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Des voisins rapprochés par le froid

Des voisins rapprochés par le froid

Photographiés vendredi matin dans ma cour: un cardinal (Cardinalis cardinalis, on niaise pas avec le latin!) et un junco ardoisé (Junco hyemalis), voisins rapprochés par le froid, réfugiés au cœur des vignes.

Le cardinal, de face, dans toute sa splendeur: le froid, il s'en moque!

Ici: le cardinal dans toute sa splendeur… et son caractère têtu!

La savante folle aime souligner que tous ces oiseaux survivent en hiver grâce aux fruits séchés sur les vignes et arbustes de jardins, et de certains pommiers sauvages qui pré-dataient même le quartier. Il n’y a pas beaucoup de mangeoires dans le voisinage…

Florilège pour des lacs expérimentaux

Un lac très eutrophié  - photo courtoisie de ELA

Quand vous avez mal quelque part, est-ce que vous consultez votre médecin ou votre astrologue?

Voilà une question qu’on pourrait poser au gouvernement Harper, à la lueur de ses récentes décisions dont le projet de loi 45 "mammouth" qui réduit le financement de la recherche sur les lacs et rivières, à moins qu’il s‘agisse de recherche possédant un avantage commercial. Et qui exclue 99 % des lacs de la protection de leurs eaux et de leurs rives!

Parmi ces décisions, il y a celle de mettre fin aux activités du ELA (expérimental lake Area), la zone des lacs expérimentaux couvre 58 lacs en Ontario  qui ont aidé à démontrer les effets à grande échelle de divers polluants chimiques. Situés dans le comté de Kenora, ils ont permis entre autres de démontrer l’effet du phosphore sur l’eutrophisation des lacs. Cette mission de protection du public fait-elle le poids contre une vision purement commerciale de la recherche ?

Lac 226 après deux mois de fertilisation. La photo a fait le tour du monde !

Cliquer ici pour un détail agrandi des deux parties du la 226

Comme je l’ai indiqué dans un autre article, la recherche scientifique est un processus long et ardu. Elle implique non pas un chercheur seul dans son laboratoire mais plusieurs équipes multidisciplinaires. contrairement aux à nos attentes de tout tout de suite", la recherche prend des années et demandes plusieurs échelles : depuis les essais en éprouvette de laboratoire aux expérimentations sur grande échelle. en passant par les étapes de vérification des données, consultations des pairs, publications dans revues scientifique avec comités de lecture…

L'enquête sur le rôle du phosphore a été beaucoup plus longue que ce dessin le suggère!

Avec un budget de fonctionnement de 2 millions par année, le ELA est beaucoup moins cher que les milliards accordés en subvention aux entreprises de sables bitumineux. Des milliers de personnes s’opposent à cette fermeture. Mais leur voix tombe-t-elle dans l’oreille d’un sourd?

Je n’apprécie pas qu’on affaiblisse ce pays et sa population en lui retirant une à une les balises de protection scientifiques. Car qui croire ensuite? Votre médecin ou votre astrologue? 

Bref, les scientifiques qui tiennent à protéger les eaux fraîches et la recherche fondamentale cherchent désespérément un milliardaire désoeuvré. Ou bien faut -il lancer un projet Kickstarter pour les Lacs?

Baie Georgienne - nos eaux douces, un trésor menacé par l'ignorance

La zone des lacs expérimentaux représentent un effort collectif pour mieux comprendre les procédés naturels et l’impact de nos activités sur les eaux fraîches et leurs myriades d’habitants. C’est un livre qui doit rester ouvert, comme les esprits avides de connaissances.

Ce mouvement de protestation pourrait aussi s’appeler Ignorant no More.

* Annexe *

Faute de temps pour développer ce sujet, je dresse la liste de sites utiles, de même que le site Sauver ELA.

Fight to save Experimental Lakes Area runs its course (http://www.kenoradailyminerandnews.com/2013/01/02/fight-to-save-experimental-lakes-area-runs-its-course)

Une réflexion fouillée par un scientifique paléogéographe, partie un et deux

Attention Bryan Hayes: This water issue hasn’t gone away (https://www.sootoday.com/content/news/details.asp?c=51916)

Liste des députés fédéraux - trouvez votre circonscription!

Le groupe Facebook pour soutenir le ELA. https://www.facebook.com/groups/saveela/

Quelques sujets de recherche entrepris avec les lacs expérimentaux depuis 1968:

pollution par les fertilisants et éclosions d’algues bleues
impacts des  “pluies acides” sur les lacs
restauration des lacs acidifiés
impacts d’inondation de réservoir
sources de mercure toxique dans les poisson
impacts des “changement climatique” sur les lacs
renouvellement de la végétation riveraine
impact de composés hormonaux mimics
impacts de l’aquaculture

Histoire d’eau: une enquête haletante sur l’eutrophisation des lacs

image de la savante folle batifolant dans son lac favori.

C’est l’été, et on se précipite vers une trempette rafraîchissante ! Mais pourquoi les eaux de nos lacs deviennent-elles gluantes et pleines d’algues?

La réponse dans ce livre publié par les Presses de l’Université de l’Alberta,  The Algal Bowl: Overfertilization of the World’s Freshwaters and Estuaries, par  David W. Schindler et John R. Vallentyne, spécialistes en biologie lacustre, spécialité de feu mon oncle Robert Lagueux, limnologue. Des Albertains écologistes, oui ça existe!

The Algal Bowl : Overfertilization of the World's Freshwaters and Estuaries

The Algal Bowl est un texte très pointu sur l’eutrophisation des eaux douces et des estuaires. Le livre comprend des cartes, photos, graphiques, mesures, statistiques. C’est une mine d’informations beaucoup plus fiables que des rumeurs ou des sites internet, et c’est pour cela que j’ai jugé utile de vulgariser son contenu.

Le titre est une allusion au fameux Dust Bowl des années 1930.

"In 1974, John R. Vallentyne predicted that by the year 2000 we would be living in an environmental disaster he called the Algal Bowl. Just as the Dust Bowl of the 1930s was created by misusing western farmland, he forecast that the continuing misuse of lakes could only lead to water degradation. "

Au point de vue littéraire, je dois noter que le livre est très bien écrit, que le style comporte des très belles images.

*

Résumé de l’intrigue

On relâche de la chnoute, beaucoup de chnoute (matière fécale, engrais, donc matière organique) dans les eaux douces. La chnoute, pour se décomposer, absorbe l’oxygène dissous dans l’eau. Oxygène que les poissons, eux, n’ont plus à leur disposition, donc ils meurent, couic! D’autres organismes prennent leur place, modifiant les écosystèmes aquatiques.

L’euthrophisation des lacs est un meurtre silencieux dont les efflorescences d’algues bleu-vert (algal blooms), les cyanobactéries, nous avertissent. Ces microorganismes existent depuis plus de trois milliards d’années et sont naturellement présentes dans les lacs et les rivières, mais à de faibles densités, ce qui ne cause pas de trouble. Car, en forte concentration, les cyanobactéries, loin d’être de gentils végétaux, elles sécrètent des substances très toxiques qui tuent les poissons (et parfois, des baigneurs).

Comme les lacs sont peu bavards par nature, ce sont les chercheurs qui ont lancé les cris d’alarme, aussi tôt que dans les années 1960. En recueillant des observations et en faisant des analyses de l’eau des lacs affectés et des lacs intacts, les enquêteurs ont découvert trois suspects: le carbone, l’azote, le phosphore.  Lequel de ces trois éléments détient le contrôle de l’eutrophisation?

