un peu de ménage dans le sas ça ferait du bien! Mais bon, si on ne l’utilise pas souvent et que le volume à l’intérieur de l’ISS est limité…

Pour en savoir plus, le site de la NASA

Un peu de lecture? Je vous recommande chaudement ce livre de Mary Robinette Kowal, The Calculating Stars pour oublier le froid glacial des étendues intersidérales!

35 cadeaux d’avant-Noël

Comme la tradition des calendrier de l’Avent, nous sommes environ 30 auteur/es qui participons à un projet tout aussi joyeux qu’original, organisé par Kristine Kathryn Rusch: le WMG Holiday Spectacular 2019 Kickstarter! Au cours des 35 jours avant Noël, une histoire sera envoyée par courriel chaque matin!

Chaque histoire arriverait dans votre boîte aux lettre! Et l’an prochain, le volume paraîtra!

Mon histoire, Winter Pariah, mêle solstice d’hiver et ornithologie. Et ils ont été bien gentils de placer mon nom en couverture!

Et voici les trois anthologies ensemble: Bloody Christmas réunit des histoires de crime en tout genres. Joyous Christmas rassemble des histoires d’amooooour ou d’amitié avec une fin heureuse! Winter Holidays est centré sur des fêtes autour de l’hiver, comme le solstice, le jour de l’An, etc.

Ces 35 histoires vont aider à promouvoir le travail de ces auteurs de genres (certains ont publié dans les trois anthologies!) Je les ai toutes lues: ce sont des bonnes histoires avec des fins satisfaisantes, même les histoires de crimes (que normalement j’aime moins, mais il y a toujours une forme de justice, hein !)

NOTE: Le niveau de soutien pour obtenir ces 35 histoires est de 20$ US mais il y a plusieurs échelons qui commencent à 2$ US.

La première arriverait le 28 novembre 28, 2019, et la dernière le premier janvier 2020. Il y a plusieurs avantages à appuyer ce projet, et plein d’autres récompenses s’ajoutent quand WMG dépasse son objectif! J’en ai appuyé quelques projets et ça valait la peine!

Pour appuyer ce projet qui se termine le mercredi 23 octobre 2019 (et indirectement m’appuyer aussi!)

Le Galaxies 61

Arrivé par la poste, sur les traces de l’autre…

Ce numéro 61 de Galaxies (nouvelle série) est arrivé cette semaine. Avec mon texte Tinkerbelles, dont le protagoniste ne vous laissera pas indifférent…

Autosuffisance alimentaire, déclin des abeilles, mini-robots, cerveaux augmentés, programmation génétique. Si nos paramètres génétiques limitent nos choix, peut-on encore brasser la cage mentale?

Pour vous le procurer en électronique ou papier, et découvrir les conteuses et conteurs d’histoires, et le dossier bien fouillé de Jean-Louis Trudel!

50 ans pour se détacher du pétrole?

La manif à Mississauga a attiré entre 2-300 personnes

Ça fait 50 ans et plus –je compte depuis la publication du célèbre « Silent Spring » de Rachel Carson– que les pays « riches » ont été avertis des méfaits de la pollution de l’air par les gaz d’échappement des voitures et des autre machines. Or, voilà que des pontes de l’industrie nous disent que ça va prendre plus de 50 ans pour arrêter (et non dix ans comme le promet le Parti Vert)!

Même les animaux manifestent… dont ce mignon petit chien !

Hier le 27 septembre, je me suis déplacée dans ma ville pour manifester mon désir de changement devant l’hôtel de ville de Mississauga. (Non, la mairesse n’était pas présente.) Nous étions entre 200 et 300, bien loin des 500 000 marcheurs et marcheuses de Montréal avec Greta Thumberg (qui était très toute-seule avec sa pancarte, l’an dernier à même date!) Ça ne nous a pas empêchés d’être colorés et bruyants, et d’avoir des candidats de plusieurs partis politiques en même temps!

Hey, you!