Interrogatoire de témoins: les lacs Mendota et Monona

Le phénomène d’eutrophisation a été observé des 1907, en Europe, pour décrire les changements dans les écosystèmes aquatiques causés par une hausse de l’apport de  nutriments provenant des plantes vers l’eau.

L’étude de cas de deux lacs de la ville de Madison (Wisconsin), les lacs Monona et Mendota, illustre l’impact du défrichages et de la culture avec engrais sur la faune et la flore du lac.

Les lacs de Madison: Mendota et Monona

Les colons, arrivés vers 1840, ont déboisé et défriché autour des lacs. En quatre décennies, les forêts ont fait place à des fermes, et Madison était devenue une ville prospère.  Sauf que des phénomènes étranges sont apparus dans le lac Mendota.

Dès 1880, des explosions d’algues bleues tuent des poissons dont les corps s’échouent sur les rives. Les déchets venant de la ville de 10 000 habitants à l’époque. Pour résoudre le problème, on n’a pas coupé les cheveux en quatre: érection d’un barrage pour rehausser les eaux du lac Mendota, drainage des marais (dont le rôle filtrant n’était pas encore connu), creusage de puits pour utiliser l’eau souterraine.

Enfin, on a construit une usine d’épuration des eaux, qui enlevait la schoute et les matières organiques solides, mais laissait passer le phosphore et les nitrates. L’effluent de l’usine était déchargé dans la rivière Yahara, en amont du lac Monona.

Résultat: les eaux du lac Mendota retrouvent leur clarté; par contre, le lac Monona  montre des symptômes inquiétants: des algues bleues-vertes s’épanouissent, poussées par le vents pour former des "matelas"  puants flottant sur les rives, au point que les résidents fuient leurs maisons lors des grandes chaleurs de l’été.

Aux grands maux les grands moyens: envouèye le sulfate de cuivre pour tuer ces vilaines algues!  On n’avait pas peur des produits chimiques à cette époque. De 1926 à 1936, 27 à 45 tonnes métriques (60 000 à 100 000 livres) de ce poison ont été déversés chaque été dans le lac Monona. Couic!

Traitement chimique au sulfate de cuivre du lac Monona -Photo: Madison Dept. Public Health

Ces additifs et les algues mortes forment des couches de sédiments riches en cuivre… qui sont toujours présentes. Attention à ne pas touiller le fond du lac!

Pendant ce temps, fidèles à leurs bonnes habitudes, les autorités construisent en 1928 une autre usine d’épuration qui déverse ses effluents dans la rivière Yahara, cette fois en aval du lac Monona! Problème réglé? Observez bien la photo ci-dessous… Les petites flèches vertes montrent le sens de l’écoulement des eaux.

Lacs de Madison (photo originale de Mike Kakuska pour la présentation de Richard C. Lathrop (2009) J'ai tracé les petites flèches en vert pour montrer le sens de l'écoulement des eaux.

Le lac Monona récupère, sauf que les lac Waubesa et Kegonsa, qui reçoivent ces eaux, développent – Ô surprise! –  des symptômes d’eutrophisation, avec efflorescence d’algues bleues, poissons morts, etc.

Ciel, que faire? Appliquer joyeusement du sulfate de cuivre…

Quant à la pauvre rivière Yahara en bas des lacs, ses eaux sont en piètre état. Tous ses poissons ont été tués par une explosion d’algues bleues en 1954.

Les scientifiques enquêtent, et mettent vite le doigts sur les sources ponctuelles de pollution, comme les égouts domestiques. Toutefois, on ignore les sources diffuses comme les engrais provenant des cultures.

Un autre problème se pointe à l’horizon: la pêche des gros poissons encourage la prolifération des algues. Comment?

Allez hop! Cascade trophique !

Les gros poissons mangent les p’tits poissons.
Les p’tits poissons mangent le plancton animal.
Le plancton animal mange les algues.

Quand on pêche trop les gros poissons, on se retrouve avec plus de petits poissons, donc il reste moins de plancton animal, et donc… plus d’algues, qui coupent la lumière vers le fond!!! C’est la cascade trophique, que j’ai illustrée ci-dessous.

Cascade trophique, mon interprétation d'un diagramme original de Brian  Parker et Lara Minja  en p. 173

C’est une interprétation libre d’un diagramme du livre en page 173 avec les niveaux trophiques.

Après les traitements chimiques, les manipulations biologiques

Fort de cette découverte, on s’est dit: ensemencons les lacs de poissons prédateurs, et ainsi on aura moins d’algues! Entre 1987 et 1999, 2.7 millions de jeunes dorés jaunes (Walleye), 170 000 brochets et plus de 100 millions de tout petits brochets (northern pike) et  dorés ont été jetés dans le lac Mendota. La clarté de l’eau s’est améliorée.

Toutefois, la rumeur a vite circulé parmi les amateurs de pêche sportive, qui ont convergé en grand nombre vers le lac Mendota. La pression de pêche, 6 fois la normale, a amoindri l’impact de la biomanipulation.

Aujourd’hui, les eaux des lacs sont en meilleur état qu’au début du XXe siècle, mais la population humaine grandissante (Madison étant la capitale du Wisconsin), et l’accumulation dans les sols saturés d’engrais font que même en stoppant la pollution, le ruissellement de surface lessiverait encore des nitrates et des phoshates pour plusieurs dizaines d’années (p.27).

Sur la carte suivante, les régions en rouge vif sont urbanisées, tandis que les beaux mauves représentent les terre humides, ces filtres naturels essentiels. Notez la grande surface des terres agricoles en jaune.

Madison - Usage du sol près des 4 lacs, carte réalisée par Tom Simmons, WDNR, tirée de la présentation de Lathrop (2009)

Des études récentes montrent que la restauration de la qualité de l’eau vaudrait 50 millions, en considérant les écosystèmes perdus.

Je vous encourage à consulter la belle présentation couleur de Richard C. Lathrop, Controlling Eutrophication in the Yahara Lakes: Challenges and Opportunities, présentée lors du Spring 2009 Community Environmental Forum UW-Madison Nelson Institute of Environmental Studies, en janvier 2009.

L’enquête progresse…
3 suspects

Revenons aux trois suspects dans cette affaire.

Les recherches ont mené les enquêteurs à soupçonner le phosphore d’être l’élément contrôleur dans la croissance des plantes. Les micro-organismes consomment les nutriments dans un rapport C/N/P optimal  d’environ 100/(4 à 5)/1. "Environ" car le ratio optimal C-N-P varie en milieu aquatique ou terrestre.

Le consensus s’est établi dès les années 60 parmi la communauté scientifique: le coupable, c’est surement le phosphore! Et du coup, on notait les effluents des villes, riches en phosphates provenant des détergents.

Tout  semblait bien aller, on se dirigeait même vers une législation pour adopter le NTA (nitrilotriacétate de sodium) à la place des phosphates, un produit qui avait été le plus sévèrement testé dans l’histoire des USA.

Saviez-vous qu’on aurait pu éliminer le phosphore des détergents dès 1969? À la place, les États-Unis ont a attendu 40 ans. Pourquoi?

L’industrie savonnière contre-attaque!

Le phosphate était beau, bon, pas cher, pourquoi le remplacer? Pour protéger leurs affaires, les entreprises savonnières (US Soap and Detergent Association) ont d’abord nié le rôle du phosphore dans l’eutrophisation des lacs, malgré toutes les études.

Ils ont interprété à l’envers  les conclusions d’une étude à long terme: "non, ce n’est pas le phosphore dans le lac qui cause les algues mais la présence d’algues qui cause le phosphore". Cet argument n’a pas fait long feu.

Des scientifique à la solde des savonniers ont proposé que l’azote était l’élément contrôleur, suite à une étude réalisée sur le lac Érié. Or, il y avait une telle quantité de phosphore disponible  en raison de la  la pollution, que l’azote est devenu l’élément limitatif.

Ensuite, par une tactique maintenant connue (Révisez la saga des pluies acides et du réchauffement climatique), les savonniers ont publié un article incendiaire qui hurlait à la chasse aux sorcières "contre" le phosphore, condamné trop vite (ignorant le large consensus scientifique qui existait). L’article a tenté de détourner l’attention en proposant le carbone comme élément contrôleur. Le but inavoué était de soulever  les passions du public pour retarder l’adoption des mesures.

Les détergents protestent

La fausse piste du carbone

En 1969, une étude avance que le le carbone, mesuré sous forme de carbone organique dissout (COD), limite la croissance des algues. Inutile de dire que les compagnies de savon ont publicisé la chose, espérant que les limiers poursuivraient la piste du carbone.

Cette hypothèse reposait sur des échantillons d’eau en bouteille qu’on soumettait à des tests en laboratoire.

Or, un lac n’est pas un bol de soupe fermé, mais un écosystème qui interagit avec l’atmosphère et le bassin versant. Le Dr. Jack Vallentyne a donc mis en marche des expérimentations en taille réelle plus fiable que des "petites bouteilles".

Pour tester l’hypothèse, ils ont ajouté au lac 227 du phosphore et de l’azote, dans carbone. Si le carbone est l’élément contrôleur, ce lac devrait demeurer oligotrophe. Le lac 227 montre les symptômes d’eutrophisation et en quelques semaines, une éclosion d’algues bleues.

Donc, le carbone est innocent votre honneur!

Un mystère demeurait: les mesures de carbone dissout varient entre le jour et la nuit; de plus, on remarque que les algues contiennent plus de carbone dissout. D’ou vient ce carbone en surplus?

Nos enquêteurs ne se découragent pas. On appelle à la rescousse un spécialiste en échange de gaz, le Dr Broecker.  Du carbone (sous forme de sucrose) a été ajouté dans un petit lac, le lac 304.  Rapidement absorbé par les algues, le carbone est – en à peine quelques heures – relâché dans l’atmosphère sous forme de CO2.

Le carbone se maintient constant car l’excès s’envole dans l’atmosphère. Et en cas de manque, les algues gavées de phosphore puisent le carbone de l’atmosphère. Voilà l’origine de ces lectures de carbone organique dissout alors qu’on n’avait pas décelé de source de carbone!

La vérité éclate grâce au lac 226!

Au Canada, on a aménagé des lacs expérimentaux pour des suivis à long terme. Certains de ces lacs ont aidé à identifier l’impact des pluies acides, ou l’émission de mercure dans des tourbières inondées par la construction d’un barrage. Mais le clou dans le cercueil des savonniers a été planté avec le lac 226, dans le nord de l’Ontario.

Il s’agit d’un lac en forme de sablier, qu’on a séparé en deux parties. L’une d’elle a reçu les très amigos P, C, N (phosphore, carbone, azote) tandis que la partie sud n’a recu que deux amis: carbone et azote.

La réponse est dans cette image :

Lac 226 après deux mois de fertilisation

Vue  rapprochée de la séparation du lac 226, photo glanée sur le site Lake Scientist, mais provenant de l’étude du Dr Schindler (le texte de cet article sur la Toile)

scientists used a curtain to separate two sides of a Canadian Lake. Carbon and nitrogen were added to both sides while phosphorus was added to only one side. A large algal bloom and consequent eutrophication is visually evident on the side where carbon, nitrogen, and phosphorus were added.

Concluant, n’est-ce pas?

On voit le côté bleu foncé (oligotrophe, de oligo, peu et trophe, manger) et le côté beurk (vert lime, eutrophisation avancée: invasion d’algues, baisse des populations de poissons, et plein d’autres conséquences)

Comme toujours, il a fallu le patient travail des chercheurs, et une étude à loooong terme en échelle réelle sur les lacs pour parvenir à la conclusion que le phosphore détient la clef de contrôle de l’euthrophisation des lacs.

***

Le Dr Schindler continue à veiller sur les eaux fraîches de l’Alberta, non sans se mettre à dos les politiciens. Lui et son équipe ont publié en 2010 un article concernant l’impact de l’exploitation des sables bitumineux sur l’eau de la rivière  Athabasca .

Avant de publier, j’apprenais la suppression du Experimental Lake Area (ELA) par le gouvernement fédéral, dans la foulée des compressions budgétaires.

Carburez en paix…

La canicule ayant chanté tout l’été
les industries pétrolières
se trouvèrent fort embêtées
d’attendre la première bise de l’hiver

Alors elles entonnèrent en choeur
leur berceuse habituelle

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

le climat ne se réchauffe pas, non, non.
Les savants se leurrent
nos profits nous confèrent
science et vérité infuses

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

Nada, nada, nada
rien de grave au Canada

et si la Terre meurt
ce sera de causes naturelles!

L'état probable  de la planète, quand les pétrolières cesseront de nier le réchauffement...

J’ai repris ce poème pour le Jour de la Terre.
La version originale, avec la caricature, ici

Gare à l’iceberg de la recherche!

Quand j’écris un roman de science-fiction, la recherche est une partie essentielle de mon travail.

Trop de recherche peut nuire

Trop perfectionniste, j’ai tendance à m’y noyer!

Or, si le roman fini est encombré de longs paragraphes d’exposition, ces blocs lourds ralentissent le rythme de l’histoire — et l’intérêt du lecteur.

Beaucoup des gens qui me disent «Vous savez, je n’aime pas la science-fiction» ont plus peur de se perdre dans un dédale d’explications indigestes que de suivre des personnages attachants déchirés par des conflits intérieurs. Signalons que d’autres saveurs de la crème glacée littéraire, le roman policier ou historique, par exemple, exigent de la recherche (ou des contacts bien placés.)

Même pour la construction d’un univers de fantasy, une bonne dose de réflexion s’impose dans la gestion du surnaturel.

Aussi magique que soit ce royaume imaginaire, l’histoire doit rester ancrée dans la réalité. Combien de romans de fantasy, par exemple, démontrent un manque total de connaissances sur la biologie et les soins des chevaux? Valérie Bédard, amateure de fantasy, élève aussi des chevaux. Et elle est souvent consternée par ce que des auteurs font subir à ces pauvres bêtes…

Je me souviens avoir lu une histoire où les montures des héros galopent à bride abattue toute une journée jusque tard dans la nuit (12-15 heures), puis les malheureux canassons reprennent le même rythme dès le lendemain!

C’est comme vous demander de courir la distance de marathon (42 km) à votre meilleure vitesse (en 4-5 heures, pas en 12 heures) puis de vous faire recommencer dès le lendemain, sans que votre organisme ait eu le temps de récupérer de l’effort. J’ai couru des demi-marathons, et je sais qu’on a besoin de deux-trois jours pour récupérer! (Mercedes Lackey avait habilement contourné le problème des chevaux fatigués en créant une race de super-chevaux intelligents dans sa série des Hérald-Mage. )

Certains auteurs de SF ou de fantastique, trop fiers de leur patient labeur, parsèment leur roman de lourds blocs d’exposition sur lesquels trébuche leur lecteur! «J’ai souffert pour mon art, maintenant, c’est à votre tour!" D’heureuses interventions de mon directeur littéraire m’ont évité de commettre la même erreur.