Ça fait 50 ans et plus que l’industrie du combustible fossile a été interpellée par les scientifiques, les écologistes, les médias au sujet de la pollution. Ça fait plus de 50 ans que le smog tue des personnes vulnérables.

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Fièrement écolo… depuis 50 ans!

Quand ça fait 50 ans et plus qu’on dit aux pétrolières qu’elles polluent.

Quand voici 40 ans que les premiers rapports mentionnaient un probable réchauffement climatique. Et que la question tait prise au sérieux.

Quand les réfugiés climatiques rencontrent haine ou indifférence dans les pays riches…

Quand nos politiciens perroquets répètent économie, économie! sans plus comprendre ce les conséquences d’une croissance économique sans frein…

Ça fait presque 50 ans que j’ai pris conscience des méfaits de la pollution. J’ai participé à nombre de marches et de manifestations.

Quand mes actions individuelles ne font pas le poids contre les grands pollueurs… et cela inclut les développeurs immobiliers qui propagent l’étalement urbain!

Je marche dans ma ville à 12h pour donner un avenir soutenable à nos descendants!

La marche à Toronto,

Résultat de mon dernier test, malgré mes vaillants efforts de simple citoyenne-qui-recycle-composte-et-prend-l’autobus. Imaginez les entreprises minières et pétrolières…

Courir… vers le sub-zéro déchets!

Atteindre le sub-zéro déchets, possible? Oui!

En ramassant les trucs recyclables qui traînent à terre. Ce que je fais pendant les longs parcours de mon entrainement de marathon! Généralement, je ramasse assez de bouteilles de canettes et autre trucs recyclables pour plus que compenser le demi-kilos de déchets par semaine qu’on produit chez nous.

Oui mais, dites- vous, les parcs ont des bacs de recyclage. Justement…

Les joies de la course écolo!

Michèle, l'écologiste consommée, ramasse tout en courant des cannettes et des bouteilles de plastique.

Ici je pourrais écrire « fin ». Tout est bien qui finit bien… (Avertissement aux âmes écolo-sensibles, la scène qui va se dérouler vous fera de la peine. Si.)

Michèle frappe une déception. le bac est rempli de crottes de chien!
Michèle frappe une déception. Le bac de recyclage est rempli de crottes de chien, ce qui contamine les contenants propres.

La technologie évolue, mais lentement…

Ben oui, beaucoup de gens croient à tort que les crottes de chiens (et les pelures de banane) vont dans les bacs de recyclage. Oh que nenni! La technologie pour composter tout la matière organique fécale n’est pas encore au point. On a aussi tout un méga problème de surplus d’azote dans l’eau usée qui nuit à la qualité d’eau des lacs et rivières.

Les centre de tri ont un problème de contamination parce que les gens, même de bonne volonté, jettent des trucs au hasard. (Ils ont aussi un problème de communication avec les gens qui pensent que la science c’est comme le cinéma, ça va tout régler en vite!)

Une bonne nouvelle concernant les crottes de nos compagnons, on a disposé dans quelques parcs des « chutes » juste pour les crottes de chien, surmontées d’un distributeur de petits sacs (gratuit). Et c’est plus facile de composter avec des adjuvants le carbone et l’azote des crottes.

Pendant mon long parcours d’entraînement (30 kilomètres dimanche dernier), je traîne un sac de plastique avec moi parce que c’est dans mon bac personnel que je sais que le contenu est 100% propre et recyclable. Et le sac de plastique? Je les ramasse aussi à terre! La plupart des sacs s’envolent depuis la grosse épicerie près de chez nous.

Avis aux ami-es qui font du zéro déchets, on n’y est pas encore, mais ça s’en vient. C’est comme une asymptote. Chez nous, il reste malheureusement des gros meubles comme le lit, qui sortiront un jour de la maison. Mais toutes mes chaises de jardins, la moitié de mes bibliothèques et deux de mes tables de chevet ont été ramassées sur le bord de la rue!