Pour résumer, la recherche est comme un iceberg.

La partie émergée est le roman que vous lisez. Mais, quel que soit le nombre de pages, le plus grand volume du travail accompli se trouve sous la surface.

Trop de recherche ? Attention aux pointes qui affleurent à la surface et nuisent à l’approche du lecteur ! Celui-ci pourrait renoncer à mettre pied sur votre iceberg, ce qui serait bien dommage. (En ces temps de réchauffement climatique, imaginez un atoll charmant plein de palmiers, entouré de dangereux récifs de coraux!)

Pas assez de recherche pour soutenir votre iceberg? Votre histoire s’écroule sous les contradictions, les impossibilités, les erreurs logiques et les personnages minces comme du papier. Combien des sociétés féodales assemblées à la hâte ne tiendraient pas une semaine en économie normale !

«Faire ses devoirs» pour construire un monde imaginaire exige du temps mais comporte ses récompenses. Quand l’univers amoureusement construit repose sur de solides fondations, le résultat permet d’autres auteurs d’y participer! Deux exemples: La série Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley, et de la série Honor Harrington de David Weber ont donné naissance à de nombreux enfants de papier.

La partie immergée d’un iceberg se situe autour de 90%. Pour un roman, cette partie cachée varie selon l’âge ou le niveau d’éducation scientifique des lecteurs.
Pour une histoire relativement simple qui vise des enfants, on peut diminuer la recherche, mais jamais l’éliminer! Ça fera un iceberg plus petit. Tandis que pour un pavé de science-fiction dite dure (La trilogie martienne de Kim S. Robinson) l’iceberg sera immense !

Parlant de littérature jeunesse, Hal Clement avait laissé beaucoup de ses recherches au-dessus de la ligne de flottaison… c’étaient les bon vieux jours de la science-fiction écrite, sans trop de concurrence des autres médias! J’ai quand même trouvé Needle, un roman destiné aux jeunes adultes avant que le terme adolescent n’existe, captivant.

Je vous ai dit que j’aimais la recherche ? Dans La spirale de Lar Jubal, qui vise les jeunes adultes, j’ai fini par mettre de côté… 99% de mes minutieuses recherches et calculs de physique appliquée concernant la station spatiale. Éventuellement, si jamais je publie une version adulte de ce roman de SF, je n’aurais pas à plonger trop loin !

Pour mon jeune public, j’ai coupé dans les « blocs » d’exposition et j’ai mis plus l’emphase sur les conflits entre les personnages et les scènes d’action, sans négliger les aspects visuels. Sur le plan psychologique, la course à la performance et l’épuisement au travail pour un projet qui n’en finit plus retiendra les lecteurs plus matures.

Néanmoins, j’ai quand même ajouté un schéma en début de roman.

Habitat de Lapsilis - avec le sens de la rotation

Ça aide les jeunes adultes plus « visuels » à se faire une image mentale de l’endroit où se déroule l’histoire.

Dans mon nouveau roman de SF, qui vise le groupe de "Oh, je n’aime pas la science-fiction", il y a très peu de chiffres, mais davantage de descriptions des paysages, des conflits de loyautés, et des actions.

La planète et les aspects scientifiques se découvrent à travers leur impact sur la vie des personnages. Et je dois ménager, bien sûr, le sens de l’émerveillement (SOW en anglais) comme le suggère cette couverture du roman Les vents de Tammerlan.

Les Vents de Tammerlan

Vous aimez les criminels? Effacez le registre!

Lettre adressée aux députés conservateurs

Bonjour,

Vous êtes des pères et des mères de famille.

Vous faites buriner vos objets de valeur et aimez pouvoir retracer vos bijoux volés. Vous admettez l’importance des cours de conduite automobile et du contrôle de l’alcool au volant. Quand vous renouvelez vos immatriculations de véhicule, vous ne vous sentez pas considéré comme un criminel.

Quand votre médecin personnel vous avertit que vous consommez trop de gras, vous l’écoutez. Vous ne remettez pas sa science en question (1) parce que vous préférez consommer un sac de chips. Quand un jouet dangereux menace la santé des enfants, vous intervenez.

Sauf si ce jouet est une arme à feu : de la simple carabine au fusil semi-automatique de sniper, subitement, vous restez les bras croisés.

Contre les faits établis et vérifiés, contre les criminalistes et les policiers, vous évoquez un «désir de liberté », ou un « sentiment d’être traité comme un criminel ». Bref, tout comme pour le formulaire long du recensement et les peines de prison durcies, à la science, à la raison et aux faits, vous opposez un « feeling ».

Ce « feeling » a été construit de toutes pièces par la propagande des vendeurs d’armes. Aidés par des associations américaines, ils souhaitent protéger les milliards de dollars de la vente annuelle d’armes, d’étuis et de munitions au Canada. Ils font appel aux mêmes ressorts usés, de liberté mêlée de paranoïa et de haine de l’autre, en flattant l’orgueil du vigilante qui dort en nous. (2)

Si au moins votre gouvernement proposait une alternative… mais non. Rien. Aucune limite à l’acquisition d’armes par un individu. Comme une tablette de chocolat. Pas même le burinage obligatoire des armes. Ou un GPS intégré sur les armes. À croire que vous attendez un super-héros.

Je n’ai pas espoir de vous faire changer d’idée, ou vous empêcher de commettre cet autodafé. Il est clair que vous avez vu la Lumière et que la seule raison ne vous fera pas, au minimum, conserver sur le registre les armes d’assaut semi-automatiques, telles que celle utilisée pour le massacre à mon école en décembre 1989 et plusieurs autres actes similaires de vengeance, exercée par un « law-abiding citizen » frustré ou déprimé ou confus

Dans sa vision religieuse du Bien contre le Mal, votre gouvernement va faciliter la vie aux criminels qui pourront ainsi voler les armes aux proprios légitimes, ou acheter des armes et munitions pour en faire un trafic, impossible à retracer. (Oupse! Scusez, on m’a volé mon arme! ) De plus, il va forcer (je dis bien: forcer) des gens autrement très gentils à s’armer pour se défendre… et à tirer avant de poser des questions.

Conjuguées avec vos peines de prisons durcies et vos coupures de soutien social, l’effacement du registre va faire éclore une « petite » criminalité, celle contre laquelle vous sortirez vos gros canons de lutte au crime.

« Petite » criminalité, car elle sera le fait de pauvres types découragés et de jeunes filles privées d’avenir. Leurs accès de violence ou d’autodestruction fera la joie des amateurs de faits divers, faisant rouler notre coûteux système de justice et tous ceux qu’il enrichit. Des armes facile à acheter partout, des prisons bien remplies, des hôpitaux très occupés avec les victimes des traumatismes compléteront cette florissante économie.

Et la grande criminalité, la cupidité organisée profondément incrustée dans nos institutions et la finance? Votre silence est éloquent.

Vous avez donc bouclé la boucle, effacé d’un trait de plume des centaines d’heures de bénévolat que des milliers de citoyens, tout aussi respectueux de loi et d’ordre que vous, ont fait depuis le 6 décembre 1989 (mon 11 septembre à moi), pour tenter de limiter les dégâts.

Mais peut-être que vous recherchez sans vous l’avouer une certaine frénésie, le bruit et la fureur des armes, et le spectacle du crime né de la misère (3). Tant que les étincelles retombent loin de vous.

****

(1) Il serait utile de discuter de la limite de la science que vous acceptez dans votre vie quotidienne vs celle que votre idéologie rejette.

(2)  Et en maintenant la confusion entre une "interdiction" de posséder des armes et un contrôle. Aucun chasseur de ma famille ne se sent mal en allant renouveler son immatriculation de voiture, ou enregistrer son arme.

(3) Le cauchemar décrit dans  The Hunger Games parait terriblement proche.

 

Bataille de fourmis au jardin

Cet après-midi, voyant une agitation myrmécéenne sur les dalles, je pensais avoir affaire à un envol nuptial, occasion d’une joyeuse effervescence. Un coup d’oeil rapproché et prolongé a révélé des centaines de petits cadavres qui bordent les grandes pierres plates du jardin.

Un conflit d’une silencieuse sauvagerie se déroule à nos pieds!

Minnie et les fourmis

Vue générale du champ de bataille, cette marée rouge. Notre chatte Minnie n’a pas l’air trop inquiète…

Observation à la loupe

Mon mari observant le tout à la loupe. Le temps était nuageux, donc pas de danger que cet instrument enflamme davantage ce conflit! Gilles n’est pas trop inquiet non plus. (Il n’a pas vu le film "Quand la Marabunta gronde", un classique mettant en vedette des fourmis voraces!)

Une lutte fratricide

Je n’ai pas encore identifié l’espèce (autour de 6 mm de long, région de Toronto). Mon Audubon Society field guide to North american insects and spiders ne recense que huit ou neuf espèces. Fourmi charpentière? Lutte fratricide ou simple communication olfactive?

Pagaille dans les trèfles

Des petites rousses foncées-noires. Peu de différences entre les belligérentes, sinon la taille (?)

Affrontement sans merci sous les trèfles

La bataille des trèfles se poursuit.

Détail des luttes

Détail: même en y regardant de près, ce n’est pas clair, (comme pour bien des  conflits, hélas). Les fourmis victimes se recroquevillent. Des coups de mandibules brisent le mince thorax où sont les organes vitaux.

Mêlée générale  de fourmis mêlées

Une mêlée de fourmis mêlées. Et le tout se déroulait sur moins d’un mètre carré! Ça me rappelle les Fourmis de Bernard Werber…

Bon, où sont passés Minnie et mon mari? Gilles?

Giiiilles?

Votez et voyagez dans le temps!

Le sablier conservateurLa machine à voyager dans le temps de Harper vous enverra soixante ans dans le passé!

Ne manquez pas votre chance de vivre dans Conservatopia, une société rétrograde et superstitieuse, où les preuves scientifiques seront ignorées en faveur de «gut-feelings» et des astrologues. Oupse, je voulais dire «idéologues».

Sur une vingtaine de sujets, comme le contrôle des armes à feu, le recensement, la protection de l’environnement et du climat, les droits des femmes, des gais, les crimes et châtiments, notre pensée sera modelée par les idéologues. Des rengaines simplistes seront imprimées et répétées par la médiasphère pour susciter les émotions primaires. Les droits acquis seront lentement égrenés dans le sablier…

De même, les travailleurs sur appel désormais privés de protection apprendront à admirer les Chevaliers de la table industrielle. Cette table sera bien garnie, depuis le "bail-out" des banques et les lourdes subventions accordées aux industries pétrolières.

Bientôt, le seul vestige du filet social seront les bals de charité organisés par les grandes fortunes tout en mettant un peu de sous dans des paradis fiscaux. Et, bien sûr, l ‘"économie" fera en sorte de renouveler la réserve de pauvres qui auront besoin de généreux donateurs. Quant aux artistes, seuls les plus populaires se hisseront au sommet, et tant pis pour les autres «élites» qui auront à survivre dans des emplois difficiles. (Mais les élites financières sont approuvées, car elles peuvent faire taire leur opposition par des poursuites légales).

Les criminels seront vus comme des mauvaises herbes qui poussent dans des quartiers défavorisés sans raison. Les Premières Nations ne verront pas beaucoup de différences entre maintenant et 1950. Elles continueront à être laissées pour compte, privées de dignité et d’eau potable, leurs communautés ravagées une fausse-note à notre prospérité.

En Conservatopia, vous pourrez voir les femmes retournées à leur juste place, en respectant les valeurs de la famille des années cinquante!

Leurs droits ne seront jamais directement attaqués, bien sûr: ils seront lentement, très lentement érodés, toute tentative de prendre leur vie en mains subtilement découragées, leurs associations privées de subvention, les jeunes filles subissant la pression de conseils debeauté et les annonces des petites culottes strings. Les femmes sont libres, mais la conciliation travail-famille deviendra un casse-tête, jusqu’à ce que le seul endroit qui leur restera sera la sécurité relative du foyer (de préférence avec une arme à feu, méfiez-vous des criminels qui courent partout!)

Comme la contraception tombera en disgrâce au profit de la course à la vertu d’abstinence, les grossesses non désirées augmenteront. Les filles et les femmes n’auront d’autre choix que d’endurer leur situation, de fuir ou de mourir (comme dans les pays du Tiers-monde).

Avec la puissance des médias monopolisés, les citoyens… non, les payeurs de taxes seront conditionnés à se méfier de leurs élus (ces fonctionnaires paresseux qui engloutissent notre argent durement gagné!), Les syndicats et groupes de défense sociale (ces artistes paresseux!). Bientôt, les plus crédules parmi nous réclameront la venue d’un dictateur bienveillant mais ferme, avec une belle coupe de cheveux.

Mais pas de moustache.

Vers un avenir glorieux et privatisé!

En votant pour la Harper’s Time Machine, vous verrez aussi un avenir glorieux! Comme la taille du gouvernement diminue et que les grandes fortunes se concentrent entre moins de mains, la porosité entre les entreprises et le dictateur bienveillant devient plus intime. La délocalisation des emplois se poursuivra. Les sans-abri éduqués deviendront un spectacle fréquent dans nos rues.

Les grandes fortunes reserreront leur emprise sur la médiasphère, affichant les nouvelles qui favorisent la croissance de leurs profits. Tous les besoins sociaux et culturels seront fournis par le secteur privé. La population devra se fier sur eux pour leurs sources d’information (la criminalité est endémique! Ayez peur, verrouillez vos portes, armez-vous, et donnez généreusement aux organismes de bienfaisance!) D’autres voix, privées de financement vont diminuer et mourir. Les citoyens auront une liberté de parole, sans réel pouvoir de changer leur condition.

Bien que cette élection s’appuie officiellement sur l’économie, je rappelle que le crime est une très bonne chose pour le PNB (Produit National Brut). La criminalité assure un cadre de vie affluent pour les chefs de gangs, mais aussi pour leurs avocats, greffiers, juges, gardiens de prison, police, coroner, journalistes, tous ca avec nos impôts! Et des travailleurs sociaux voudraient aller à la racine de ce mal si utile?

Les prisons privées pousseront comme des champignons à travers tout le pays (des jobs!), et leurs cellules seront rapidement occupées. Ce même secteur privé concevra de nouvelles façons de surveiller les citoyens. Big Brother n’espionne pas seulement votre ordinateur, il fera en sorte que les médias vous présentent des choix pré-approuvés. (Vous voulez votre voiture neuve rouge ou noire? Non, nous n’avons pas de voitures électriques, désolé madame!)

Comme les groupes sociaux et les scientifiques dissidents seront privés de subventions, le préjugérégnera incontesté. Le

s gouvernants seront au service des grandes entreprises, qui seules possèdent les ressources pour soutenir tous les Instituts-perroquets qui reflètent leurs préoccupations.

Vous vous ennuyez de l’époque soviétique? Des apparatchiks? De leur façon de réduire l’opposition au silence?

Votez pour la machine à voyager dans temps!

Bienvenue à Conservatopia!

Mashup of Conservative Party of Canada logo with Borg Insignia, Kenneth M. Kambara

Pollution et climat: du cinéma à la démarche scientifique

En parallèle à mes activités d’écriture, je garde un oeil collé (mais pas trop) sur l’actualité et les sciences. Ce qui me permet d’observer les jeux des « controverses » qui agitent les médias face aux symptômes du réchauffement climatique.

Mentalité à tiroirs : Climat et pollution ne sont pas séparés

Les deux tiroirs

La dernière tendance dans le déni du changement climatique est arrivée: un article du The Globe and Mail dit aux écologistes de se la fermer, euh … "se concentrer sur les vrais problèmes» (la pollution, le smog, la perte des habitats naturels) au lieu du réchauffement de la planète qui est trop compliqué pour qu’on y applique une solution simple. On encourage les lecteurs soucieux de l’environnement de séparer le bon grain de l’ivraie.

Cette assertion suppose l’existence de deux tiroirs distincts: l’un appelé «climat» et l’autre «pollution», qui ne peuvent pas être ouverts en même temps.

Le même article reproche aux associations environnementales de s’être préoccupées exclusivement des changements climatiques en ignorant, voire même en étouffant, les autres problèmes.

Ma réaction immédiate: quoi? Tout le travail fastidieux qu’implique la protection des habitats fragiles, des animaux et de la flore des zones humides, des forêts tropicales, réalisé au fil des ans par les associations environnementales, ainsi que les actions plus terre-à-terre accomplies chaque jour par des bénévoles locaux, sont balayés sous le tapis!

Newsflash: si la perte d’habitats vous inquiète, les changements climatiques auront une forte incidence sur les habitats du monde entier. La mentalité "à tiroirs" ne reflète pas la réalité.

Ce réflexe de vouloir une solution claire et simple, provient de nos propres attentes face à la science, teintées par le… cinéma!

Aaah, enfin une menace impossible à nier!

La démarche scientifique au cinéma

Dans tous bon suspense scientifique, le héros ou un groupe de scientifiques confrontés à un problème parviennent à identifier la cause en 30 minutes, une heure maximum. Ils trouvent une solution dans les vingt minutes qui suivent, et l’appliquent, ou synthétisent le remède miracle, en 10-15 minutes de cinéma tendu.

Et, dans un paroxysme de tension dramatique, le monde est sauvé juste à temps! Même en tenant compte du format du film, les spectateurs ont été conditionnés à désirer "des solutions simples, MAINTENANT!"

Dans Armageddon, il n’y avait aucun mal à identifier la menace, plutôt évidente. Pas de problème pour que tous les gouvernements du monde reconnaissent la gravité de la situation et la nécessité d’agir. Il y a bien une ou deux manifestations de sectes religieuses apocalyptiques, mais aucun groupe ne proclamait que l’astéroïde fonçant sur la Terre était un canular, aucune industrie privée ne finançait des sites Web niant l’existence de l’astéroïde.

Et, dans ce monde merveilleux, les scientifiques ont travaillé ensemble de manière transparente pour préparer la solution.

Si seulement l’impact de nos émissions de carbone était aussi évident à l’œil nu qu’un astéroide géocroiseur en approche… ou comme toutes les modifications du paysage agricole depuis plus de deux siècles.


La recherche scientifique au jour le jour

La démarche scientifique dans le vrai-monde-où-l’on-s’ennuie

Dans le monde réel, la science n’est pas, mais alors pas du tout, sexy. Ni rapide.

L’image représente la savante folle dans un laboratoire de l’École Polytechnique, testant des eaux usées. Toute recherche exige des années de patient travail. Les scientifiques sont formés dans des domaines hautement spécialisés.

Mon propre mémoire de maîtrise en géographie s’intitulait "Origine et évolution de deux terres noires de la MRC du Haut-Saint-Laurent". Il traitait de la reconstitution de l’histoire des zones humides par analyse des grains de pollen préservés dans les tourbières acides. (Ai-je perdu un lecteur?)

En pratique, cela signifie: lectures, préparation, une belle journée ou deux d’échantillonnage de carottes de tourbe, puis deux ans de traitement en laboratoire, des lectures encore, des centaines d’heures d’analyse du pollen préservé, des comparaisons avec d’autres travaux… Toutes ces étapes longues et minutieuses ont servi à reconstituer l’évolution de la flore et du climat local…

(En passant, les zones humides du sud du Québec sont en régression rapide.)

Chaque chercheur ou groupe de recherche travaille dans ses propres institutions. La publication des résultats est le fruit d’un long processus de vérification des données et méthodes par des pairs. Des conférences annuelles permettent à des milliers de chercheurs de se rencontrer et de discuter (et disPUter!) leurs conclusions. En français, le congrès de l’ Acfas
réunit des scientifiques chaque printemps au Québec.

Pour un problème de l’ampleur et de la complexité des changements climatiques globaux, le simple fait d’amener les gouvernements du monde à reconnaître l’existence du problème a nécessité une énorme somme de travail par un grand nombre de personnes, pas par une vedette solitaire. (Quoique des vedettes sont parfois venues appuyer – ou contredire! – les résultats).

La construction d’un graphique comme celui ci-bas a requis un très grand nombre de données.

Repartition des GES dans le monde

Donc, rien d’étonnant à ce que des entreprises qui préfèrent se laver les mains du climat aient eu un plaisir fou à faire du picorage (cherry-picking) de petits écarts ou d’approximations dans les compilations des résultats de plus de 3000 chercheurs, assistants, ainsi que les centaines d’études individuelles d’impact local du réchauffement climatique depuis 10 ans. Les courriels volés à l’université d’East Anglia par des hackers du Climategate persistent sur les sites de déni, même après des enquêtes aient innocenté l’unité de recherche impliquée.

Peu de citoyens qui travaillent dur ont assez de temps libre pour vérifier et contredire les faux-arguments et sophismes. Pendant ce temps, des fortunes sont canalisées vers des sites niant le changement climatique et vers des “instituts paravents” qui brouillent les cartes avec des arguments faux ou des rumeurs que personne n’a le temps de vérifier. Une fois, j’ai passé trois heures à déconstruire un argument fallacieux. Ma réponse pondérée a été noyée dans un océan d’hypothèses simplistes.

Des attaques similaires contre les sciences proviennent du coin des néo-créationnistes. À quand un site des théoriciens de la Terre plate, affirmant qu’une planète ronde est un canular élaboré?

(Quand la croyance en la Terre plate générera des profits.)

Dénoncer le canular de la Tere ronde!

La zone de confort

En plus du « une solution simple, maintenant ! », un autre problème des arguments rationnels est que la plupart des humains réagissent par des émotions, surtout la peur, plutôt que la raison, lorsque leur mode de vie et leur confort sont menacés. (Bien sûr, tous les sites de déni se vantent que la raison est de leur côté, ce sont les autres qui mènent des campagnes de peur…)

Un test psychologique a montré que, face à deux choix, soit obtenir cinq dollars MAINTENANT ou attendre deux semaines pour obtenir 10 $, la plupart des gens ont choisi le la sécurité d’avoir le billet de 5 dollars maintenant. Qui se préoccupe de plus tard? Pour choisir l’inconfort à court terme, il faut une puissante motivation, comme la préservation de la biosphère.

Tout ce qui menace notre zone de confort actuel est considérée avec scepticisme. C’est arrivé dans n’importe quel domaine. Par exemple, le lien entre le tabagisme et le cancer du poumon a été remis en question… par des experts de l’industrie du tabac, qui se considéraient ouvertement comme des « marchands de doute ».

Il aurait fallu présenter le problème de cette façon:

Le climat se réchauffe
les combustibles fossiles
ne sont pas la cause
il existe une solution
simple
qui ne coûtera que quelques sous
aux contribuables
donnant des bénéfices considérables
pour les entreprises
nul n’aurait
à changer quoi que ce soit
à son mode de vie

Il n’existerait aucun site niant le changement climatique, pas plus qu’on trouve des sites consacré au « canular de la planète ronde ».

Donc, que vous croyez au RCA, ou au RC simple sans cette horrible lettre culpabilisante "A" (anthropique), ou pas du tout, concentrons-nous sur autre chose qui évoquera en nous des souvenirs chaleureux. Revenons à une époque où le long mot en-vi-ron-ne-ment n’était pas encore répandu, alors que l’impact des activités humaines se montrait à la fois évident et (relativement) simple… la bonne vieille pollution!

Smog au-dessus de la ville de Mexico

Un indice du passé: la pollution!

Depuis 1960 (Rachel Carson lançait son fameux Silent Spring en 1962)  les signes de dommages à l’environnement se multiplient : destruction des habitats naturels, perte de biodiversité, problèmes de santé liés au smog, etc.

Au cours des 50 dernières années, les combustibles fossiles et les constructeurs automobiles ont été maintes fois avertis par la communauté scientifique des conséquences de leurs émissions de gaz. Et par la communauté culturelle…

La ville sans soleil, (1973) par Michel Grimault

J’en profite pour souligner une lecture de SF qui m’avait marquée : en 1973, paraissait La ville sans soleil par Michel Grimault. L’histoire se déroulait dans les années 1980 dans une ville trop polluée. S’y opposaient des gangs de jeunes anti-pol (les gentils écolos) et pro-pols (les vilains pro-industrie). Les anti-pols se heurtent à la résistance intéressée du principal industriel de la ville, propriétaire des usines les plus polluantes.

Le roman présente une vision un rien manichéenne des protagonistes (quel jeune se proclamerait de lui-même "pro-pollution?"), quoique l’industriel pollueur a un fils malade (snif)! Le comportement de cet industriel, qui corrompt un journaliste et fait publier "ses" résultats scientifiques, reflète pourtant ce qu’on voit presque 40 ans plus tard!

Suite aux impacts indéniables de la pollution, le complexe industrio-pétrolier a-t-il levé le petit doigt? Les compagnies automobiles ont-elles mis sur les routes des voitures électriques accessibles dans les années 70?

Les années 80?

Les années 90?

Non. Pas parce que ces sociétés avaient des intentions malignes envers la population, mais simplement à cause de l’inertie inhérente aux grandes structures, plus la valeur sans cesse croissante des produits pétroliers.

Dynamique des pluies acides: tout ce qui monte... redescend!

Dans les années 1980, les problèmes qui ont frappé les imaginations sont  les émissions de fluorocarbones qui détruisent notre couche protectrice d’ozone, et les émissions de dioxyde de soufre qui ont causé des pluies acides, tuant nos érables. (L’expression « pluie acide » a été pour la première fois utilisée par Robert Angus Smith en 1870. Elle décrit depuis toutes les formes de précipitations (pluies, smogs, aérosols, etc.) qui dégradent voire détruisent des écosystèmes et/ou corrodent ou dissolvent certains bâtiments anciens et fragiles.)

Dans chacun de ces cas, les industries ont payé des spin doctors pour nier le problème. Les citoyens et organismes concernés ont dû redoubler d’efforts pour sensibiliser le public sur ces questions. Lorsque les industries ont accepté des mesures d’atténuation, ce n’est que parce qu’elle étaient acculées au mur par les consommateurs et les gouvernements. Par la suite, entraînées par les mêmes forces économiques, les industries se sont adonnées aux joies du green washing.

En somme, leur comportement passé envers la pollution étant un indice, les grandes entreprises émettrices de carbone ne seront pas enclines à réduire leur rentabilité ou prendre leurs responsabilités… sauf si les gouvernements à financent leurs recherches pour trouver des méthodes moins polluantes d’extraction du combustible ou de séquestration du carbone. Et si le gouvernement assume seul la remise en état des sols contaminés…

Puits de carbone:  une technologie qui aurait pu être prète pas mal plus tôt...

Au lieu d’internaliser les effets de leurs émissions polluantes, les industriels plongent dans leurs poches profondes pour financer des marchands de doutes qui propageront leurs vues du monde. Ils vont continuer ainsi tant que dureront les réserves de pétrole. Et le pétrole peut couler longtemps si on étire les ressources existantes.

Terre desséchée

Un avenir peu reluisant

Il y a un autre avantage pour les entreprises à garder leur tête dans les sables (bitumineux?) et "attendre la fin de" la crise.

Lorsque les conséquences du réchauffement de la planète deviendront impossibles à nier, (avec les terres arables épuisées par les monocultures, les processus de désertification et les troubles politiques causant des migrations de réfugiés, avec la disparition des classes moyennes écrasées par la roue de l’économie…) seuls les puissants seront en mesure de s’assurer  une place dans les rares paradis épargnés.

Depuis leurs retraites reculées, ils contempleront le chaos à travers leurs caméras, réécrivant l’histoire. Et ils conclueront :

la Terre est morte de causes naturelles.

*

Quant au reste de nos descendants plus mal lotis… au moins, il n’y aura plus de polémique !

Un avenir qu'on préférerait éviter !

Tobermory

Son nom sonne comme une vieille légende, mais Tobermory est une petite ville attachante construite autour d’un port, et adossée au Parc national marin Fathom 5 où repose une soixantaine d’épaves… La ville se trouve à la pointe de la Péninsule de Bruce, entre le Lac Huron et la Baie Georgienne.

Coucher de soleil de notre B&B

De notre petit B&B a Haran Point, les couchers de soleils sont magnifiques. PS, ça fait aussi de beaux fonds d’écran… Sur notre plage rocheuse, les arbres sont rabougris, frappés par les vents.

Le propriétaire a gentiment mis deux kayaks à notre disposition. J’en ai profité pour initier Frédéric, par une belle journée du 14 juillet.

En kayak vers le large

Le soir de ma fête, nous avons mangé au A Mermaid’s secret, un petit restau-boutique sympathique… pendant le repas,  un guitariste jouait des tounes des Beatles et d’autres classiques! Des francophones tiennent le B&B et le restaurant Molinari , qui proposent aussi leur crème glacée maison!

Le parc de la péninsule de Bruce

La baie Georgienne dans toute sa splendeur!

Le 16 juillet, nous faisons une randonnée dans le parc national de la péninsule de Bruce. Ci-haut, la Baie georgienne dans toute sa splendeur!

Escale dans le parc

Frédéric (de dos), Savante folle et Gilles

Carte du parc

La tour d’observation de 5 étages donne une vue à couper le souffle, mais il faut grimper beaucoup de marches… et ne pas avoir peur de la légère oscillation qu’on sent au sommet. Évidemment, Frédéric s’empresse de grimper au sommet, ce qui cause un peu de tourment à sa maman!

Tour d'observation du parc Pas peur, moi!

Pour les ingénieurs en structure, notez les barres diagonales tendues, pour absorber l’énergie cinétique d’un séisme. En fait, c’est le vent qui fait osciller la tour au sommet, donc cette protection sert beaucoup!

Les orchidées

On retrouve au parc 44 espèces d’orchidées.   Les orchidées ne sont pas uniquement des plantes tropicales, il en existe plus de 60 espèces en Ontario!

Une très petite orchidéeCypripède royal (sabot de la Vierge)

Gilles a pris beaucoup de clichés de ces fleurs.

Une petite Orchidee qui colonise les plages rocheuses

Il testait la fonction super-macro de sa caméra… Cette petite orchidée violette pousse sur notre plage. (Les roues en arrière plan servent à tirer un kayak vers le lac.)

L’ile Flowerpot

Le 17 juillet, on remet cela, avec un aller-retour en bateau vers l’ile Flowerpot.

En chemin, nous avons vu deux épaves, dont celle-ci., le Sweepstake, qui a coulé en septembre 1885 au Big Tub Harbour.  La coque est encore intacte.  (*This two-masted schooner was damaged off Cove Island then towed to Big Tub Harbour where she sank in September, 1885.  ) Heureusement, cet accident n’avait pas fait de victimes: pas de fantômes à craindre!

Epave sous l'eau

Ces épaves et d’autres sont très prisées des plongeurs, ce qui fait de Tobermory un pôle d’attraction pour la plongée sous marine. Plusieurs équipementiers spécialisés ont d’ailleurs pignon sur rue.

À bord du Blue Heron V, nous avons fait le tour de l’ile, le nom Flowerpot désignant deux manifestations de l’érosion des couches de dolomies par la base.

des fleurs sur le pot de fleurs géologique

Notez que c’est bien de l’asphalte qui a été badigeonné sur les sommets, afin de ralentir l’érosion. Le calcaire et la dolomie sont très perméables à l’eau…

le fameux "pot de fleurs"

Un escalier de bois donne accès à une grotte creusée dans la roche poreuse. Il s’agit de la dolomie silurienne formant les falaises blanches de l’escarpement du Niagara si,si! Comme le calcaire, la dolomie est poreuse et se dissout à la longue avec le ruisellement.

Plate-forme de la grotte Pancarte

La forêt est magnifique, avec conifères et humidité. Gilles sur le sentier, s’appuie sur un rocher couvert de mousse.

Gilles en foret

Le cèdre et le sapin dominent la forêt. Les cèdres, que nous sommes habitués en ville à voir tout tassés et crochis dans des haies, atteignent une taille et un âge respectueux Sur l’île Flowerpot, on a trouvé un thuya âgé de 1845 ans, mort depuis environ 1500 ans.

sentier de l'ile Flowerpot

Une savoureuse escale

Les sympathiques bénévoles qui entretiennent les bâtiments des anciens gardiens du phare de Flowerpot Island nous ont conviés à une dégustation de poisson.

dégustation de "Whitefish"

et même, à participer à la création de crème glacée artisanale!

Michele secoue la boule de crème glacée

la boule de crème glacée en formation, agitée vigoureusement par la savante folle.

Le "ballon" est une sphère remplie de glace concassée, contenant un cylindreoù on a mis la crème, du sucre et un peu de vanille. À la fin du processus, on gratte les parois internes du cylindre pour obtenir une crème glacée très compacte (il n’y a pas beaucoup de bulles d’air.) ll faut bien secouer la boule très froide… pendant 20 minutes. Ça fait les bras!

la crème glacée artisanale

Puis, c’est la récompense! Mioume!

Coucher de soleil sur Tobermory

Difficile de résister à l’envie de montrer un autre superbe coucher de soleil, celui pris le soir de notre arrivée.

Les blouses qui rient jaune

La savante folle tente de déjaunir ses blouses

Le phénomène de jaunissement du coton blanc défie les nettoyeurs depuis des siècles. Draps, blouses, mouchoirs, lavées pas lavées, gagnent une teinte jaune.

Je suis dessinatrice: Le jaunissement du papier me saute aux yeux quand je regarde mes vieilles archives… heureusement, les marchands vendent du papier à pH équilibré, qui ne s’altère pas avec le temps.

Qu’est-ce qui cause cette jaunisse des blouses et des draps de coton blanc? D’ailleurs, ce sort est-il réservé aux seuls cotons? Souvenez-vous de ces fameuses blouses "infroissables" en nylon! Peut-on créer du coton à pH équilibré?

Soit l’acidité ambiante de notre sueur salée contamine nos blouse. Un petit coup de Javex et hop! le problème se règle… pour peu de temps. (Et du point de vue écologique, le javellisant chloré n’aide pas). Hélas, très vite, le jaune revient.

Lave, lave et relave, rien à faire!

Au secooooours! Existe-t-il une solution pratique au problème du jaunissement des blouses?

Mange ton assiette…

La savante folle mange son assiette

Entendu aujourd’hui à la radio: la designer Diane Bisson expose à la galerie Commissaire son projet d’assiettes comestibles.

(Extrait du site de l’université de Montréal)

C’est la vue de poubelles remplies d’assiettes jetables qui a donné à Diane Bisson l’idée de produire de la vaisselle comestible qui fasse partie intégrante du repas. «L’idée de se servir d’un aliment comme support d’un repas n’est pas nouvelle en soi, qu’on pense à la miche de pain vidée ou à la feuille incurvée qui servent de récipients, souligne-t-elle.

Dans mon roman jeunesse  Piège pour le Jules-Verne, publié en 2002, les membres d’équipage mangeaient dans des assiettes-desserts à consistance de stirofoam.

Extrait (se déroulant dans la cantine en apesanteur du vaisseau)

Les mets étaient servis dans des assiettes aux bords repliés pour éviter que la nourriture ne s’envole. Je leur trouvais une consistance fibreuse.

L’espace au centre de la pièce n’était pas gaspillé : des plantes aromatiques en pot flottaient librement autour d’un globe lumineux, traînant de longues chevelures feuillues. Un homme maigre en tablier vert sortit de la cuisine. Manipulant une longue perche terminée par un crochet, il attrapa un pot.

— C’est Sylva Zhou, notre chef cuistot. On a intérêt à l’avoir de notre côté, dit Amber avec un clin d’œil.

Le cuisinier nous salua brièvement. Tout en mâchonnant un steak d’algues, je posai la question qui me chicotait.

— Dites, lieutenant Amber…

— Pas de lieutenant avec moi! coupa-t-il, la bouche pleine. Hors service, c’est Éric.

Je saisis que ce séduisant Apollon savourait aussi ma compagnie.

— Le Commandant… est-il toujours… comme ça?

— Oui, et encore, aujourd’hui, Anton est dans un de ses bons jours. Heureusement, le Cactus nous protège de l’orage.

— Le cactus?

— Le Commandant-en-second Marilina-Josepthe Alfonso, Mari-Jo pour les intimes, le Cactus pour les autres, dit-il avant de croquer son assiette vide.

Après une hésitation, je mordis le bord de la mienne : exquis! un goût de meringue doucement sucrée…

Je voulus croquer ma cuiller : mes dents rencontrèrent un honnête plastique. Quand Amber cessa de rire, il m’expliqua que les ustensiles étaient fondus après chaque usage, puis remoulés.

(Piège pour le Jules-Verne, p. 27-28 )

Je ne suis pas l’unique auteur de SF qui a abordé le sujet. Ayant une sainte horreur du gaspillage, ça fait longtemps que je me promène dans les foodcourts avec mon assiette de camping, ma tasse écologique et mes ustensiles réutilisables.

C’est donc avec soulagement que je  prends connaissance de cette avancée technologique!